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Depuis novembre 2007, Olivier Gaignet partage sur son blog ses réflexions sur Dieu et sur l’Eglise. bien sûr,
mais aussi sur la marche du monde. Il nous invite à réfléchir à des thèmes aussi essentiels que : notre société, les autres religions,
la télé, la politique, l’art, sans oublier ses propres paroissiens.
Les billets des cinq premières années (de novembre 2007 à septembre 2012 )ne figurent plus sur ce blog. Pour les consulter, se référer aux cinq volumes intitulés: "Ma paroisse.com", que vous pouvez vous procurer en envoyant un mail à : olivier.gaignet@yahoo.fr



mercredi 28 juillet 2021

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2647 : L'une des peurs de ma vie !

Aujourd'hui, ce sera un billet pas tout à fait comme les autres !  J'en ai eu l'idée hier, en méditant l'évangile de ce mercredi, et j'ai raconté brièvement l'histoire aux personnes présentes à la messe en la chapelle de Bourgenay ce matin.

Vous connaissez tous cet évangile où Jésus compare le royaume des cieux à un trésor caché dans un champ. Chaque fois que je le lis, je repense à cette histoire qui m'est arrivée au fin fond de la savane africaine, durant laquelle j'ai ressenti une des plus grandes peurs de ma vie !  Même s'il m'est arrivé aussi d'avoir des frayeurs dont je ne me suis toujours pas remis, lors de différents périples en Asie ou en Afrique...

Je venais d'arriver au Mali, et ne connaissais pas encore les "habitudes". Au volant de la vieille 2 CV (80.000 kms au compteur), un peu déglinguée, que je venais d'acquérir, je traversais la savane et regagnais Bamako au terme d'une mission dans des villages.  Fatigué, je m'arrêtai, un peu en-dehors de la très mauvaise piste, sur un chemin de traverse, pour laisser reposer le moteur plutôt poussif, et lire un bout de bréviaire.

En marchant, arrivant à un tournant sur ce sentier, j'aperçus, une centaine de mètres plus loin, un groupe de 3 ou 4 hommes occupés à creuser le sol avec des pioches. Intrigué, je pensais aller les saluer et échanger avec eux, surpris de rencontrer des gens en un endroit aussi perdu.

Lorsque, tout à coup, l'un d'eux, m'ayant aperçu, se mit à crier comme un forcené, en me montrant du doigt.  Les autres me jetèrent à leur tour un regard méchant, puis, lâchant leurs outils, se mirent à courir dans ma direction en hurlant de colère, avec apparemment, force injures. 

Je pris alors mes jambes à mon cou, en faisant attention à ne pas me prendre les pieds dans les grandes herbes et les racines qui traînaient en travers du sentier ; j'avais une trouille terrible de tomber. Et je me demandais pourquoi ces hommes m'en voulaient : peut-être allaient-ils me faire cuire et me manger ? Je craignais aussi qu'ils me tirent dessus ; mais je crois qu'ils n'ont pas osé.

Heureusement, la vielle dodoche a démarré au quart de tour, alors qu'ils se rapprochaient dangereusement. C'était comme dans un film d'aventures ! Arrivé à Bamako, je raconte ce qui m'était arrivé, et un vieux Père Blanc de me dire : "Tu es tombé sur des voleurs !  Ils étaient en train de creuser un trou pour enfouir leur butin, les fruits de leurs larcins." Comme dans l'Evangile (!), le trésor caché dans un champ !  Nouvellement arrivé dans le pays, je ne savais pas que c'était une habitude, chez les voleurs, qui avaient de la peine à trouver des caches sûres dans la ville de Bamako.  Ils ont donc eu peur que je les dénonce ; d'où leur surprise en me voyant arriver, et leur souhait de me faire taire !

Je ne vais pas raconter ma vie, mais j'ai eu peur aussi dans d'autres occasions, dans la savane ; je ne partais jamais l'âme tranquille quand j'allais visiter les villages ou célébrer dans des endroits perdus.  Le rite de la messe, dont il est tant question en ce moment suite à la récente déclaration du pape François, c'était vraiment alors le dernier de mes soucis, face à l'insécurité ambiante.  Souvenirs, souvenirs...

 

dimanche 25 juillet 2021

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2646 : A nous aujourd'hui de multiplier les pains, avec le Christ

 Homélie du 17° dimanche ordinaire, le 25 juillet 2021, dans le parc de Bourgenay


La multiplication des pains, une scène très connue de l’Evangile !  Mais alors, nos esprits habitués peuvent-ils encore en apprendre quelque chose ?  C’est ce que l’on va voir ensemble.  Mais je vous préviens : une telle aventure n’est compréhensible en profondeur qu’à celles et ceux qui ont faim de quelque chose d’infini, faim de l’Evangile et faim de ce pain vivant qu’est le Christ !

 Trois points dans cette homélie : 1°, la foule avait faim ; 2°, un enfant a su partager ; 3°, Jésus pose ici les bases de l’eucharistie.

 1° point, la foule avait faim. Cela fait penser aux foules qui sont descendues dans les rues récemment à Cuba, pour crier leur faim… Dans l’évangile de ce jour, il nous est dit que ce jour-là, ils étaient des milliers à suivre Jésus ; tout un peuple qui s’était reconnu en lui, qui sentait que cet homme étonnant avait quelque chose de nouveau à leur apprendre ; et qu’il pouvait peut-être les sauver de la misère ; et pourquoi pas, les délivrer de l’occupant romain ? D’ailleurs, ils voulaient le faire roi. Sans doute une foule sentimentale, séduite par Jésus, avec soif d’idéal, comme l’aurait chanté Alain Souchon. Tandis que des petits-enfants, au milieu de la cohue que l’on imagine, fatigués, pleurent ou criaillent dans les bras de leur mère…

 Avez-vous remarqué où ils étaient tous en train de se rendre ce jour-là ? Jean signale, et c’est la  1° phrase du texte de cet évangile, que « Jésus était passé de l’autre côté du lac de Tibériade. »  Cette remarque est importante. Essayez de vous imaginer la carte de la Palestine. Autrement dit, Jésus, et la foule, ne sont plus en Galilée, pays juif et croyant au Dieu unique, mais nous sommes passés en territoire païen. Façon de dire que ce qui va se passer, cette multiplication des pains, ne concerne pas seulement les croyants classiques, les Juifs, mais que les dons de Dieu s’adresse aussi à tous les humains, quelles que soient leurs croyances et leurs pratiques religieuses.

 Il faut savoir que les populations, aux portes de la Palestine, étaient considérées comme impures par les autorités religieuses de Jérusalem, à cause de leurs croyances à de multiples divinités, ainsi que de leurs pratiques païennes. Or Jésus, en allant chez eux, signifie qu’eux aussi sont les destinataires du partage et et de la multiplication de ce don généreux. La bonne nouvelle, c’est que ce pain, que Jésus va partager, et qui représente son corps, n’est pas une nourriture réservée au peuple juif seulement. C’est un pain qui va être partagé à l’infini, bien au-delà des frontières religieuses. Ce pain est valable pour toutes les nations, et pour tous les cœurs.  A l’époque, ceci était totalement nouveau !

 La leçon est claire !  Et voilà qui nous parle, à nous qui ne connaissons que trop notre faiblesse et notre péché. Nous sommes nous aussi des habitants de l’autre côté du lac, pour reprendre la formule de St Jean. Nous pataugeons souvent dans la boue du péché.  Rappelons-nous ce que nous disons juste avant la communion : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir » ; autrement dit, je ne suis pas digne de prendre et de manger ton pain.  Mais aujourd’hui, cet évangile nous dit au contraire : tous, quel que soit notre passé, quelle que soit la profondeur de notre misère spirituelle, nous pouvons entrer sans crainte dans l’immense foule qui suit Jésus, pour avoir part à son repas, dans lequel nous partagerons le bon pain du ciel.

 2° point : un enfant a su partager. Tournons à présent nos regards vers ce jeune garçon, qui était peut-être là pour vendre 5 pains et 2 petits poissons frits que sa mère avait pu lui confier au début de la journée. Du pain d’orge, le moins bon, que l’on appelait alors « le pain des pauvres ». Si miracle il y a, le voici : cet enfant, au lieu de tout garder pour lui, égoïstement, il accepte de s’en dessaisir, et de tout donner. Sans son geste de fraternité, d’humanité, rien ne se serait passé, et Jésus n’aurait pu effectuer sa multiplication.  Voilà donc le résultat du partage offert par cet enfant, qui, dans ce monde d’alors, n’est rien ni personne, et dont on n’a pas jugé important de retenir le nom ; mais dont le geste de partage est devenu nourriture abondante.

Cela confirme une vérité toujours actuelle : ce ne sont pas les forts en gueule, ni les gros biscoteaux, ni celui qui a acheté aux enchères, pour 28 millions de dollars, sa place pour accompagner Jeff Bezos dans l’espace, ni ceux qui font la une des médias, qui font avancer le monde ; mais toutes ces personnes courageuses qui, dans l’ombre, répondent à cet appel de Jésus : « Apportez vos 5 petits pains d’orge et vos 2 poissons, et voyons ce qu’on peut en faire. »  De ce peu, Jésus peut faire de grandes choses.  Voilà pourquoi Georges Bernanos écrivait : « Je dis que le monde sera sauvé par les pauvres, ceux que la société moderne élimine. Car les pauvres ont le secret de l’espérance. »  Et si ce petit garçon du peuple, cet enfant de l’évangile, c’était nous ?

