Bienvenue !

Vous avez des choses à dire...
Vous vous posez des questions, pour donner un sens à votre vie...
Vous cherchez un espace d'échange convivial pour exprimer ce que vous ressentez...
Vous attendez des réponses à vos questions...


...Alors, en réponse à vos attentes, Olivier Gaignet vous propose de vous exprimer librement.
Ici, tout pourra être dit dans les limites de la courtoisie et du respect mutuel.

Merci d'avance de votre participation.


Depuis novembre 2007, Olivier Gaignet partage sur son blog ses réflexions sur Dieu et sur l’Eglise. bien sûr,
mais aussi sur la marche du monde. Il nous invite à réfléchir à des thèmes aussi essentiels que : notre société, les autres religions,
la télé, la politique, l’art, sans oublier ses propres paroissiens.
Les billets des cinq premières années (de novembre 2007 à septembre 2012 )ne figurent plus sur ce blog. Pour les consulter, se référer aux cinq volumes intitulés: "Ma paroisse.com", que vous pouvez vous procurer en envoyant un mail à : olivier.gaignet@yahoo.fr



jeudi 2 avril 2020

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2322 : L'honneur du journalisme, à travers Henri Tincq, passionné de l'Evangile



Gilles Bély, journaliste retraité à « Ouest-France », habite avec son épouse Françoise à la Ferrière, près de la Roche-sur-Yon en Vendée. Nous sommes amis depuis de longues années. Hier mercredi, fidèle lecteur de ce blog, Gilles m’a appelé pour me suggérer de faire écho à la belle figure d’Henri Tincq, qui nous a quittés le 29 mars, fauché lui aussi par ce maudit virus. Cet homme droit, que nombre de lecteurs de l’Arche de Noé connaissent sans doute, a fait partie de la grande élite des journalistes français ; pendant plusieurs décennies, il s’est battu avec talent contre tous les virus qu’il sentait ronger à la fois l’Eglise et la société. Nous étions nombreux à suivre fidèlement ses articles, toujours très percutants. Dans le monde de la presse, il ne cachait pas sa foi ! Bien sûr, comme me l'a souligné Gilles : "on peut être un excellent journaliste sans être croyant, et heureusement ; mais Henri Tincq avait aussi cet enracinement là."
Gilles Bély livre ici l’hommage d’un journaliste à un autre journaliste, dont il partage le regard, les convictions et la foi. A chacun de se laisser interpeller par une telle figure !  Là encore, vos commentaires et appréciations seront les bienvenus.  Merci !


"Henri Tincq, journaliste à "La Croix" puis chroniqueur religieux au "Monde" " est décédé à l'âge de 75 ans, victime du Covid-19. Il était l'un de ces hommes de parole et d'espérance attentifs à un message vieux de deux millénaires et en même temps d'une étonnante modernité.
Il était de ces chrétiens sociaux, nourris de l'esprit du Concile Vatican II. Mais pas seulement. Il s'est intéressé à d'autres spiritualités, chrétiennes ou non, le protestantisme, l'orthodoxie, le judaïsme l'islam, le bouddhisme. La rubrique du "Monde " s'est ainsi intitulée "Religions" au lieu de "Religion".
En 2018, il avait publié "La Grande Peur des catholiques de France". Il y exprimait son désarroi, tout en reconnaissant n'avoir pas vu à temps la triple crise qui ébranlait l'Eglise: crise morale, doctrinale et de gouvernance. A l'exception courageuse de quelques-uns, les évêques de France n'avaient guère manifesté d'humeur devant l'accession éventuelle de l'extrême-droite au pouvoir. "Aujourd'hui, j'ai honte d'être catholique", avait-il écrit à l'époque.
Henri Tincq avait été un inconditionnel de Jean Paul II. Il voyait en lui "un curé du monde qui avait contribué à la chute du communisme, œuvré à la réunification de l'Europe, défendu la liberté et les droits de l'homme". Un enthousiasme douché plus tard par le scandale des abus sexuels et "la glaciation de l'Eglise sur le plan disciplinaire, doctrinal et moral qui l'a rendue peu apte à affronter les tumultes d'aujourd'hui".
C'était un journaliste complet. Il abordait avec talent tous les sujets, le politique, le social, le sport. Son regard sur l'Eglise et les religions se nourrissait nécessairement de ce monde immense dont il scrutait tous les jours les mouvements.
Henri Tincq a sûrement semé l'espérance autour de lui.  Nombreux sont ceux qui le portent aujourd'hui dans cette espérance, dans la gratitude et dans la prière."

