Bienvenue !

Vous avez des choses à dire...
Vous vous posez des questions, pour donner un sens à votre vie...
Vous cherchez un espace d'échange convivial pour exprimer ce que vous ressentez...
Vous attendez des réponses à vos questions...


...Alors, en réponse à vos attentes, Olivier Gaignet vous propose de vous exprimer librement.
Ici, tout pourra être dit dans les limites de la courtoisie et du respect mutuel.

Merci d'avance de votre participation.


Depuis novembre 2007, Olivier Gaignet partage sur son blog ses réflexions sur Dieu et sur l’Eglise. bien sûr,
mais aussi sur la marche du monde. Il nous invite à réfléchir à des thèmes aussi essentiels que : notre société, les autres religions,
la télé, la politique, l’art, sans oublier ses propres paroissiens.
Les billets des cinq premières années (de novembre 2007 à septembre 2012 )ne figurent plus sur ce blog. Pour les consulter, se référer aux cinq volumes intitulés: "Ma paroisse.com", que vous pouvez vous procurer en envoyant un mail à : olivier.gaignet@yahoo.fr



vendredi 19 juillet 2024

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2961 : L'abbé Pierre sous le regard de Dieu

 Ces derniers temps, plusieurs d'entre vous m'ont fait savoir qu'ils attendaient un billet sur ce blog par rapport à l'abbé Pierre.  J'ai beaucoup hésité !  Que puis-je apporter de plus, en comparaison avec tout ce qui est dit ou écrit sur le sujet ?  Finalement, je vais quand même me lancer !

Remarquons, une fois encore, qu'il ne fait pas bon être un personnage emblématique dans l'Eglise catholique. Tant de responsables de communautés charismatiques ou autres nous ont ainsi profondément déçus... Ne vaut-il pas mieux être à la dernière place, où les risques d'adulation sont nettement moins importants ?

Drame de ces femmes, qui ont sans doute 70, 80 ans ou plus aujourd'hui, et qui viennent seulement de faire savoir combien elles ont souffert des attitudes déplacées de l'abbé Pierre ! Quelle vie elles ont dû mener depuis, suite à ce que l'abbé Pierre leur a fait subir !  Impossible de dédouaner l'abbé de tout cela ! 

Surtout que ceci s'est passé dans l'ombre, en cachette. Pourtant, dans l'entourage de l'abbé Pierre, un certain nombre de proches étaient au courant, en partie, de la façon dont l'abbé se comportait vis-à-vis de femmes qui pouvaient avoir à faire à lui. 

Mais à présent, entre colère et sidération, quelle attitude nous faut-il avoir ?

Ma première remarque serait la suivante : "Que celui qui est sans péché lui jette la première pierre !"  (Jean 8/7)  En effet, je suis toujours interloqué par ces belles âmes qui s'effarouchent devant les péchés des autres !!! Quelle pauvreté de coeur !   Me revient aussi cette réponse du pape François, alors qu'on l'interrogeait à propos de sa position vis-à-vis des homosexuels : "Qui suis-je pour juger ?"  Cela ne voulait pas dire que Jésus excusait ou disculpait la femme pécheresse, ni que le pape François ne se posait pas des questions vis-à-vis de l'homosexualité, évidemment.  Mais ils ont refusé de se laisser enfermer dans une perspective de critique, de supériorité, de jugement, de rejet, de condamnation.

J'ose espérer que, malgré certains enseignements actuels, nul ne va penser que l'abbé Pierre, suite aux gestes déplacés qui lui sont reprochés, a pu être envoyé directement en enfer. Rappelons-nous que le fils prodigue, qui avait fréquenté des prostituées, ayant finalement regretté son péché, a donc pu être accueilli par son Père les bras grands ouverts.   

Bien entendu, il ne s'agit pas de disculper l'abbé Pierre de ce qu'il a fait de répréhensible, mais de se souvenir de l'immense miséricorde de Dieu.  Je repense souvent à ce passage d'Isaïe 1/18 : "Venez et discutons, dit le Seigneur.  Si vos péchés sont comme l'écarlate, ils deviendront blancs comme la neige.  S'ils sont rouges comme le vermillon, ils deviendront comme de la laine." 