 Le Seigneur a besoin de notre contribution, si pauvre soit-elle ; car Dieu ne fait pas de miracle à partir de rien ; il les fait à partir des pains d’orge et des petits poissons que sont notre bonne volonté, notre générosité et notre souci des autres ; disons, nos tout petits moyens !  Tous ceux et celles qui, parmi nous, sont engagés dans du bénévolat, et aussi tous les grands-parents que nous fêtons en ce jour, comprennent cette leçon : du peu que nous croyons être, Jésus peut faire de grandes choses ; nos petits talents, réunis dans l’Esprit-Saint, peuvent opérer des miracles inattendus de vie, de générosité et de partage.  Et quand on nous sollicite pour un service, veillons à ne pas répondre trop vite : je suis bon à rien, je ne suis pas capable… Car un tel refus va peut-être faire rater un grand projet de Jésus…

 3° et dernier point : à travers tout cela, Jésus nous explique le sens profond de l’eucharistie. Réécoutons la phrase-clef de cette scène : « Jésus prit les pains ; et après avoir rendu grâce, il les distribua aux convives. » La référence à l’eucharistie est claire : ce sont les mêmes gestes et les mêmes mots que Jésus utilisera lors de la Cène, au soir du Jeudi-Saint.  Le terme « rendre grâce », c’est-à-dire, « remercier », se traduit en grec par le verbe « eucharistein ».  D’ailleurs, « merci », en grec, cela se dit « eucharisto ». « Rendre grâce », « faire eucharistie », ce sont deux termes synonymes.

 Lors de scène de la multiplication des pains, nous n’étions donc pas loin de l’institution de la messe et de l’eucharistie. Avec cette particularité pleine de sens, à savoir que Jésus, quand il a alors partagé les pains, n’a laissé personne à l’écart.  Il n’a pas dit : les bons, ceux qui sont dignes de recevoir le pain que je viens de multiplier, je vais vous le partager ; mais qui sur terre et dans l’Eglise peut se définir comme bon ?  Jésus n’a pas séparé la foule en deux parties : d’un côté, les purs, et de l’autre, les mauvais. Dieu merci, sur les bords du lac de Tibériade, comme au moment de la Cène, même avec Judas, personne n’a été jugé indigne de recevoir ce pain miraculeux et sauveur. Et pourtant, tous n'allaient sans doute pas régulièrement prier à la synagogue le jour du Sabbat... Quelle leçon pour nous, qui jugeons parfois des personnes indignes de recevoir le corps du Christ à la communion !  Affreux pharisiens que nous sommes !

 Impossible d’être trop long dans une homélie ; mais il faudrait réfléchir aussi sur la dimension politique de la multiplication des pains. Ce signe de Jésus devrait interpeller fortement en effet nos dirigeants politiques, mais aussi chacun de nous, citoyens. Quand on sait par exemple que la faim tue chaque année des millions de personnes, plus que le Sida, la Covid et autres épidémies réunies… Quand l’on sait pertinemment aussi que seuls 2% des Africains sont vaccinés contre le virus…  C’est beau, c’est trop facile, de parler de la multiplication des pains, si l’on ne multiplie pas en même temps nos efforts pour soutenir les nations bien plus défavorisées que la nôtre…

 A méditer !  Mais je dois m’arrêter !  Tout à l’heure, au moment de l’offertoire, chacun de nous pourra apporter, en esprit, sur l’autel, sur la patène, ses petits pains d’orge, et ses petits moyens ; et c’est de cela que Jésus, par l’intermédiaire du prêtre, mais aussi de votre prière, quand nous allons chanter « vienne ton Esprit sur ce pain et ce vin », ; c’est alors que ce pain et nos vies deviendront le pain du ciel et la personne du Christ, que nous recevrons de tout notre cœur au moment de la communion. 

                 Tu ouvres ta main, Seigneur, nous voici rassasiés !   Amen !

mercredi 21 juillet 2021

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2645 : France, pays des lumières, terre d'accueil...

Rien de nouveau malheureusement, au "doux pays de France", si l'on en juge à la façon dont les migrants Arméniens, douloureux prédécesseurs des migrants syriens, afghans ou autres d'aujourd'hui, chassés de chez eux pour les mêmes raisons, ont été bien mal accueillis, jadis,chez nous...

Pour mémoire, la réaction, publiée par "Médiapart", et aussi dans "La Croix" du 13-14  juillet, à l'occasion de notre fête nationale (?), de ce maire de Marseille qui voulait rejeter les Arméniens à la mer !!!  Cela ne vous rappelle pas quelques tristes appels encore bien actuels ?

Toi, lecteur, qui te dis disciple de l'Evangile, de quel côté est-ce que tu te situes, et au nom de quoi ? 

 

Si vous passez cet été au musée d’Histoire de la ville de Marseille... Visages impassibles. Photos d’identité, d’identités… « Cent portraits de l’exil » : tel est le titre de cette exposition. Cent instantanés pris à l’arrivée de ces rescapés du premier génocide du siècle. Cent parmi des milliers, des dizaines de milliers débarqués sur les quais de la ­Joliette, « cet Ellis Island marseillais », selon la formule de Thierry Fabre, fondateur des Rencontres d’Averroès. Arrivés avec âme et bagages de 1922 à 1926. 

Nombre de rescapés du génocide lancé le 24 avril 1915 par les Jeunes-Turcs ont d’abord trouvé refuge dans la Cilicie sous mandat français avant que l’abandon de l’armée ne les contraigne à une nouvelle errance dont le terminus sera, pour des milliers d’entre eux, Marseille, la protectrice des exilés. 

L’accueil y est pourtant glacial. En octobre 1923, le maire socialiste, Siméon Flaissières, écrit ceci au préfet des Bouches-du-Rhône : 

« Depuis quelque temps se produit vers la France, par Marseille, un redoutable courant d’immigration des peuples d’Orient, notamment des Arméniens. Ces malheureux assurent qu’ils ont tout à redouter des Turcs. Au bénéfice de cette affirmation, hommes, femmes, enfants, au nombre de plus de 3 000, se sont déjà abattus sur les quais de notre grand port. Après l’Albano et le Caucase, d’autres navires vont suivre et l’on annonce que 40 000 de ces hôtes sont en route vers nous, ce qui revient à dire que la variole, le typhus et la peste se dirigent vers nous, s’ils n’y sont pas déjà en germes pullulants depuis l’arrivée des premiers de ces immigrants, dénués de tout, réfractaires aux mœurs occidentales, rebelles à toute mesure d’hygiène, immobilisés dans leur indolence résignée, passive, ancestrale. (…) La population de Marseille réclame du gouvernement qu’il interdise vigoureusement l’entrée des ports français à ces immigrés et qu’il rapatrie sans délai ces lamentables troupeaux humains, gros danger public pour le pays tout entier ».

Ces propos terribles furent publiés le 21 octobre 1923 dans le quotidien régional de Marseille, "Le Petit Provençal".  Qui, dans la société, dans l'Eglise, s'est élevé alors contre une attitude aussi indigne de l'Evangile que de la prétention d'être le "pays des lumières" ?

 Lorsqu’ils sortent pourtant du camp militaire désaffecté d’Oddo, les échappés de la mort planifiée se regroupent, en fonction de leurs villages d’origine, dans quelques quartiers : Saint-Antoine au nord, Saint-Loup ou Beaumont à l’est de la ville. Alors que les immigrés choisissent le centre-ville, près du port, eux préfèrent des quartiers périphériques, proches de la sortie, comme s’il fallait se préparer à partir de nouveau.

Cette histoire, et ces discours restent bien d'actualité, au mépris du Droit international !  Sans parler des devoirs de l'Evangile... Depuis 100 ans, n'a-t-on rien appris ? 

Il est vrai que, comme le disait déjà l'historien grec Thucydide,  "l'histoire est un perpétuel recommencement"... 

"La Croix" de ce 21 juillet : "Cela fait plus de 20 ans qu'il y a des morts en Méditerranée. Au moins 1146 migrants sont morts en mer au cours du 1° semestre 2021, deux fois plus que l'an dernier."  Cet article est à lire en entier.

Relisons l'Ecclésiaste : 

-  1/9  :  "Ce qui arrivera, c'est ce qui est déjà arrivé, il n'y a rien de neuf sous le soleil."

-  4/1-2  :  "J'ai pensé de nouveau à tous ceux qu'on opprime sous le soleil.  Voici les pleurs des opprimés, et nul ne les console ; il souffrent de la violence de leurs oppresseurs, et personne pour leur venir en aide...Tout cela est insensé !"

A méditer !

 

 



dimanche 18 juillet 2021

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2644 : Le repos, un don de Dieu !