 Gilles Bély
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A l’occasion de ce témoignage et en échangeant avec Gilles, nous nous sommes dit que le moment était peut-être venu de faire évoluer la provenance des billets ici publiés.
En vous donnant largement la parole, chers « pratiquants » de ce blog.
Cela est possible, si l'on en juge par le blog de la paroisse de Fontenay-le-Comte, « L’Echo des Bénitiers », dans lequel sont publiés régulièrement des billets signés par des laïcs ou des religieuses. Pourquoi ceux qui le souhaitent ne publieraient-ils pas aussi des billets sur ce blog ?  Même courts, sur tel sujet qu'ils aimeraient partager ?
Je vous laisse sur cette réflexion de Gilles : « il y a besoin d’espace(s) pour s’exprimer. »

mercredi 1 avril 2020

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2320 bis : Pourquoi je célèbre la messe tout seul ?

Suite à ce que j'ai écrit ce mardi, en décrivant comment je célèbre la messe tout seul actuellement, j'ai reçu plusieurs réactions manifestant un certain étonnement.

Des commentaires surpris, dont vous pouvez prendre connaissance en annexe de ce billet, mais aussi des questions reçues par mail : "comment se fait-il que vous célébriez seul ? c'est possible, ça ?"   ou encore : "il y a la communauté des religieuses juste à côté de chez vous ; elles ne peuvent pas profiter de votre messe ?"  Et aussi cette interrogation : "ce ne serait pas possible dans votre chapelle ?   Il suffirait que les participants gardent leurs distances..."

Je comprends parfaitement la surprise, alors que tant de gens se sentent un peu abandonnés en ce moment au niveau des messes....  Mais j'ai pensé, à tort, que tout le monde était au courant de la décision de l'évêque de Luçon, parue dans la presse, concernant les prêtres de plus de 75 ans (j'en ai 77 au compteur...).  Voici ce qu'il avait fait savoir :

"Communiqué de Mgr Jacolin  (13 mars)     (bref extrait)

Suite aux recommandations du gouvernement face aux risques sanitaires de l'épidémie du coronavirus, plusieurs décisions ont été prises concernant le diocèse de Luçon.
       
        [suivent alors des recommandations concernant les enfants et les jeunes, les personnes âgées de  70 ans et plus, les offices religieux et les prêtres]

En ce qui concerne les prêtres :
       A partir du lundi 16 mars, je demande aux prêtres de 75 ans et plus de célébrer la messe uniquement en privé."


Fidèle aux recommandations de mon évêque, je célèbre donc la messe hors de tout espace public, y compris une chapelle, mais en privé, chez moi.
En tout cas, soyez persuadés que je préfèrerais largement célébrer "publiquement" !
Et je pense que vous avez tous compris que, par la suite, toutes les messes avec assistance ayant été interdites, ce sont tous les prêtres, même plus jeunes, qui ont été invités à célébrer la messe eux aussi en privé seulement.   Ce qui se passe au "Jour du Seigneur" est une exception.
Merci de votre compréhension.

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2321 : Avons-nous raison d'espérer ?

L'espérance !  Quel défi...  N'est-ce pas une vertu pour gens heureux, épanouis, sans problèmes ?  En effet, lorsque les difficultés sont trop fortes, quand l'avenir semble sombre, si  l'on a le sentiment que la situation n'évoluera jamais, peut-on continuer à espérer en un monde meilleur sans attendre la fin des temps ?  Ou au contraire, un sentiment d'espérance ne nous entraîne-t-il pas à la vaine poursuite d'une illusion ? En tout cas, aujourd'hui, face à ce virus minuscule et invisible qui paralyse toute la planète, l'on n'ose à peine espérer que tout cela se termine bientôt !

Alors, je propose que nous montions aujourd'hui sur les épaules de grands témoins, croyants en Dieu et en l'homme, ou en l'homme seulement ; ceci afin qu'ils nous aident à relever la tête, à ne pas rester prisonniers de nos craintes, de nos faiblesses et de nos peurs.  Voici donc un petit florilège de citations sur l'espérance,
que j'emmagasine à travers des lectures diverses, depuis des années :

Julien Green  :  "Il faut sauver l'espérance ;  c'est le grand problème de notre siècle."