Il y a aussi cette remarque très éclairante de St Jean (1° Lettre, 1/20) : "Si notre coeur nous accuse, Dieu est plus grand que notre coeur et il discerne tout."      

J'ai reçu aujourd'hui même le message suivant d'une fidèle de ce blog, qui connaissait l'environnement dans lequel vivait l'abbé Pierre  :  "Il faut voir avec qui l'abbé Pierre vivait, prostituées, familles en guenilles, voleurs, etc... Je n'ai jamais été dans ces foyers, mais j'ai été  dans ceux du père Christian (voir commentaires) et j'avoue qu'il fallait avoir la Foi chevillée au corps et l'Esprit Saint et Jésus très profondément ancrés au fond de son cœur pour ne pas tomber, pour ne pas chercher un peu de chaleur et d'affection." 

Il y a deux choses à ne pas oublier :

-  l'abbé Pierre a donné sa vie pour les pauvres et les personnes en détresse, au nom de son amour pour le Christ.

et les prêtres, sans forcément être des vicieux, tout en étant attachés au Christ et à leurs "ouailles", restent des hommes, et des êtres de désir, avec leurs richesses et leurs fragilités.

Seul Dieu sait ce qui s'est passé exactement dans la vie de l'abbé Pierre, et dans son coeur.   Seul Dieu pourra pleurer avec ces femmes qui se sont senties trahies par lui.  Lui comme elles, nous osons les confier au Dieu miséricordieux, ainsi que les associations et mouvements héritiers de l'action impulsée par l'abbé Pierre, en France comme dans le monde entier.                      

jeudi 18 juillet 2024

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2960 : "Votre blog me remonte le moral !"

A plusieurs reprises, je me suis demandé si je ne devais pas arrêter de rédiger des billets sur ce blog. Mais, et c'est toujours l'aventure de la brebis perdue qui me motive, si ces modestes billets peuvent aider ne serait-ce qu'une personne à retrouver l'Espérance, cela vaut sans doute la peine de poursuivre cette modeste publication.  Même si l'on arrive à présent à plus de 850.000 connexions, ce qui ne cesse de m'étonner !

Je suis d'ailleurs conforté dans ce projet quand je prends connaissance de tous ces messages de soutien que vous ne cessez de m'envoyer ; à travers des mails très souvent, mais aussi par voie orale lors de diverses rencontres.  Pour info, voici quelques-unes des réflexions qui me sont parvenues, en vrac et sans prétention.  Avec mes excuses à ceux, nombreux, que je n'ai pas eu la place de citer.

 

-  "Je continue de vous lire avec toujours autant de bien-être moral ; vous êtes un excellent médicament."

-  "Vos textes sont très profonds ; je trouve que vous nous transmettez le meilleur de vous-même ; je savoure et vous en remercie infiniment.  Vous allez à l'essentiel."

-  "Peu de personnes acceptent de dire ce qui conduit leur vie.  Portez-vous bien et continuez à partager votre trésor."

-  "J'apprécie énormément votre blog. Vous osez dire, vous savez dire.  En disant, vous orientez la réflexion personnelle, en facilitez l'expression et l'intériorisation. Merci !"

-  "Ce blog, quel témoignage de confiance, d'espérance et de foi. Je médite ces paroles qui m'entraînent dans l'intériorité et la prière, vers la vraie Vie, celle qui ne nous sera pas enlevée."

-  "Quelle joie pour nous de pouvoir comprendre vos messages, dans ces billets qui sont émaillés d'exemples vivants, de notre époque, de notre région, voire du monde, tout simplement exprimés avec le coeur, provenant de l'Evangile, adaptés à notre moment présent, et qui nous obligent à la réflexion."

-  "Merci de nous faire mieux comprendre les beautés et les exigences de l'Evangile, et de les inscrire chaque jour dans le quotidien de nos vies."

- " Merci pour ce blog qui nous aide à faire de petits pas dans notre tête pour avancer dans la vie."

-  "Merci pour les parutions sur le blog qui chaque fois me nourrissent."

-  "Merci pour les sujets divers traités sur ce blog.  Ces écrits permettent d'être lus et relus pour éclaircir un doute, une incompréhension."