 

16° dimanche B  -  St Hilaire de Talmont et Longeville  -  16-17 juillet 2021


S’il est un évangile qui soit adapté à la période de vacances que nous vivons, c’est bien celui-ci !  Au terme de la première mission qu’il avait confiée à ses disciples, Jésus les sentant fatigués, et l’évangéliste Marc précise même qu’ «ils n’avaient pas le temps de manger », Jésus donc leur propose de s’arrêter, pour prendre le temps de souffler : « Venez à l’écart, et reposez-vous un peu. »

 Vous avez entendu ?  Ces pauvres apôtres, ils n’avaient même pas le temps de manger ! N’y a-t-il pas là le symbole de ce dont tous, nous faisons la dure expérience durant les onze mois de l’année dont nous venons de sortir ?  Pas le temps de souffler, pas le temps de voir les amis, pas le temps de bien s’occuper des enfants, ni le temps d’aller voir la vieille tante en Ehpad.  Pas le temps non plus de prier, d’aller à la messe, ni de réfléchir à notre vie.  Mais est-ce que c’est cela, vivre ?  Est-ce que, avec un rythme aussi effréné, nous ne sommes pas en train de gâcher notre existence, tout en nous préparant sans le vouloir à faire peut-être un AVC ?  Le célèbre joueur de tennis des années 30, Jean Borotra, nous avait pourtant mis en garde : «Le problème n’est pas d’ajouter des années à la vie, mais de la vie aux années. » 

 Aujourd’hui en tout cas, à travers cette scène d’évangile,  pour nous, et pas seulement pour ses apôtres, Jésus tire le signal d’alarme, et il insiste : « Venez à l’écart, et reposez-vous ! »  Ce qui signifie que, prendre le temps de se reposer, ce n’est pas seulement une petite décision que nous avons prise en décidant de rejoindre la côte vendéenne ; bien plus que cela, prendre du temps pour soi, c’est répondre à un appel, et même, à un commandement de Jésus. Comme cela nous était rappelé dans la première lecture, le bon berger en effet prend soin de la santé de ses brebis.  Et il lui déplaît souverainement de voir trop de ses enfants ne pas prendre le temps de se reposer, pour, au bout du rouleau, risquer de faire un burn-out.  Surtout qu’en plus, comme vous le savez, selon le dicton, « celui qui ne se repose pas fatigue les autres ! »  C’est pas vrai, ça ?

 Mardi, nous avons eu la tristesse d’enterrer un prêtre vendéen, à Chaillé-les-Marais, 74 ans, à un an de la retraite, qui est à 75 ans pour les prêtres. Originaire de St Etienne du Bois, Louis, en poste en Charente-Maritime, s’est littéralement tué à la tâche.  Et dire que l’on entend encore trop souvent des personnes, non chrétiennes j’espère, insinuer que les prêtres n’en fichent pas lourd…  Louis était un prêtre H 24, toujours sur la brèche, passionné par son ministère. Il ne s’accordait guère de plages de repos ; mais peut-on le lui reprocher ?  Surtout que son cœur était en permanence ouvert à toutes les détresses.

 Il est vrai que, comme le disait Nelson Mandela : « Tant que la pauvreté, l’injustice, les inégalités flagrantes persistent dans notre monde, aucun de nous ne peut vraiment se reposer ! »  C’est sans doute vrai ; mais Mandela, lui, était trop fort !  Quant à nous, il nous faut être conscients de nos limites, comme le rappelait le pape Benoît XVI lors d’une rencontre avec des prêtres, et sa remarques est valable aussi pour chaque chrétien : « Trouvez l’humilité et le courage de vous reposer. »  D’autant plus que des parents fatigués par exemple, pour des enfants en attente, c’est une catastrophe !

 Notre devoir de vacances de chrétiens donc, c’est un devoir de repos, mais pas n’importe quel repos ; un repos d’ordre spirituel, qui consiste à fuir le bruit quand il est destructeur, éviter les agitations stériles, les bavardages pessimistes et les paroles blessantes.  Attention : il ne s’agit pas de mener une vie de moines en-dehors du monde, ni de fuir la fête ; mais de préserver  le repos de notre âme et notre vie intérieure : goûter le temps qui passe, tenter de vivre au ralenti, savourer l’instant présent, positiver même si la météo n’est pas bonne, prendre du recul, savoir décrocher de notre portable, renouveler notre élan vital, savourer le bonheur d’exister, contempler sans nous lasser, dans un silence émerveillé, l’océan, le ciel et cette nature superbe qui nous accueille en son sein……Et si nous sommes des personnes âgées, réjouissons-nous tout simplemnt du jour que Dieu nous donne !

 L’on dit que l’âme rajeunit en été ; encore faut-il lui en donner les moyens ! Je trouve la réflexion suivante de Gandhi fort éclairante : « Il faut apprendre à rester serein au milieu de l’activité, et à être vibrant de Vie au repos. » Le mot « Vie » étant à lire avec un grand V !  Les vacances nous donnent cette chance : quitter nos mauvaises habitudes. Par exemple, regarder nos proches d’un autre œil, mieux repérer les richesses de leurs personnalités, et non plus seulement leurs défauts, engager avec eux un autre type de dialogue.  Et pourquoi pas, savoir pardonner…  Quel fin psychologue, ce Victor Hugo, quand il fait, à propos du pardon, cette remarque pleine de sagesse : « Le pardon, quel repos ! »  Eh oui, quand on pardonne, l’on est tellement soulagé en effet !  Et l’on peut enfin souffler !

 Une autre chose à ne pas oublier, c’est que le repos, en étions-nous conscients, c’est un don de Dieu. Jeudi dernier, la liturgie nous donnait à méditer ce texte de l’évangile de St Matthieu (11/28-30) : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. »  Et Jésus de poursuivre, en insistant fortement ! « Devenez mes disciples, et vous trouverez le repos pour votre âme. »  Le message est clair : le contact avec le Christ est l’un des moyens les plus sûrs de trouver le vrai repos.  Même si prendre une bonne bière en terrasse avec des amis, ou faire une sieste méritée, cela ne nuit pas, ce ne peut être là la source d’un repos parfait.

 Comme l’avait si justement perçu le poète Arthur Rimbaud : « La vraie vie est ailleurs. » Et cela, en tant que chrétiens, il ne nous faut pas l’oublier. Et nous sommes venus participer à cette messe pour nous en souvenir.  La vraie vie en effet, elle est du côté du Christ. Question : comment, pendant ces vacances, allons-nous vivre notre relation avec le bon pasteur source du vrai repos ?  A chacun d’inventer son petit rituel : le matin en se levant, remercier Dieu pour ce temps de congé ; dans la journée, s’asseoir dans la nature, seul, ou peut-être aussi en famille, et louer Dieu pour ce que l’on admire dans sa création ; se donner un petit moment de silence pour laisser Dieu me reconstruire de l’intérieur, etc… En un mot, restaurer notre cathédrale intérieure.  Et si on essayait ?

 En terminant, je vous propose de vous unir de cœur à la prière d’un laïc, Jean-Pierre Dubois-Dumée, que je vous partage à présent :

 Seigneur, maître du temps, fais que je sois toujours prêt à te donner le temps que tu m’as donné.

 Seigneur, maître du temps, aide-moi à trouver chaque jour le temps de te rencontrer, le temps d’écouter les autres, le temps d’admirer et le temps de respirer ; le temps de me taire et le temps de m’arrêter ; le temps de sourire et le temps de remercier ; le temps de réfléchir et le temps de pardonner ;  le temps d’aimer et le temps de prier.

 Seigneur, maître du temps, je te donne toutes les heures de cette journée, et tous les jours de ma vie ; jusqu’au moment où j’aurai fini mon temps sur la terre. 

 « Tu es mon berger ô Seigneur, rien ne saurait manquer où tu me conduis. »

Amen !

 

mercredi 14 juillet 2021

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2643 : Un appel vigoureux du Protestantisme à la République (et à l'Eglise catholique)

En ce 14 juillet, voici une interview du pasteur François Clairvoly, qui préside depuis 2013 la Fédération protestante de France, et pose quelques questions de fond à notre République.

 

À l'occasion du débat parlementaire sur le projet de loi « séparatisme », François Clavairoly mettait en garde la République, le 29 janvier dernier, contre une conception soupçonneuse de la laïcité, qui confine le fait religieux dans la sphère privée. Cette réflexion est à relire de près en cette journée de Fête nationale !  Elle invite aussi les catholiques à se situer autrement dans la cité !


La Fédération protestante de France se montre vigilante face au projet de loi contre le « séparatisme » qui arrive le 1er février à l’Assemblée nationale. Qu’est-ce qui vous inquiète dans ce texte ?

Depuis 1905, la Fédération protestante de France a toujours été attentive au rapport de la République aux religions. Aujourd’hui, nous sommes inquiets car, pour la première fois, l'esprit libéral qui a toujours prévalu jusqu'ici cède la place à une laïcité qui a oublié ses racines cachées, son fondement et ses origines. Nous regrettons la légèreté de la représentation nationale sur le plan philosophique et théologique. La récente audition des représentants des cultes à l'Assemblée nationale en a été l'illustration, en particulier à travers l’attitude du président de la commission spéciale, le député François de Rugy.

Avez-vous le sentiment que les parlementaires omettent l’inspiration chrétienne de la laïcité : la séparation du temporel et du spirituel, promue dans l’Évangile ?