Frédéric Ozanam  :  "Gardez-vous de désespérer de votre siècle."

Michel Serres  :  "Je n'ai pas d'espoir, mais je suis habité par l'espérance."

Antoine de Saint-Exupéry  :  "Nul ne peut se sentir à la fois responsable et désespéré."

Yann-Arthus Bertrand  :  "Il est trop tard pour être pessimiste."

Martin-Luther King  :  "La vie, même vaincue provisoirement, demeure toujours plus forte que la mort."

Marcel Proust  :  "L'espérance est un acte de foi."

André Malraux  :  Un monde sans espoir est irrespirable."

Molière  :  "On désespère, alors qu'on espère toujours."

Confucius  :  "Plutôt que de maudire les ténèbres, allume donc une bougie dans la nuit."

Saint Augustin  :  "Voyez déjà ce monde comme il est beau. Les temps sont mauvais!  Les temps ?  Qu'est-ce que les temps ?  Les temps, c'est vous !  Changez, et les temps seront bons."

Jean Monnet  :  "Face à la crise, je ne suis pas optimiste, je suis déterminé."

Charles Péguy  :  "La foi que je préfère, dit Dieu, c'est l'espérance."

A mâcher, lire et relire, méditer et remâcher !
 Si vous connaissez d'autres citations sur l'espérance, merci de les noter en commentaire ;  sinon, tout simplement, partagez ce que représente pour vous l'espérance, dans la situation que nous vivons actuellement.

______________

Pour clore ce billet, voici le texte de la prière après la communion proposée dans la liturgie de ce mercredi 1° avril ; elle correspond bien à ce que nous vivons !

Prions le Seigneur...
Que cette communion à tes mystères, Seigneur, nous procure la guérison que toi seul peut donner.
Qu'elle arrache de nos coeurs jusqu'aux racines du mal.
Qu'elle nous protège et nous fortifie à jamais.
Par Jésus, le Christ, notre Seigneur.
Amen.
 

mardi 31 mars 2020

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2320 : "Comment vous faites, vous les prêtres, pour célébrer la messe ?"

Comment nous, les prêtres, on célèbre la messe, avec ce virus qui traîne partout ?  Voilà bien une question qui nous est posée plusieurs fois par jour, à nous les prêtres, par téléphone ou par mail, depuis le début du confinement.  En fait, les personnes sont avides de savoir comment prient les prêtres, en ce temps si particulier.  Eh bien, cela va paraître trop simple, mais j'ai envie de répondre : "comment on célèbre ?  Mais comme d'habitude !"  Comme d'habitude ?  Qu'est-ce que ça veut dire ?  En fait, pour moi, et sans doute aussi pour bien d'autres prêtres, comme chaque jour habituellement, nous consacrons une demi-heure environ, et je fais cela depuis plus de 50 ans, à revivre le mystère de la mort et de la résurrection du Christ, en Eglise, en lien avec le monde entier.

Sur le fond en effet, rien ne change, que l'on soit ou non confiné. La seule chose qui diffère, c'est que, actuellement, c'est juste la forme extérieure qui n'est plus "classique" : toujours en Eglise bien sûr, mais plus forcément dans une église. Non plus dans un choeur, autour d'un autel, et pas même dans une sacristie aménagée et chauffée pour la circonstance en hiver, mais tout simplement, sur une petite table, ou dans le coin prière, là où nous sommes enfermés.  Mais c'est le même mystère fondamental qui est prié et célébré.

En ce qui me concerne, si je ne célèbre même pas dans une salle avec les soeurs de Bourgenay, mais dans mon bureau, c'est par ce que les prêtres de plus de 75 en Vendée ont reçu obligation de célébrer la messe en privé, et donc même pas avec les religieuses toutes proches. Because le virus... 

Autre question : "ce ne doit pas être drôle de célébrer tout seul ?"  Ah bon ?  Tout seul ?  Alors, là, voilà bien un sentiment que je n'ai jamais ressenti !  Qu'il n'y ait aucune personne présente ou que l'on célèbre au milieu d'une assemblée paroissiale bien fournie, ou à St Pierre de Rome, c'est toujours la même messe.  Il n'y a pas de messe de 1° classe ou de 3° classe, pas de grande ou de petite messe. En effet, lorsqu'est célébré le salut du monde, chaque fois, par définition, c'est le monde entier qui est présent !