-  "Je sature tellement d'entre parler des abus sexuels ! J'ai vraiment besoin d'écouter la voix de prêtres heureux dans leur mission et prêts à témoigner de leur foi.  C'est tellement plus positif et plus dynamisant !"

-  "J'ai lu votre billet de ce matin, toujours en "Vie" et dans le vent !  Et ce n'est pas fini !"

 

Pour éviter d'être trop long, je dois m'arrêter malheureusement.  Une dernière réaction pour la route, reçue à l'instant, ce jeudi soir à 23h, de l'Ain :

-   "Je n'ai pas beaucoup de temps pour développer ce que vous écrivez. Le texte de dimanche (sur les fruits de Vatican II) est du pain béni pour moi, car c'est ce que je vais développer vis à vis des parents de notre petit-fils. Mon mari m'a scanné votre texte, c'est du sur-mesure pour nous et je vous en remercie une fois de plus. Tenez bon et je prends toujours le temps de vous lire. Il me semble que vous gardez bien le tonus mentalement, on ne peut pas deviner votre fatigue physique et j'espère que la chaleur ne vous fatigue pas trop. Gardez le cap, vous êtes précieux et je savoure!!!!  je sais que je ne suis pas la seule, Dieu Merci !"

Avec un très grand merci, à toutes et tous, pour votre compréhension et votre soutien !


dimanche 14 juillet 2024

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2959 : Quelques fruits du Concile Vatican II

Je suis très étonné d'un certain nombre de réactions de catholiques, évêques y compris, accusant le Concile Vatican II, qu'ils n'ont souvent pas connu, d'avoir été la cause de tous les maux qui affligent notre Eglise, jusqu'à aujourd'hui.  L'on m'a d'ailleurs reproché, à diverses reprises, ainsi qu'à nombre de prêtres de ma génération, d'avoir été de ceux qui ont vidé les églises... Ce n'était pas facile à encaisser !  Mais voyons cela de plus près.

Or, l'une des causes de la chute brutale de la pratique religieuse est sans doute  celle-ci : jusqu'ici, l'Eglise tenait ses troupes, en imposant la pratique obligatoire de la messe du dimanche sous peine de péché mortel. Mais, à travers la réflexion menée au sein du Concile, une autre lecture de ce qu'attendait Dieu de ses enfants a permis à chacun d'avoir un rapport différent, une relation de liberté avec le Père ; résultat, cela a desserré d'un coup tout le système, et ouvert la voie à une autre façon de se situer face au Seigneur. Etait-ce vraiment dommageable ?

On a accusé aussi le Concile d'avoir ouvert la voie au relativisme, en donnant de l'importance aux autres religions.  Il a été expliqué aussi, par le concept nouveau de "liberté religieuse", que par rapport aux non-croyants, il ne fallait plus les condamner, mais respecter la liberté de conscience de chacun.  Cela a dérouté en effet, et aujourd'hui encore, nombre de catholiques ; mais alors, ceux qui refusent Dieu ne sont-ils pas voués à l'enfer ?

L'on reproche en effet au Concile de n'avoir guère parlé de l'enfer, de donner trop de place à la miséricorde, en n'insistant plus suffisamment sur le péché. Tout le monde peut-il faire n'importe quoi désormais ? Et presque plus personne ne va se confesser...   

Il y aurait bien d'autres raisons, outre les abus sexuels, pour expliquer le rejet de l'Eglise par nombre de nos contemporains... Mais reconnaissons que l'Eglise, renfermée sur ses peurs et sur ses certitudes, n'était sans doute pas préparée à comprendre ni à affronter des problèmes dûs à l'évolution de la société dans cette 2° moitié du XX° siècle !