Cela s’inscrit dans un contexte général, qui dépasse largement la question protestante, et préoccupe l’ensemble du christianisme en Europe. Comment la République française peut-elle à ce point fonder la démocratie sur des fondements philosophiques coupés de leurs référents théologiques ? Comme si ni Kant, ni Rousseau, ni Voltaire, ni Hegel n'étaient issus d’une culture chrétienne ! Comme si la République était une creatio ex nihilo ! Il va falloir que ce gouvernement rende compte de cette compréhension asséchée spirituellement de ses fondamentaux. C'est grave. Hélas, les députés ont oublié ce qu'était la liberté de conscience et la liberté de culte parce que, pour une bonne part, ils ne sont probablement ni chrétiens ni croyants, et que cela ne les intéresse pas.

Concrètement, en quoi ce projet de loi menace la liberté religieuse ?

Ce texte suggère une assignation à résidence du culte à l'espace privé, et distille un soupçon a priori sur le religieux, perçu comme une menace potentielle. Cela se traduit notamment par l'autorisation demandée au préfet pour l’ouverture d’un lieu de culte et son renouvellement tous les cinq ans. Ce sont des dispositions qui font régresser la République, et lui font baisser les yeux devant la menace de l'islamisme politique. Face à une telle menace, la réponse devrait être très ferme voire d’ordre militaire, et non pas le rétrécissement de l'espace de la liberté religieuse en France. Certes, nous ne sommes pas la cible de ce texte, bien que les trois quarts des associations cultuelles relevant de la loi de 1905 soient protestantes. Mais ce projet de loi n'est pas à court terme : comment ce texte sera-t-il utilisé dans les mains d'un autre gouvernement qui aura d'autres objectifs à l'égard des cultes ?

C’est un paradoxe français : nous sommes une société sécularisée mais la question de la religion est toujours passionnelle. Pourquoi tant de conflits et de débats autour du fait religieux ?

L'une des raisons de cette inflammation presque psychologique des députés sur la question religieuse est liée probablement à une inculture ou à un dépérissement d’une éducation théologique et spirituelle. Mais aussi sans doute à une réelle soif de spiritualité ! Je ne peux pas croire que des députés soient aussi agressifs sans qu'ils n'aient eux-mêmes des comptes à régler avec leur propre compréhension du sens de leur vie et de leur engagement politique. Je les encourage donc à entrer dans une véritable réflexion sur ce sujet.

Que répondez-vous à ceux qui disent que les religions divisent la société plus qu’elles ne lui apportent ?

Qu’ils ne connaissent pas ce qui se vit entre croyants ! Comme président de la Conférence des responsables de culte en France, je peux témoigner de la fraternité permanente entre nos confessions. En réalité, les séparatismes ne sont pas religieux, ce sont en revanche des projets politiques dévastateurs remettant en cause les valeurs de la République.

Pourquoi la liberté de culte est-elle si essentielle dans une République laïque ?

Qu’est-ce que le culte ? C’est l’acte de cultiver un espace où l'altérité et la transcendance trouvent leur place. Le culte permet d’accueillir l’autre, avec un petit « a », et un grand « A ». Dans les églises comme dans les temples, il y a toujours un autel, une table de communion où on laisse la place à l’autre. Dans une société qui se passerait de culte, on oublierait qu’il faut accueillir l’autre : le pauvre, l’étranger, celui qui n'était pas prévu. Pour moi, le culte n’a que cette fonction, et non celle d’imposer des règles à une société. Dans le monde catholique et le monde évangélique, on a parfois réduit l’Evangile à des règles éthiques : Jésus n’en avait rien à faire, de cela ! Le cœur de notre « métier » n’est pas d’enjoindre la société à se comporter de telle ou telle façon, mais de lui rappeler que son espace ne soit pas saturé, au point qu’elle oublie l’autre différent.

Qu’est-ce que le protestantisme peut nous apprendre sur la laïcité ?

Ce qu’a reçu le protestantisme de ce principe juridique et politique de la laïcité, c’est la liberté de s’exprimer. Nous sommes passés d’un régime de catholicité à un régime de laïcité, qui fait place à la diversité religieuse. Le protestantisme se retrouve dans cette pluralité confessionnelle, parce qu’il est lui-même pluriel, entre luthériens, réformés, baptistes, pentecôtistes… A l’image des chrétiens des premiers siècles, qui partent créer de multiples Églises. Pour nous, la pluralité n’est pas une spécificité, elle est naturelle. La responsabilité politique se situe donc dans l’organisation de cette pluralité religieuse. C’est la phrase faussement attribuée à Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire. » Ce que je souhaite, c’est que la représentation nationale de ce pays mette en pratique cet adage voltairien. Même un non-croyant doit pouvoir permettre à la foi chrétienne de s’exercer, dans la liberté instituée par la loi de 1905.

C’est par les cultes que certaines populations étrangères entrent dans la société française.

Le protestantisme, qui est divers, pluriel, peut-il donner aux musulmans de France un exemple de structure et de parole unique dans le respect de leur diversité ?

Il y a quelques années, j'avais transmis les statuts de la FPF au président du CFCM Anouar Kbibech. Ils les avaient étudiés avec beaucoup d'intérêt. L’islam a ses particularités, mais globalement l'idée d'une représentation tenant compte des différentes écoles théologiques, des différentes origines, et s'inscrivant dans une représentation régionale et nationale, peut rapprocher les protestants des musulmans de France.

La FPF accompagne de nombreuses communautés protestantes issues de l’immigration avec le projet Mosaïc, initié en 2006. Comment faites-vous pour les intégrer au sein du protestantisme français, et plus largement au sein de la société ?

Nous faisons le constat que les Eglises issues de l’immigration sont elles-mêmes les premiers lieux d’intégration de ces populations, au profit de la République. C’est par les cultes, par la liturgie, par la catéchèse, par les visites du pasteur, qu’elles entrent dans la société française, et en apprennent les codes. Tous les sociologues des religions vous le démontreront. C’est une réalité qui existe aussi parmi les catholiques issus de l’immigration. Comme Fédération, nous sommes attentifs à ces Églises, lorsqu’elles nous sollicitent pour une expertise ou un soutien, pour la recherche d’un lieu de culte, une aide juridique, une relation avec un élu local, une mise en lien avec une Église protestante du pays d’origine… Un autre travail, plus difficile, est l’apprentissage, pour des Églises souvent très identitaires, de la capacité à dialoguer avec d’autres chrétiens, qui ne sont pas du même pays, de la même ethnie, ou de la même tendance théologique. Avec ces Églises, le protestantisme français devient multicolore, dans tous les sens du terme. C’est un défi, à l’image de celui de la société, qui se fabrique à l’infini avec les processus migratoires.

Après 2017, qui a marqué les 500 ans de la Réforme, quels sont les prochains rendez-vous du protestantisme français ?

En matière d’anniversaire, je citerai l’excommunication de Martin Luther, en janvier 1521 ! J’aimerais que ce sujet soit étudié avec sérieux par Rome et nos partenaires catholiques en France, pour savoir ce que cela signifie pour eux. Je n’entends pas beaucoup d’interrogations venant d’évêques sur ce geste, qui fut une mise à mort symbolique, à l’époque. Pour ce qui est des thématiques à venir, j’en vois trois principales : d’abord, l’engagement climatique et écologique, que nous avions initié avant Laudato Si’ ! Ensuite, le dialogue interreligieux. La théologie chrétienne ne peut plus couper les cheveux en quatre sur l’eucharistie, quand se pose la question de vivre avec ce partenaire monothéiste qu’est l’islam. Nous avons un travail à faire pour vivre l’altérité religieuse, et son rapport au texte biblique, au regard de ce qu’est le Coran. Enfin, l’accueil de l’étranger, qui doit se réfléchir dans un ensemble : comment bâtir une société qui puisse faire une place à l’autre ?

La parole en surplomb, de type papal, n’a jamais été supportable pour les protestants.

Vous avez écrit un livre qui s’intitule Après Dieu (Cerf). Comment porter une parole chrétienne dans une société qui ne l’est plus ?

Il y a trois façons de porter une parole chrétienne qui sont à l'œuvre aujourd’hui. La première, c’est la parole en surplomb, de type papal, qui n'est pas supportable, qui ne l’a jamais été pour les protestants. Nous n’avons pas de leçons à recevoir sur la fraternité ou l’écologie, car nous ne l’avons pas attendue pour nous y mettre ! La seconde, c’est la parole victimaire : « Nous les chrétiens, nous ne sommes pas entendus, nous sommes méprisés et cibles de fake news. » Cette parole victimaire est à la fois contestable et inopérante. Elle est même un peu écœurante, car jamais le Christ ne s’est présenté comme victime pour faire valoir ses positions, bien qu’il l’ait été. La troisième, c’est l’obstination humble. Celle de l’âne qui porte le Christ lors des Rameaux : nous avançons, nous disons l’Evangile, là où nous nous trouvons, avec une persévérance confiante, mais jamais en essayant une stratégie du passage en force. Quand le christianisme sort de cette position, il fait de l’idéologie. Il devient lobbyiste, et il a une antenne à l’Assemblée nationale.