D'ailleurs, les moyens modernes de communication nous y aident bien !  Vous même, lorsque vous participez, tout seul ou à 2 ou 3 dans votre salon, à la messe proposée par le Jour du Seigneur, le dimanche à 11h, avez-vous l'impression d'être seul, marginalisé, isolé, totalement confiné ? Si oui, ce serait vraiment dommage !   Et cela, pour 2 raisons : d'abord, vous êtes loin d'être seul, puisque des centaines de milliers de personnes participent comme vous, unis à vous et au célébrant derrière l'écran, à cette eucharistie cathodique.  La 2° raison, c'est que, quand vous prenez place sur votre chaise à 10h55, ou avant, vous venez avec une foule de visages, connus et inconnus : intérieurement, vous amenez devant le Seigneur les malades du Covid-19 et leurs soignants, les migrants fuyant la guerre en Syrie, le pape François, les membres de votre famille non intéressés par la messe, le président de la République qui doit gérer la crise, celui des Etats-Unis, etc..., etc... C'est donc une foule immense qui est alors convoquée autour du mystère eucharistique, à travers votre prière, dans votre propre maison !  Encore heureux que vous ne soyez pas obligé de leur payer l'apéro à la fin de la messe !!!

Quant à moi, je n'ai pas kto ; mon "autel" se situe donc devant mon ordi, entre mon téléphone et mon imprimante, et aussi deux superbes icônes, avec une petite bougie. Chaque fois, je vais sur google (je l'explique, car on m'a demandé comment faire) ; je tape "messe du pape François du 31 mars sur YouTube", et ça y est, le pape apparaît, en vidéo, dans sa chapelle Ste Marthe, et la messe commence. Quel bonheur de célébrer avec le pape, comme encore  ce 31 mars, tandis qu'à la fenêtre apparaît l'aurore !

 C'est en direct à 7h chaque matin, mais on peut l'avoir ensuite en replay à n'importe quel moment le reste de la journée. Cela ne  remplace pas pleinement la messe "en vrai", quoi que..., avec la communion spirituelle !  Mais c'est déjà si important !   En tout cas, même si c'est "seulement" spirituel, communier an même temps que le pape, c'est quelque chose !  Aussitôt la communion, exposition du St Sacrement ; le pape lit alors une prière, et s'ensuit au moins 15 minutes d'adoration silencieuse, avant l'envoi. Enfin, chaque matin, le pape propose une intention précise de prière ; aujourd'hui, pour les sans abri, avec cette interrogation : comment rester confinés dans un tel cas ?

Si vous souhaitez participer à d'autres types de messes, allez voir sur le site de votre paroisse, ou encore, tapez : "messes sur internet" ; vous aurez un choix infini !  Tout cela en restant unis !

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Je me permets de vous retranscrire la prière dite chaque matin par le pape en ouverture du temps d'adoration, à l'attention de celles et ceux qui suivent sur leurs écrans  :

Mon Jésus,
Je t'adore dans le Saint-Sacrement de ton amour,
désireux de te recevoir dans la pauvre demeure que t'offre mon coeur. 
En attente du bonheur de la communion sacramentelle,
je veux te posséder en esprit.
Viens à moi, ô mon Jésus,
pour que je vienne à toi.
Que ton amour enflamme tout mon être,
pour la vie et pour la mort.
Je crois en toi, j'espère en toi, je t'aime.
Ainsi soit-il. 

C'est le cardinal espagnol Merry del Val (1865-1930), béatifié en 1953, qui a rédigé cette prière, en adaptant une prière de St Alphonse-Marie de Ligori (1696-1787). Ca y est, vous savez tout !

lundi 30 mars 2020

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2319 : Et tout s'est arrêté...

En ce début de 3° semaine de confinement, je voudrais vous partager une réflexion qu m'a été transmise par une paroissienne du doyenné de Talmont, qui a des liens avec le diocèse de Bordeaux. Il s'agit d'un message de l'abbé Pierre Alain Lejeune, curé de quatre paroisses à proximité de Bordeaux  -  merci à lui ! 
Et merci à vous de ne pas hésiter à nous faire part en commentaire de votre réaction.