On pourrait poursuivre ces critiques, dont certaines doivent être prises en compte ; mais il me semble urgent également, et plus constructif de souligner les fruits du Concile Vatican II.  Peut-être les bancs des églises se sont-ils clairsemés, mais l'Eglise a su trouver de nouvelles façons de témoigner de l'Evangile, au coeur du monde, à la manière de Jésus. Voici quelques-uns des fruits directs du Concile :

-  la liturgie dans une langue compréhensible dans chaque pays sur cette terre

-  la mise en valeur du peuple de Dieu, dans lequel évêques et prêtres sont appelés à se situer non comme des dirigeants ou des hommes de pouvoir, mais des serviteurs

-  la place donnée au laïcat, dans les conseils de paroisse par exemple, ce qui n'est pas toujours le cas malheureusement

-  la responsabilité personnelle de chaque baptisé, qui doit faire par lui-même l'option de suivre le Christ

-  l'accompagnement des familles en deuil, très apprécié

-  les aumôneries des hôpitaux, des prisons, de l'armée

-  l'accompagnement des prostituées, des homosexuels

-  la pastorale des personnes handicapées

-  la pastorale des migrants

-  l'envoi de prêtres diocésains en mission (Fidei donum)

-  les services de coopérants

-  le dialogue interreligieux et l'intérêt donné au judaïsme

-  la création de services tels que le Secours Catholique, le CCFD, St Vincent de Paul, etc.

-  l'aumônerie des gens du voyage, du monde maritime, des artisans de la fête, des sportifs

-  le suivi de l'écologie, du tourisme et des loisirs

-  les propositions de pèlerinages  (cancer, armée, rosaire,...)

-  le service "Justice et paix"

-  et bien sûr le diaconat !

L'on pourrait rajouter bien d'autres instances sans doute, que j'ai pu oublier !  Quant à l'Action catholique, elle existait déjà avant le Concile. Mais à peu près rien de tout ce qui est signalé ci-dessus n'existait avant le Concile Vatican II, du moins d'une façon aussi organisée.  De très nombreux membres du Peuple de Dieu sont présents et actifs au sein de ces diverses instances. Ils y font honneur à l'Evangile et à l'Eglise !  "Tout bon arbre produit de bons fruits." (Matthieu7/17) C'est la grâce du Concile Vatican II d'avoir permis ainsi d'assurer la présence active, évangélique et fraternelle des baptisés au coeur et au service de notre société.

"Que votre lumière brille aux yeux des hommes, pour qu'en voyant vos bonnes actions, ils rendent gloire à votre Père qui est aux cieux."  (Matthieu 5/16)



samedi 13 juillet 2024

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2958 : Est-ce que nous sommes à l'écoute de Dieu et des autres ?

 Hier matin vendredi, quelqu'un est passé me voir ; patiemment, avec attention, il m'a écouté deux heures durant.  Il m'a demandé de lui raconter ma vie de prêtre, et de lui dire tout ce qui avait pu me motiver et guider mon activité au service de l'Evangile et de l'Eglise, en tant que prêtre.  Jean-Paul, ancien du MRJC, qui a travaillé entre autres à "Ouest-France" et au "Coiurrier Français", est actuellement journaliste indépendant.  Il s'est donné comme projet d'écouter ainsi une dizaine de prêtres vendéens de la génération du Concile Vatican II, afin d'en tirer un ouvrage qui permettra que ne soit pas oubliée toute cette action pastorale impulsée par le Concile, et qui avait si bien dynamisé à l'époque l'Eglise de Vendée.

Ma première réaction fut de lui dire qu'il était rare que l'on demande à un prêtre de parler de lui-même, et encore plus rare que quelqu'un prenne le temps de l'écouter.  Habituellement, c'est plutôt nous les prêtres qui passons des heures et des heures à entendre les gens nous raconter leur histoire, nous décrire leurs joies, mais surtout, évoquer leurs douleurs, leurs questions. Il est vrai que cela fait partie de notre mission, et cela, tout à fait prioritairement.

Depuis que j'ai été ordonné prêtre, en 1967, il y a 57 ans, les fois où l'on m'a écouté durant 2 heures se comptent sur les doigts d'une main.  Et cette écoute si rare, ce fut le fait  -  quel beau symbole !  -  de journalistes principalement. Je pense aux journalistes des rédactions de "Ouest-France" des Sables d'Olonne, de Fontenay-le-Comte et de Mortagne-sur-Sèvre particulièrement ; et il y a eu aussi un article important paru dans l'Express" en juin 2009. 