 

 

dimanche 11 juillet 2021

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2642 : Notre "feuille de route" pour cette semaine d'été

 

15° dimanche B  -  Parc de Bourgenay  -  11 juillet 2021

 

Chers amis, ce n’est pas moi qui vais vous apprendre que, chaque dimanche, à travers les lectures, et en particulier l’évangile du jour, Jésus en personne vient donner à chacun  personnellement, mais aussi à l’Eglise et à l’ensemble de l’humanité, notre feuille de route pour la semaine à venir.

 Une feuille de route, vous savez ce que c’est ?  Ce sont des conseils, des pistes d’action que nous venons rechercher au cours de la messe, et qui ont pour but de nous permettre de progresser intelligemment sur le chemin de la Vie, avec les autres et avec Dieu.

 Résumons-les brièvement : pas de pain, pas de sac, pas d’argent ; même pas de vêtement de rechange… Diantre, faut-il prendre ces conseils à la lettre ?  Si oui, ce petit séjour que nous avons programmé au bord de la mer ne va pas être très drôle ! Notons que Jésus nous octroie  quand même le droit de posséder une paire de sandales, et d’avoir un bâton ; pour chasser les chiens ?  Ou pour nous aider à avancer plus aisément…  Pour terminer, vous l’avez entendu, nous sommes aussi invités à nous convertir, et à travailler à expulser les démons !

 Essayons de traduire tout cela. Et si l’appel de Jésus à ne rien emporter pour la route, cela signifiait que, au coeur de cet été, il nous fallait apprendre à dégraisser un peu notre vie, à faire le tri au sein de nos existences encombrées.   Et si cela était un appel à profiter de ce temps de vacances pour en revenir à l’essentiel ? Pour trouver enfin le moyen de nous libérer de ce qui est superficiel, inutile dans nos vies ?

 « Mettez des sandales », nous dit encore Jésus ; en d’autres termes, n’ayons pas les pieds lourds et encombrés ; c’est-à-dire, laissons tomber la fatigue de l’année, le stress lié au travail, la folle agitation de nos journées ; vous savez, quand on dit qu'on en a plein les pattes...  Et prenons enfin le temps de vivre et de respirer ; faisons le choix d’écouter et d’aimer les personnes qui nous entourent ; donnons-nous des instants de grâce pour contempler cette superbe nature qui nous accueille en son sein ; et du temps aussi pour savourer des plages de silence, de prière et de paix.

 Question : dans ce monde un peu sombre, avons-nous le souci de rechercher la beauté sur nos chemins ? Saurons-nous, durant cet été, goûter de temps en temps le silence du soir et les matins du monde ?  Marcher au gré du vent, apprivoiser la pluie ?  Respirer le parfum des arbres et des fleurs ?  Admirer, avec Baudelaire, « la gloire du soleil sur la mer violette »,  et nous donner le loisir de contempler les étoiles ?  Pour finalement, laisser tout ce qui nous agite et nous perturbe retomber doucement, comme le sable qui finit par se déposer au fond de la mer ?

 En maîtrisant mieux l’usage de notre portable, par exemple !  Avant de l’éteindre tout à l’heure, vous avez peut-être entendu la voix artificielle vous dire : « Bonjour, vous n’avez aucun message. » Faux !  Quelqu’un cherche à laisser un message, en ce moment même, sur le portable de votre cœur.  Et que nous dit ce message : Jean 10/10 : « Je suis venu pour que tu aies la vie, et que tu l’aies en abondance. »  Seigneur, envoie-nous souvent des messages comme celui-ci ; à conserver non seulement huit jours, mais éternellement.

 Ces derniers temps, le grand souhait de chacun de nous, cela a été d’échapper au confinement, mais pour faire quoi ?  Et si l’on faisait le point à ce sujet ?  Qu’est-ce que nous adorons dans notre vie ? A quoi sommes-nous trop habitués ?  De quoi sommes-nous intoxiqués ?  Il y a l'attrait du bruit, l’addiction aux réseaux sociaux, l'esclavage par rapport aux écrans, les paroles vides, le désintérêt, quand ce n’est pas le mépris vis-à-vis de ceux qui ne sont pas de notre bord ou ne sont pas comme nous ; ou encore, la course aux chimères, en référence à cette loi adoptée récemment par le Parlement, qui ouvre la possibilité de créer des chimères animal-homme, en insérant des cellules humaines dans des embryons animaux ?  Le philosophe Pascal voyait juste, quand il déclarait que l'homme est à la fois sage et fou ! C'est ici la victoire d'un scientisme totalement irresponsable !  Tout ce qu'on peut créer, on le crée ; tout ce que l’on peut payer, on se le paye.  Plus on en a, plus on en veut.  Jamais comblés, jamais satisfaits ! 

 Voilà pourquoi les pistes que nous propose Jésus sont si pertinentes ; pas de sac, pas d’argent, c’est un appel à ce que l’on nomme « la sobriété heureuse » : renoncer au superficiel, se désintoxiquer de nos désirs, prendre du recul par rapport à notre façon de vivre, retrouver un supplément d’âme, donner du sens à ce que nous vivons.

 Finalement, dans la ligne de l’évangile de ce jour, nous sommes peut-être appelés à faire de ce temps d‘été un moment privilégié pour réparer en nous ce qui est peut-être faussé, dans nos relations en famille par exemple ; sachons aussi prendre du recul afin de donner du sens à ce que nous vivons, à notre aventure humaine ; inventons des opportunités pour redonner à Dieu une place première dans notre vie.  A propos, a-t-il été question dans notre famille du temps que l’on pourrait donner à Dieu ensemble cet été ?

 Merci Seigneur pour le silence de la forêt, merci pour le rayon de soleil qui se glisse entre les arbres, merci pour le chant des oiseaux, pour l’immensité de l’océan qui nous parle de toi.  A chaque famille d’inventer sa façon de prier, bien en lien avec ce que nous voyons, avec ce que nous vivons.  Et ainsi apprendre à habiter la terre et le ciel, au lieu de nous laisser manger par ce qui risque de nous aveugler et de nous détruire.  Et si c’était cela, expulser les démons, chasser les virus et guérir les  maladies de nos âmes ?

 En ces temps un peu difficiles, le rôle des chrétiens est sans doute plus important que jamais. Il consiste à lutter, au nom de Jésus, et avec son soutien, contre la laideur du monde. On pourrait dire que l’Evangile, c’est un manuel de résistance, une école de liberté, pour nous aider à échapper à la folie du monde, pour nous remettre debout.

 En terminant, je voudrais vous inviter à ne pas être pessimistes par rapport à l’avenir de notre planète. En effet, outre les chrétiens, de grandes figures de notre société, non croyantes, ont œuvré ou oeuvrent encore dans le même sens que l’Evangile. Par exemple Axel Khan, qui vient de nous quitter, ou Edgar Morin, qui a fêté ses 100 ans cette semaine, ou encore Albert Camus, dont les mots prononcés en 1957, lorsqu’il a reçu le prix Nobel à Stockholm, résonnent encore à nos oreilles : « Chaque génération se croit vouée à refaire le monde ; la mienne sait qu’elle ne le refera pas ; sa tâche est peut-être plus grande : empêcher que le monde ne se défasse. »

 Empêcher que le monde ne se défasse, « réparer le monde », selon une expression chère au pape François, c’est bien le projet que Jésus nous a confié ; et c’est notre façon de servir l’humanité.  Pour réaliser ce projet, Dieu dit à chacun de nous en ce jour, comme jadis au prophète Amos, ainsi que nous l’avons entendu à la fin de la 1° lecture : « Va, tu seras le prophète de mon peuple. » 

 Chers amis baptisés, notre mission est belle !  Puisse Jésus nous aider à la mener à bien !    Bel été de renouveau chez nous !    Amen !

jeudi 8 juillet 2021

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2641 : "Ne soyez pas tourmentés de m'avoir vendu !" (Joseph à ses frères, en Genèse 45/5)

Sous titre :  La parabole du Dernier Jour

 C'est toujours une joie pour moi de commenter brièvement les lectures du jour lors des messes en semaine en la chapelle de Bourgenay.  Et aujourd'hui, la fameuse histoire de la rencontre, des "retrouvailles" (?) entre Joseph et ses frères ; eux qui croyaient s'être débarrassés de lui en le vendant à des chameliers Ismaélites, des marchands du pays de Madian, et cela pour vingt pièces d'argent... (Genèse 37/28)

Mais voici que Joseph, au terme de cette histoire rocambolesque, et qui n'avait rien de fraternel, au lieu de se venger de ses frères, et de les exclure de son amitié pour toujours, leur ouvre grand les bras !  Personnellement, je lis dans cette histoire une préfiguration de ce qui se vivra lors de la fin des temps.

Au Dernier Jour en effet, l'humanité se trouvera confrontée face à face avec son Dieu. Un Dieu que nombre d'humains auront fui, haï, jalousé, rejeté, torturé, vendu, assassiné, refusant de le reconnaître.  Joseph, au sommet de la gloire en Egypte, "aussi grand que Pharaon", ainsi que le décrit la Genèse (44/18), représente la figure rédemptrice de Jésus sauveur ; aussi grand que Dieu.

"Jésus", dont le nom signifie en hébreu "Dieu sauve".  Jésus, dont les malheurs passés de Joseph symbolisent le rejet dont Jésus également sera la victime.  Jésus, incompris, trahi, vendu lui aussi, par l'un de ses proches, pour 30 pièces d'argent (Mt 26/15) : 10 pièces de plus que Joseph !