Tout en répondant aux questions de Jean-Paul, et en lui faisant part de la richesse de ce que j'ai pu vivre, durant tant d'années, tant en Vendée qu'au Mali durant 9 années, ainsi qu'à la Conférence des évêques de France à Paris, pour le service des missions à travers le monde, pendant 6 ans, je me disais : "Mais, est-ce que moi, j'ai su ainsi écouter ? Moi qui ai eu le culot de faire remarquer parfois que, dans l'Eglise de Vendée, on ne s'était pas tellement intéressé à ce que j'avais pu vivre au Mali par exemple, ai-je suffisamment moi-même pris le temps d'écouter les prêtres autour de moi ? Ainsi que les hommes et les femmes qui avaient besoin  de ma fraternelle attention ?"

Ecouter les autres en effet, cela s'apprend !  Et tout d'abord, en prenant le temps d'écouter Dieu, longuement !  Aller à la Source, c'est essentiel.  Or, c'est à toutes les pages de la Bible que nous sommes appelés à l'écoute de Dieu et des autres. Et c'est en écoutant Dieu qu'il nous devient possible d'écouter l'autre en vérité.  Rappelons-nous ce que nos pères dans la foi appelaient "le grand commandement" :  "Shema Israël", la plus célèbre prière juive : "Ecoute Israël" (Deutéronome 6/4), une attitude tout à fait essentielle !

Nous aimons être écoutés, pris en compte, entendus ; c'est normal !  Mais commençons nous-mêmes par prendre le temps d'écouter Dieu !  Cela nous permettra ensuite de savoir écouter les autres avec bonheur !

"Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la gardent !"  (Luc 1/28)

"Seigneur, donne à ton serviteur un coeur qui écoute !"  (1 Rois 3/9)

jeudi 11 juillet 2024

Le Blog de l'Arche de Noé 95, n° 2957 : Quatre grandes questions posées à tout humain.

 J'entendais rappeler ce matin sur France-Culture les quatre grandes questions que le philosophe allemand Emmanuel Kant (1724-1804) posait en son temps, questions qui représentent encore aujourd'hui une interpellation forte pour chacun d'entre nous : que puis-je connaître ?  que dois-je faire ? qu'est-ce qu'il m'est possible d'espérer ?  qu'est-ce que l'homme ?  Et si l'on revenait brièvement sur chacune de ces interpellations ?

Que puis-je connaître ?  Il ne dépend que de moi d'apprendre à découvrir le monde et l'homme.  Suis-je à l'affût de tout ce qui existe autour de moi ?  Ai-je le désir de mieux comprendre les réalités qui m'entourent ?  Pour rester un peu terre à terre et éviter de planer dans mes réflexions, est-ce que, par exemple, j'ai essayé de connaître un peu de l'intérieur les positions de celles et ceux qui ne sont pas de mon bord politique, lors des récentes élections ?  Autre exemple, est-ce que j'essaye de connaître les conditions de vie des populations en Afrique, en Syrie ou ailleurs ?  Ou encore, qu'est-ce que je sais de la façon dont les évangiles ont été écrits, face à des aspects qui peuvent me rebuter ou me choquer ?  Autre piste : est-ce que, tout en gardant mes distances, la vie de mes voisins représentent ou non un intérêt pour moi ?  Ne sont-ce pas des frères et des soeurs que Dieu a placés auprès de moi ?  Etc.

Que dois-je faire ?   Le premier réflexe, pour chacun de nous, c'est d'abord de réaliser dans ma vie des projets qui me concernent, et c'est bien normal.  Mais est-ce que, vivre en société, cela ne signifie pas aussi, sinon d'abord, mettre ma vie au service de tous ?  Mettre mes talents au service des mes proches, bien sûr, mais avec une grande disponibilité, autant que faire se peut, au service du bien commun.  J'ai beaucoup apprécié, par exemple, ces centaines de milliers d'assesseurs qui ont tenu les bureaux de vote, dans l'anonymat le plus souvent, bénévolement, pour que les élections se déroulent au mieux. A chacun de voir comment il peut donner de son temps et de ses capacités au service de tous. Finalement, quel sens donnons-nous à notre vie ?

Qu'est-ce qu'il m'est possible d'espérer ?   Je rencontre nombre de personnes qui me semblent plus ou moins déprimées : "Ah! Que l'été est pourri ! Nos vacances sont gâchées !"  "On ne peut plus avoir confiance dans la politique !"  "On n'écoute plus les personnes modérées..."  "Les gens ne pratiquent plus !" Etc.  Pas la peine d'aller à Jérusalem, le mur des lamentations est en France !  Finalement, sommes-nous condamnés à un total découragement ?  Faisons bien attention à ne pas nous laisser entraîner vers le bas.  A nous de repérer les multiples petits signes d'espérance, si furtifs soient-ils, qui sont réellement là, devant nous, sur notre chemin.  Ce voisin toujours disponible pour aller changer la bouteille de gaz d'une mamie dont les mains sont usées, ne ressemble-t-il pas à l'hirondelle qui annonce le printemps ?  Autant, chaque chose selon sa mesure, qu'un député qui vote une loi...

Qu'est-ce que l'homme ?   Nous connaissons sans doute nombre de personnes, y compris souvent dans notre famille, avec lesquels grands sont nos désaccords.  Et pourtant, la nature de l'homme n'est-elle pas infinie ?  Comme le disait le philosophe Pascal, "l'homme passe infiniment l'homme".  A nous de déceler, derrière chaque figure rencontrée, ce qui fait la grandeur, l'unicité de chaque être humain.  Même le plus difforme physiquement, ou le plus malade mentalement, reste essentiellement un homme dans toute sa dignité, car créé à l'image de Dieu.  Comment désormais regarder toute personne humaine avec le regard de Dieu ?

Chacun, s'il le désire, peut se poser ces quatre questions pour lui-même, et revoir au besoin sa vie avec cet éclairage.  Sous le regard de Dieu !

mardi 9 juillet 2024

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2956 : Une parole de Lamartine à propos de l'Islam

 Lamartine, à l’instar d’autres auteurs non-musulmans (Victor Hugo, Goethe, Charles de Foucauld,...), témoigne de la grandeur du Prophète de l’islam. Une surprise sans doute, pour beaucoup d'entre nous, qui ne faisons pas toujours grand cas de cette étonnante religion.

« Jamais homme ne se proposa volontairement ou involontairement un but plus sublime, puisque ce but était surhumain : saper les superstitions interposées entre la créature et le Créateur, rendre Dieu à l’homme et l’homme à Dieu, restaurer l’idée rationnelle et sainte de la Divinité dans ce chaos de dieux matériels et défigurés de l’idolâtrie.

Jamais homme n’entreprit, avec de si faibles moyens, une œuvre si démesurée aux forces humaines, puisqu’il n’a eu, dans la conception et dans l’exécution d’un si grand dessein, d’autre instrument que lui-même et d’autres auxiliaires qu’une poignée de barbares dans un coin du désert.

Enfin jamais homme n’accomplit en moins de temps une si immense et si durable révolution dans le monde, puisque, moins de deux siècles après sa prédication, l’islamisme prêché et armé régnait sur les trois Arabies, conquérait à l’unité de Dieu la Perse, le Khorasan, la Transoxiane, l’Inde occidentale, la Syrie, l’Egypte, l’Éthiopie, tout le continent connu de l’Afrique septentrionale, plusieurs des îles de la Méditerranée, l’Espagne et une partie de la Gaule.

Si la grandeur du dessein, la petitesse des moyens, l’immensité du résultat sont les trois mesures du génie de l’homme, qui osera comparer humainement un grand homme de l’histoire moderne à Mohammad ? Les plus fameux n’ont remué que des armes, des lois, des empires ; ils n’ont fondé (quand ils ont fondé quelque chose) que des puissances matérielles écroulées souvent avant eux.

Celui-là a remué des armées, des lé­gis­lations, des empires, des peuples, des dynasties, des millions d’hommes sur un tiers du globe habité ; mais il a remué de plus des autels, des dieux, des religions, des idées, des croyances, des âmes ; il a fondé, sur un livre dont chaque lettre est devenue loi, une nationalité spirituelle qui englobe des peuples de toute langue et de toute race, et il a imprimé, pour caractère indélébile de cette nationalité musulmane, la haine des faux dieux, et la passion du Dieu un et immatériel.