En face de Joseph, se sentant découverts dans leurs mensonges, "ses frères étaient incapables de lui répondre, tant ils étaient effrayés." (Gn 45/3)  Telle sera sans doute l'attitude de l'humanité pécheresse, notre attitude, devant Jésus, au Dernier Jour...

Et que se passera-t-il alors ?  La Genèse semble nous le prédire : "Joseph dit à ses frères : "Approchez-vous de moi." Ils s'approchèrent et il leur dit : "Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu (...).  Mais maintenant, ne vous affligez pas, et ne soyez pas tourmentés de m'avoir vendu (trahi), Dieu m'a envoyé ici (au Ciel ?) avant vous pour vous sauver la vie." (Gn 45/3-5)

Jésus, lui, redira à son Père, en pensant à toutes nos bêtises : "Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font !"  (Luc 23/34)

Et pourquoi Dieu, qui est un Père, ne sauverait-il pas toute l'humanité, à l'exemple de Joseph, figure du Christ, qui a sauvé tous ses frères et les a gardés auprès de lui, malgré leur énorme faute à son égard ?

mercredi 7 juillet 2021

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2640 : "La migration est un lieu théologique" (Cardinal Montenegro)

 En classant mes dossiers, je viens de retrouver ce document, un peu ancien, mais toujours actuel !

Lors de son intervention à l’Assemblée plénièredes évêques de France, à Lourdes, le 5 novembre 2015, leCardinal Francesco Montenegro,  archevêque d’Agrigente (Italie), a partagé sa réflexion sur les migrants, à partir de son expérience à Lampedusa.

Pour donner un cadre, une clé de lecture à mon intervention, je souhaiterais commencer par vous raconter deux histoires et par vous communiquer les résultats d’une enquête menée auprès d’enfants en primaire (l’âge du catéchisme), en Italie.

Dès son enfance, Omar (musulman) a entendu sa deuxième mère lui dire : « Quand tu seras dans une situation de besoin, partout où tu seras, si tu vois une église, entre, et là, tu trouveras sûrement de l’aide ». C’est bien ce qu’Omar a fait dès son arrivée à Lampedusa, trouvant ainsi des personnes qui lui ont offert aide et amitié.

Un Nigérian a dit : “J’ai quitté ma patrie, là où, en tant que chrétien, je vivais avec beaucoup de difficultés parmi les musulmans. En arrivant sur une terre chrétienne, j’espérais trouver une grande famille d’accueil. Au contraire, ici aussi je continue à être et à me sentir seul ».

Ensuite, voici quelques réponses recueillis par l’anthropologue Paola Tabet :

A la question « si tes parents avaient la peau noire », voici ce qu’on a répondu : « Je les trouverais dégoûtants » ; « J’en aurais toujours peur » ; « J’essaierais de les colorer avec une couleur claire comme le rose, de manière à ce qu’ils puissent redevenir Italiens » ; « Ils seraient probablement très pauvres, assassins, délinquants, malfaiteurs, et je les haïrais » ; « Je les garderais comme esclaves » ; « Je ne garderais plus des choses de valeur sur moi, ni stylos, ni crayons, ni mon beau portable de marque»; « Si j’étais noir, je me tuerais» ; « Je me jetterais du troisième étage parce qu’il est préférable de mourir que d’avoir mauvaise réputation » ; « Je veux des parents blancs. Mon papa me dit toujours que les personnes sont toutes égaux, mais la télé me fait toujours comprendre que les Noirs sont dangereux, qu’ils tuent, et ainsi j’en ai de plus en plus peur ».

Venons-en à notre sujet :

Parler de migration n’est pas facile, même s’il s’agit d’une réalité qui fait partie de l’histoire de l’humanité. Beaucoup de questions et de problèmes se mélangent autour des phénomènes migratoires : le droit d’émigrer, la manière de traiter les migrants, le vivre ensemble dans une société pluraliste, la traite des immigrés, le trafic des mineurs, la condition de la femme, le dialogue interculturel, la reconnaissance et la participation à la vie démocratique, la sécurité.

Il y a ceux qui considèrent la migration comme un facteur d’injustice et ceux qui, au contraire, la voient comme un déclencheur d’une nouvelle justice.

Il y a ceux qui défendent la possibilité pour les immigrés de participer à la vie civile et sociale du pays qui les accueille, et d’autres qui ne l’envisagent pas, ou qui le concéderaient seulement comme une faveur, et non comme un droit.

Parlons de l’imigration en partant de l’expérience de Lampedusa.

Les habitants de cette petite île de la Méditerranée ont démontré et montrent encore qu’il est possible d’offrir l’hospitalité à ceux qui, en quête de vie, fuient un monde sans opportunités en quête d’un autre avenir. Ils nous apprennent que, de même que l’on ne peut pas arrêter les désirs et le vent, on ne peut pas bloquer l’histoire. Les habitants de Lampedusa sont en train de faire l’expérience – comme le Pape l’a souvent rappelé – qu’il est possible de construire et de partager un monde nouveau fondé sur des relations de solidarité.

L’île de Lampedusa est en même temps « phare » (du latin lampas, torche) et « pierre d’achoppement » (du grec lépas, rocher) [voilà la double signification de son nom], elle est scandale et prophétie. En miniature, elle incarne le monde. Ceux qui l’habitent veulent la quitter pour aller au Nord de l’Italie, alors que pour ceux qui y arrivent depuis le continent africain, représente le début du Nord et le commencement d’une vie meilleure. Pour beaucoup, cependant, le rêve s’est transformé en tragédie : si des dizaines de milliers de personnes, véritables Lazare de notre époque, ont débarqué sur la terre promise (Lampedusa), et ce alors que les riches pharaons d’aujourd’hui continuent à manger et à gaspiller les biens de ce monde. 25 000 (sources officielles), 50 000 (sources associatives) ont perdu leur vie dans ce grand cimetière qu’est devenue la Méditerranée.

Benoît XVI a défini l’émigration comme : « ce phénomène impressionnant par la quantité de personnes impliquées, par les questions sociales, économiques, politiques, culturelles et religieuses qu’elle soulève, par les défis dramatiques qu’elle pose aux communautés nationales et à la communauté internationale » (CV 62).

232 millions de personnes migrent de par le monde (on appelle ce phénomène le sixième continent), et ce pour plusieurs raisons : comme la recherche de sécurité, de travail, d’une vie digne, ou bien la fuite de la persécution, de la faim ou de l’exploitation. La vie sur leur terre est désormais un enfer. Le voyage périlleux et parfois meurtrier, – à ce qu’ils racontent – est peut-être pour eux la seule possibilité qu’ils ont de survivre.

Le Pape François nous dit : « Migrants et réfugiés ne sont pas des pions sur l’échiquier de l’humanité ». La mobilité des personnes et des familles est un signe des temps et non pas seulement un pur « fait divers ». Il s’agit d’un évènement qui met à l’épreuve l’identité chrétienne et civile ; un évènement qui, d’une part, rend explicite la diversité des personnes, des cultures et des religions, et de l’autre, proclame l’égale dignité des personnes. Pour l’Eglise cela signifie, à l’exemple du Bon Samaritain, se mettre en route avec courage sur le chemin qui mène de Jérusalem à Jéricho. Et pour la société, civile, cela désigne : accepter que l’avenir, qu’on le veuille ou non, soit forcément multiethnique, multiculturel, pluriel.

Quand les peuples bougent, rien ne reste pareil, ni politiquement, ni économiquement, ni socialement, ni religieusement.

L’exode actuel n’est pas le « mal », mais le « symptôme » d’un mal plus grand, celui d’un monde injuste où l’idée d’un Occident centre de l’univers n’a plus de sens.

Il est vrai que la civilisation occidentale a réalisé des avancées qui sont devenues le patrimoine de toute l’humanité (littérature, philosophie, art, sciences), mais elle a produit beaucoup d’aspects discutables. Par exemple, nous parlons d’une civilisation qui n’a pas honte de piller les pays d’origine des migrants par des mécanismes économiques pervers et par des échanges commerciaux injustes. L’Occident a, souvent, soutenu et mis en place des régimes corrompus. Les entreprises multinationales – les riches pharaons d’aujourd’hui – continuent à créer des esclaves affamés, exploités, enragés.

Le temps est venu d’accepter la pluralité des cultures, avec leurs caractéristiques, leurs histoires et leurs dignités propres. Chaque pays est ainsi centre et périphérie en même temps. Il faut cultiver le dialogue et la capacité d’échanger. L’intégration est un processus lent, dur, difficile, coûteux si l’on veut bien le réaliser.

Le Pape François ne se lasse pas de le dire. L’intégration n’est pas un processus unilatéral, mais la rencontre de deux personnes qui veulent créer une relation. Elle n’est pas la solution à la situation actuelle d’urgence, mais le chemin qui prépare l’avenir. Elle a la capacité de générer de la nouveauté. Et tous les pays doivent se percevoir en état permanent de dépassement.

Les migrations sont un choix forcé ; en vérité, plus qu’un choix, il s’agit d’une nécessité. Les immigrés sont, pour la plupart, « victimes » de la globalisation. Globalisation et migrations vont ensemble et sont les « jumeaux indivisibles » de notre monde.