Ce patriotisme vengeur des profanations du ciel fut la vertu des enfants de Mohammad ; la conquête du tiers de la terre à son dogme fut son miracle, ou plutôt ce ne fut pas le miracle d’un homme, ce fut celui de la raison. L’idée de l’unité de Dieu, proclamée dans la lassitude des théogonies fabuleuses, avait en elle-même une telle vertu, qu’en faisant explosion sur ses lèvres elle incendia tous les vieux temples des idoles et alluma de ses lueurs un tiers du monde.

Cet homme était-il un imposteur ? Nous ne le pensons pas, après avoir bien étudié son histoire. L’imposture est l’hypocrisie de la conviction. L’hypocrisie n’a pas la puissance de la conviction, comme le mensonge n’a jamais la puissance de la vérité.

Mais sa vie, son recueillement, ses blasphèmes héroïques contre les superstitions de son pays, son audace à affronter les fureurs des idolâtres, sa constance à les supporter quinze ans à la Mecque, son acceptation du rôle de scandale public et presque de victime parmi ses compatriotes, sa fuite enfin, sa prédication incessante, ses guerres inégales, sa confiance dans les succès, sa sécurité surhumaine dans les revers, sa longanimité dans la victoire, son ambition toute d’idée, nullement d’empire, sa prière sans fin, sa conversation mystique avec Dieu, sa mort et son triomphe après le tombeau attestent plus qu’une imposture, une conviction.

Ce fut cette conviction qui lui donna la puissance de restaurer un dogme. Ce dogme était double, l’unité de Dieu et l’immatérialité de Dieu ; l’un disant ce que Dieu est, l’autre disant ce qu’il n’est pas ; l’un renversant avec le sabre des dieux mensongers, l’autre inaugurant avec la parole une idée!

Philosophe, orateur, apôtre, législateur, guerrier, conquérant d’idées, restaurateur de dogmes rationnels, d’un culte sans images, fondateur de vingt empires terrestres et d’un empire spirituel, voilà Mahomet.

A toutes les échelles où l’on mesure la grandeur humaine, quel homme fut plus grand ? »

Lamartine, Alphonse de, Histoire de la Turquie, Tome 1, Librairie du Constitutionnel, Paris, 1854-1855, p. 276 à 280

vendredi 5 juillet 2024

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2955 : Le temps de Dieu !

 Nous sommes tous déboussolés, catastrophés par la tournure de la vie politique dans notre pays en ce moment. Question : mais si, au-delà des déceptions et des lamentations, ce moment, c'était "le temps de Dieu" ?

Je conçois que ce que nous vivons nous incite plutôt à penser que Dieu est absent, et que, face à nos chamailleries, nos projets sans fondements, nos rivalités, nos mensonges, notre haine de l'autre, du Juif, de l'étranger, du handicapé, Dieu, révulsé, profondément déçu, se soit enfui pour se mettre à l'abri de tout ce gloubi-boulga là-haut dans son ciel.

Mais quelle profonde erreur !  Partout, en tout lieu et en tout temps, le Dieu incarné, au contraire, est présent.  Et d'autant plus présent que tout va au plus mal.

Car, ainsi que le disait si justement le poète et philosophe allemand Hölderlin (1770-1843) :

                "Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve."

Forts de cette certitude, peut-être pouvons discerner ce qui, au coeur des événements actuels, est en train de sauver notre pays.  Quelques exemples, tout à fait en vrac ; mais ce sera à vous de les compléter avec ce que vous-mêmes avez repéré :

-  nombre de citoyens qui ne s'intéressaient en rien à la chose politique se sont tout à coup intéressés, et investis d'une façon ou d'une autre.  La parole s'est libérée, et des dialogues fructueux ont parfois pu avoir lieu.

-  des projets ont été pensés, étudiés, communiqués ; malgré des failles évidentes, l'on a essayé d'établir des priorités, en principe pour le service de tous et pour sortir le pays de l'ornière.  Et dans un certain nombre de cas, sans oublier les plus défavorisés.

-  dans quelques églises, trop rares malheureusement, l'on a pensé, l'on a eu à coeur de prier, et pas seulement à travers une trop brève prière universelle, "pour ne pas choquer nos paroissiens",  à l'intention de nos responsables politiques, quels qu'ils soient, et pour que l'Esprit puisse être entendu au coeur de chaque citoyen, ainsi que dans les groupes politiques et tous les regroupements qui se sont fait jour à cette occasion.