Le mur érigé par l’Occident pour se protéger de l’invasion et de la rage des pauvres du Sud ne peut pas durer longtemps, parce que le processus migratoire – c’est l’histoire qui le certifie – est irrépressible.

La perception donnée par notre Europe, préoccupée de défendre ses intérêts propres, est celle de permettre l’entrée d’immigrés avec « la tête basse », acceptant de rester seulement de la main d’œuvre à bas prix, avant de se transformer en « déchets », « excédents » dont on peut se débarrasser. C’est, selon le Fond Monétaire International, la réalité de 1.300.000.000 personnes, des personnes qui peuvent tranquillement disparaître pour nous faire plaisir.

Notre société de l’insécurité est désormais constituée de deux catégories de personnes : les touristes et les migrants ; les premiers ayant plus de nourriture que le réclame leur appétit, les seconds ayant plus d’appétit que de nourriture. L’émigration est pour eux une tentative de fuir le pire pour le meilleur, d’aller de leur faim à notre assiette.

L’esclavage refait surface ! Quand l’immigré n’est pas considéré comme une personne dotée de droits et de devoirs, sa condition est celle de l’esclave. Nous sommes en train de construire « un monde sans l’autre », divisé en deux : « Nous et les autres », avec le grave risque que tout se transforme en désordre global.

Tant que l’immigration sera considérée comme un problème de sécurité (cet aspect qui existe, n’est pas le seul élément de ce phénomène !), la dimension humanitaire sera de plus en plus oubliée, et l’on essaiera de réduire le champ d’application des Droits Humains fondamentaux. Et ce, dans une Europe qui a inventé la démocratie, dans un pays comme l’Italie qui a vu naître le « Droit romain » ou dans un pays comme la France qui avait comme devise révolutionnaire : « Liberté, Egalité, Fraternité ».

Puisque personne n’a le droit de s’approprier les biens de tous, comme la terre, l’air, le climat, l’eau, personne ne peut piétiner les droits fondamentaux, les langues, les cultures, les religions. Le manque de respect détériore le vivre ensemble et rend la vie difficile, nous entraînant vers la barbarie et le règne de la force. Ce qui est en jeu – je le redis – ce n’est pas seulement l’accueil et la tolérance envers les immigrés, mais le modèle de notre civilisation future. Au nom de la sécurité, l’on pourra nous enlever des pans de liberté personnelle. Quand le pouvoir défend les intérêts des forts, en démantelant, par exemple, l’Etat providence (le droit à la santé, à la protection sociale), il affaiblit la structure même de la société. Il revient alors à légitimer la loi du plus fort, laquelle a toujours raison des plus faibles.

Le Pape nous dit encore : « Souvent l’arrivée de migrants, exilés et réfugiés génère dans les populations locales des peurs et des hostilités. Naît ainsi la perception et la peur que la sécurité dans la société en soit déboussolée, que l’identité et la culture puissent disparaître, que le marché du travail soit affaibli par la concurrence déloyale, qu’une criminalité diffuse s’impose partout.

S’impose alors un changement d’attitudes de la part de tous. Il faut passer d’une attitude de défense et de peur, d’indifférence et de marginalisation – synonymes d’une « culture du déchet » – à une attitude fondée sur la « culture de la rencontre », seule capable de construire un monde plus juste et fraternel, un monde meilleur ».

Paul VI décrivait ainsi les aspirations des hommes d’aujourd’hui : « Être affranchis de la misère, trouver plus sûrement leur subsistance, la santé, un emploi stable ; participer davantage aux responsabilités, hors de toute oppression, à l’abri de situations qui offensent leur dignité d’hommes ; être plus instruits ; en un mot, faire, connaître, et avoir plus, pour être plus » (PP 6).

Par l'incarnation, tout est désormais sacré (lieu digne de Dieu) : non seulement le temple, mais aussi le baraquement, la rue, l’hôpital, le bateau, la marginalisation, la prison. Frei Betto disait : « Nous cherchons Dieu dans le temple, mais Il se trouve dans une étable ; nous le cherchons parmi les prêtres, mais Il se trouve entre les pécheurs ; nous le cherchons libre, mais Il est prisonnier ; nous le cherchons revêtu de gloire, mais Il est ensanglanté sur la croix. Il est assis sur les marches de nos maisons, de nos immeubles, attendant un morceau de pain ». La migration est un « lieu théologique », lieu fréquenté par Dieu, lieu où nous pouvons Le chercher et Le rencontrer.

Je me pose donc la question : Quelle Europe souhaitons-nous ? Une Europe ouverte ou fermée ? Une forteresse ou un pont ? Maison malade d’eurocentrisme ou maison ouverte qui accueille et sait voir loin ? Maison aux murs inquiétants ou possibilité de changement ? Europe du changement et de l’avenir ou Europe tremblante et indifférente envers le Sud, de plus en plus affaibli et sans espoir ?

Il s’agit d’interrogations très liées à celles exprimées par le Pape François : « L’Europe peut-elle continuer à se fermer sur elle-même, dans son bien-être, devant une Méditerranée en flammes et une Afrique subsaharienne à bout de souffle ? Comment l’Europe peut-elle se proclamer berceau des droits humains quand elle ferme la porte à ceux qui, fuyant des situations de désespoir, demandent l’accueil ? »

Il s’agit de questions qui exigent des réponses afin de pouvoir savoir si les migrations sont un problème ou une richesse. Ces réponses sont difficiles à trouver car le monde et l’Europe sont en train de vivre aujourd’hui des moments particuliers. Jean Paul II l’avait déjà annoncé : « On assiste à une fragmentation diffuse de l’existence ; ce qui prévaut, c’est une sensation de solitude ; les divisions et les oppositions se multiplient… La persistance ou la réactivation de conflits ethniques, la résurgence de certaines attitudes racistes, les tensions interreligieuses elles-mêmes, l’attitude égocentrique qui enferme les personnes et les groupes sur eux-mêmes, la croissance d’une indifférence éthique générale et de la crispation excessive sur ses propres intérêts et privilèges » (Ecclesia in Europa, 8).

A cette photographie en noir et blanc, une réponse pourrait venir des paroles de la « Déclaration pour une éthique mondiale » du Parlement des religions mondiales (4.9.1993 Chicago) : « Nous nous engageons à respecter la vie et la dignité, l’individualité et la diversité, afin que chaque personne, sans exception, soit traitée avec humanité. Nous considérons l’humanité comme notre famille. Nous ne pouvons pas vivre seulement en fonction de nous-mêmes. Personne ne doit être considéré, traité ou exploité comme citoyen de seconde classe. Nous devons envisager un ordre social et économique juste, où chacun trouve des égales opportunités de réaliser ses propres potentialités humaines ».

Ces mots rappellent que les migrations ne concernent pas seulement la politique, le social, l’économie ou les statistiques, mais impliquent aussi – je dirais surtout – l’Eglise, qui fidèle à Son fondateur, se doit de donner des réponses vraies et de proposer des gestes concrets.

Je me permets de terminer avec deux autres citations :

Kofi Annan s’exprimait ainsi devant le Parlement européen : « Une Europe fermée serait une Europe plus médiocre, plus pauvre, plus faible, plus âgée. Une Europe ouverte sera aussi une Europe plus juste, plus riche, plus forte, plus jeune, mais pour cela, la condition est qu’elle devienne une Europe capable de bien gérer l’immigration ».

Et enfin le rêve de Dieu : « Ce jour-là, il y aura une route pour relier l’Égypte et Assour. Assour viendra en Égypte, et l’Égypte en Assour ; et l’Égypte avec Assour servira le Seigneur. Ce jour-là, entre l’Égypte et Assour, Israël viendra en troisième, bénédiction au milieu de la terre, que bénira le Seigneur Dieu de l’univers en disant : « Bénis soient l’Égypte, mon peuple, Assour, l’ouvrage de mes mains, et Israël, mon héritage » (Is 19,23-25).


dimanche 4 juillet 2021

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2639 : "L'esprit vint en moi et me fit tenir debout." (Ezéchiel)

 

Homélie du 4 juillet 2021 à Jard-sur-Mer 

                    (14° dimanche du temps ordinaire, dans le parc "Stella Maris")

 Comme viennent de nous le rappeler les trois lectures, aussi bien le prophète Ezéchiel dans les temps bibliques anciens, que Paul à Corinthe ou Jésus dans le lieu où il a vécu 30 ans, tous trois ont été incompris de leurs concitoyens, car leurs paroles et leur actions allaient à contre-courant des façons de penser et d’agir de leur époque.

 De même aujourd’hui, dans notre société, les valeurs en vogue ne sont pas forcément celles des Béatitudes ; et le chrétien peut lui aussi parfois se sentir isolé, incompris, dans son propre milieu, lorsqu’il refuse de se laisser entraîner dans des jugements haineux, des raisonnements destructeurs ou des remarques dévalorisantes pour autrui.