-  excellente déclaration de la Fédération Protestante de France sur l'enjeu de ces élections.

-  investissement de centaines de milliers de personnes dans l'organisation matérielle de ces élections, sous diverses formes : rédaction des professions de foi, gestion des bureaux de vote, etc.

-  énormément de demandes de procurations.

-  pas mal de candidats ont pris le temps d'écouter les citoyens, d'entendre leurs besoins et leurs appels.

-  en un mot, souhait largement exprimé que l'on puisse faire de la politique autrement.

-  etc.

"La barque était recouverte par les vagues, mais Jésus dormait. Les disciples le réveillèrent en disant : "Seigneur, sauve-nous, nous sommes perdus."  Mais il leur dit : "Pourquoi êtes-vous si craintifs, hommes de peu de foi ?"  (évangile de mardi dernier, en Matthieu 8/23-27) 

                "Dieu fait toute chose bonne en son temps."      (l'Ecclésiaste, 3/11)

 

 

 

mardi 2 juillet 2024

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2954 : Le "vivre ensemble" est-il possible en France ?

 Ces derniers temps, on assiste à de grandes déchirures dans notre pays, avec un déferlement d'insultes et de reniements. La France est-elle en voie de division en tout genre ?  Les gens d'en-haut contre les gens d'en bas, les pauvres contre les riches, les Français de souche contre les personnes d'origine étrangère, la droite contre la gauche, les irresponsables, dans divers partis ou associations qui refusent de reconnaître qu'ils sont antisémites, contre les Juifs qui vivent en France, les croyants contre les non-croyants, les jeunes contre les vieux, etc.  Mais que ce serait triste d'en rester à un tel tableau. Car notre pays, c'est bien autre chose que cela !  Et il ne faut pas nous laisser embobiner par ces personnages qui ont tout intérêt à ce que tout aille mal dans notre nation, et à ce que haine et zizanie gagnent sans cesse du terrain.

Il est vrai que l'on peut ressentir un certain dégoût, quand ce n'est pas une grande déception vis-à-vis de la politique telle que nous la vivons. Mais cela ne doit pas nous dissuader de continuer à croire en la possibilité d'un meilleur vivre ensemble. Et s'il était possible de faire de la politique autrement ?  Vous allez me dire : mais ceci, ce n'est pas réaliste, à cause des extrêmes, de ceux qui sont antisémites, xénophobes, islamophobes, populistes, intégristes ou que sais-je encore ?

Attention alors !  Et demandons-nous comment entendre aussi, comment prendre le temps d'écouter ceux qui se situent à l'opposé de nos propres convictions, et surtout de nos valeurs, inspirées de l'Evangile ou d'un humanisme fraternel.  Ce ne sont pas des ennemis, mais le plus souvent, des gens qui souffrent, qui ont le sentiment d'être déconsidérés, qui se sont sentis largués, méprisés, oubliés, même si c'est peut-être à tort parfois. Et rappelons-nous que le Seigneur fait tomber la pluie sur les bons comme sur les méchants (Matthieu 5/45).  Vis-à-vis d'eux, serons-nous compréhensifs, artisans de paix et de réconciliation  ?

Sinon, comment défendre la démocratie ?  Comment continuer à co-habiter ?  Comment retrouver le chemin de la fraternité ? Quelle place donner à l'adversaire ?  Dans le cas contraire, ne risquons-nous pas de tuer le dialogue nécessaire à la démocratie ?  Alors qu'il nous faut plutôt revenir à la raison, et nous en tenir aux questions essentielles pour notre avenir commun : le fait que nous sommes tous des humains, veiller à ce que les plus défavorisés soient enfin pris en compte, soutenir la nécessité de respecter notre environnement, etc.  En fait, revenir aux fondamentaux qui seuls peuvent permettre à tous de retrouver une âme commune, malgré nos légitimes diversités.

Ne nous lassons pas de méditer ce que nous disait Antoine de Saint-Exupéry dans "Citadelle" : "Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m'enrichis."