 Et si nous profitions de cet été, de ce temps de vacances, pour entrer en résistance, et pour faire avancer les valeurs de l’Evangile en nous et autour de nous ? Je vais vous proposer quatre pistes toutes simples, dont vous ferez ce que vous voudrez ; je vous les cite : être attentifs à la beauté autour de nous, échapper à la folie du monde, mettre Dieu à la place d’honneur dans notre vie et valoriser celles et ceux qui nous entourent ou que nous rencontrons.

 1° piste : être attentifs à la beauté autour de nous.  Je ne vous apprends rien en vous rappelant que les Français se situent, dans le monde, parmi les champions de la plainte et de la déploration. Impossible d’avoir un échange sans que l’on passer à la casserole les politiques, les chômeurs, les voisins gênants, les migrants et autres catégories que nous exécrons… Et si l’on profitait de ce temps de congé, de cette période de recul pour changer de disque et consacrer plutôt notre langue et nos énergies à repérer ce qui est digne d’estime chez les autres et ce qu’il y a de beau autour de nous ? 

 A commencer par la splendeur, l’immensité du ciel, et cela, même s’il est pluvieux ; les soleils couchants comme les matins enchantés. Mais aussi, la gentillesse de tel commerçant, la politesse de ceux qui font un geste de merci de la main quand on les laisse traverser sur le passage piétons, le sourire des enfants profitant à plein des plaisirs de l’océan…  Sans parler des beautés de la nature : le chant des oiseaux, le vol des libellules, la jolie forme de tant d’arbres, la rouge chaleur des coquelicots, que sais-je encore… ?  Je vous laisse rêver !

 En un mot, où trouvons-nous de la beauté sur les chemins de notre vie ? Prendre le temps de nous arrêter pour contempler celle-ci sous toutes ses formes, pour en parler, pour nous tourner vers le Ciel aussi, prier à partir de ce que l’on admire, et rendre grâce au Créateur pour ces biens qu’il nous offre, à pleines mains.  Quel beau programme de vacances, vous ne trouvez pas ?

 2° piste : échapper à la folie du monde.  Dans notre société, l’on ne sait plus quel cap suivre. Nous vivons en pleine folie. Prenons l’exemple des écrans : ils sont en train de nous rendre fous. Récemment, un journal présentait la photo d’un groupe de touristes face à la Joconde, tous en train de la photographier fébrilement, et personne pour la contempler tout simplement. Et le pire, les selfies : certains en train de se faire prendre en photo avec la Joconde dans le dos.  Et si l’on profitait de ces vacances pour maîtriser un peu nos pulsions, laisser ;nos  écrans un peu en veilleuse, car ils nous empêchent de contempler la vérité, la profondeur des personnes et des choses.

 La folie du monde ? On s’insulte sans vergogne sur les réseaux sociaux, transformés en réseaux de haine anonymes et indignes de l’humanité. L’on ose espérer que les chrétiens sont absents de ces lieux de haine et de division !  Et si le rôle des chrétiens, et des jeunes particulièrement, très impliqués dans ces domaines, était de résister à la haine, et d’éclairer les consciences, quant à une utilisation équilibrée des écrans ?  C’est peut-être l’un des grands enjeux de l’Evangile, que de combattre la laideur et d’essayer de sortir vivant de ces décombres  de la relation et de la pensée !  Quand les écrans nous asphyxient en effet, le rôle de l’Evangile est de nous remettre debout.  Comme le dit Ezéchiel, « l’esprit vint en moi et me fit tenir debout. » Quant à nous, veillons à ne pas rester à genoux, en adoration devant nos écrans pendant de temps de congé !

 3° piste : mettre Dieu à la place d’honneur dans notre vie.  Dans notre existence habituelle, au travail, en société, le temps ne nous appartient plus. Pendant ces semaines de repos, que faisons-nous de ce temps retrouvé ?  « O temps, suspends ton vol », s’écriait Lamartine. Mais savons-nous y laisser une place pour notre Dieu ?  Et si l’on se donnait quelques instants, quotidiennement, seul ou en famille, pour redire au Père, même brièvement, combien nous le remercions de toute cette vie qu’il nous offre gratuitement ?  Sachons lever les yeux vers le Seigneur, comme nous y invitait le psaume que nous avons chanté tout à l’heure, après la 1° lecture.

 Pour retrouver la forme en effet, après une année et plus pendant laquelle nos esprits et nos corps se sont retrouvés renfermés et vitrifiés, faire un bon footing, comme cela fait du bien ! Prendre un apéro avec des proches, ce n’est aussi que du bonheur ! Mais comment des baptisés en vacances pourraient-ils se satisfaire de cela, et oublier de dire merci à Dieu pour tous ces bienfaits ?

 4° et dernière piste : valoriser celles et ceux qui nous entourent ou que nous rencontrons.  Durant l’année, on n’a pas toujours le temps de prendre suffisamment soin de nos plus proches. Alors, ne ratons surtout pas les occasions en cette période de repos.  Et si ce temps nous était donné, non seulement pour nous reposer, mais pour apprendre à avoir un autre rapport au réel : sortir enfin des jugements tout faits, de la jalousie parfois, de la domination vis-à-vis d’autrui : autant d’ « échardes dans notre chair » et « d’envoyés de Satan, pour reprendre les mots de St Paul dans la 2° lecture. 

 Prenons le temps de repérer chez chacun les aspects positifs de sa personnalité, plutôt que ce qui nous gêne dans leur façon d’être. Que les couples apprennent à se redécouvrir d’une façon nouvelle ; inverser aussi le rapport adultes et enfants et vice-versa.  Valoriser l’autre, c’est l’aider à grandir, à se réaliser, le voir avec les yeux même de Dieu.  Ne regardons pas les autres à l’envers ni de travers, arrêtons de ne retenir d’eux que les points négatifs. Ne cessons jamais de projeter du positif en ce monde, sur les personnes et sur les choses.  Victor Hugo disait : « Chaque homme dans sa nuit s’en va vers la Lumière. » A chacun  d’y contribuer.

 En conclusion, je reprends les quatre pistes  proposées : être attentifs à la beauté autour de nous, échapper à la folie du monde, mettre Dieu à la place d’honneur dans notre vie et valoriser celles et ceux qui nous entourent ou que nous rencontrons.  Puissions-nous ainsi entrer en résistance face aux fausses valeurs du monde, et tenir ainsi, modestement, notre rôle de prophètes du monde nouveau, comme l’ont été avant nous Ezéchiel, Paul et Jésus. Cela nous paraît difficile ?  Rappelons-nous la fin de la 2° lecture, lorsque l’apôtre Paul déclare : « Lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. »  Pour chacun et chacune d’entre nous, qu’il en soit de même, durant cet été et au-delà, dans la joie de l’Evangile !  Amen !

jeudi 1 juillet 2021

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2638 : "Amusons-nous pendant que les pauvres font glouglou".

Vous allez me dire que je fais des fixations : encore les migrants !!!  Eh oui, encore les migrants... Ce matin, en écoutant France-Inter, je me suis réjoui de ce que, à l'aube de nos tranquilles vacances en bord de mer, ceux-ci ne soient pas oubliés ; ceci en entendant la célèbre chroniqueuse, Charline Vanhoenacker, juste avant 8h, chanter cette ode à la mémoire de ces femmes et ces hommes fuyant la guerre et la misère et nous appelant au secours.  Sur un air connu de tous, repris d'un tube popularisé dans les années 70 par Dalida ; ceci mêlé à une reprise de la chanson de Renaud "Dès que le vent soufflera"...

 

Bienv'nue à tous les estivants (darla dirladada)
Y'a du soleil et des migrants (darla dirladada)
A-t-on idée de se baigner (darla dirladada)
Alors qu'on ne sait pas nager (darla dirladada)

Bienv'nue en Méditerranée (darla dirladada)
Y'a du soleil et des noyés (darla dirladada)
D'Afrique et du Moyen-Orient (darla dirladada)
Auxquels nous sommes indifférents (darla dirladada)

Faisons la fête, amusons-nous (darla dirladada)
Pendant qu'les pauvres font glouglou (darla dirladada)
Y'a du soleil et des migrants (darla dirladada)
Au fond d'la mer c'est dégoûtant (darla dirladada)

C'est pas l'migrant qui prend la mer
C'est la mer qui prend l'migrant (tatatin)
Lui la mer elle l'a pris               
À cause de la guerre qu'il fuit         
La guerre cette salope, lui pour rester en vie          
Il se tire en Europe mais il a mal choisi             
Car ici on le chasse et on pense méchamment       
Qu'la mer c'est dégueulasse, les migrants crèvent dedans   
Dès que le vent soufflera, tu chavireras          
Dès qu'tes mômes moureront, nous nous émouv'rons (pas longtemps)

Y'a du soleil et des migrants (darla dirladada)
Certains fuient les bombardements (darla dirladada)
Mais ici on a des fachos (darla dirladada)          
Qui voudraient couler les bateaux (darla dirladada)   

Ici sur les plages en été (darla dirladada)      
Faut pas venir on est complet (darla dirladada)
On ne veut pas de gros relous (darla dirladada)      
Pour piquer nos jobs et nos sous (darla dirladada)       

Y'a du soleil et des migrants (darla dirladada)     
Bonnes vacances quand même les gens... (darla dirladada)

Le cachet de cette chronique est reversé à SOS Méditerranée dont le bateau, l’Ocean Viking, sauve la vie des réfugiés en mer.