  Et tout s’est arrêté…


Ce monde lancé comme un bolide dans sa course folle, ce monde dont nous savions tous qu’il courait à sa perte mais dont personne ne trouvait le bouton « arrêt d’urgence », cette gigantesque machine a soudainement été stoppée net. A cause d’une toute petite bête, un tout petit parasite invisible à l’œil nu, un petit virus de rien du tout… Quelle ironie ! Et nous voilà contraints à ne plus bouger et à ne plus rien faire. Mais que va t-il se passer après ? Lorsque le monde va reprendre sa marche ; après, lorsque la vilaine petite bête aura été vaincue ? A quoi ressemblera notre vie après ?

Après ?
Nous souvenant de ce que nous aurons vécu dans ce long confinement, nous déciderons d’un jour dans la semaine où nous cesserons de travailler car nous aurons redécouvert comme il est bon de s’arrêter ; un long jour pour goûter le temps qui passe et les autres qui nous entourent. Et nous appellerons cela le dimanche.

Après ?
Ceux qui habiteront sous le même toit, passeront au moins 3 soirées par semaine ensemble, à jouer, à parler, à prendre soin les uns des autres et aussi à téléphoner à papy qui vit seul de l’autre côté de la ville ou aux cousins qui sont loin. Et nous appellerons cela la famille.

Après ?
Nous écrirons dans la Constitution qu’on ne peut pas tout acheter, qu’il faut faire la différence entre besoin et caprice, entre désir et convoitise ; qu’un arbre a besoin de temps pour pousser et que le temps qui prend son temps est une bonne chose. Que l’homme n’a jamais été et ne sera jamais tout-puissant et que cette limite, cette fragilité inscrite au fond de son être est une bénédiction puisqu’elle est la condition de possibilité de tout amour. Et nous appellerons cela la sagesse.

Après ?
Nous applaudirons chaque jour, pas seulement le personnel médical à 20h mais aussi les éboueurs à 6h, les postiers à 7h, les boulangers à 8h, les chauffeurs de bus à 9h, les élus à 10h et ainsi de suite. Oui, j’ai bien écrit les élus, car dans cette longue traversée du désert, nous aurons redécouvert le sens du service de l’Etat, du dévouement et du Bien Commun. Nous applaudirons toutes celles et ceux qui, d’une manière ou d’une autre, sont au service de leur prochain. Et nous appellerons cela la gratitude.

Après ?
Nous déciderons de ne plus nous énerver dans la file d’attente devant les magasins et de profiter de ce temps pour parler aux personnes qui comme nous, attendent leur tour. Parce que nous aurons redécouvert que le temps ne nous appartient pas ; que Celui qui nous l’a donné ne nous a rien fait payer et que décidément, non, le temps ce n’est pas de l’argent ! Le temps, c’est un don à recevoir et chaque minute un cadeau à goûter. Et nous appellerons cela la patience.

Après ?
Nous pourrons décider de transformer tous les groupes WhatsApp créés entre voisins pendant cette longue épreuve, en groupes réels, de dîners partagés, de nouvelles échangées, d’entraide pour aller faire les courses ou amener les enfants à l’école. Et nous appellerons cela la fraternité.

Après ?
Nous rirons en pensant à avant, lorsque nous étions tombés dans l’esclavage d’une machine financière que nous avions nous-mêmes créée, cette poigne despotique broyant des vies humaines et saccageant la planète. Après, nous remettrons l’homme au centre de tout, parce qu’aucune vie ne mérite d’être sacrifiée au nom d’un système, quel qu’il soit. Et nous appellerons cela la justice.

Après ?
Nous nous souviendrons que ce virus s’est transmis entre nous sans faire de distinction de couleur de peau, de culture, de niveau de revenu ou de religion. Simplement parce que nous appartenons tous à l’espèce humaine. Simplement parce que nous sommes humains. Et de cela nous aurons appris que si nous pouvons nous transmettre le pire, nous pouvons aussi nous transmettre le meilleur. Simplement parce que nous sommes humains. Et nous appellerons cela l’humanité.

Après ?
Dans nos maisons, dans nos familles, il y aura de nombreuses chaises vides et nous pleurerons celles et ceux qui ne verront jamais cet après. Mais ce que nous aurons vécu aura été si douloureux et si intense à la fois que nous aurons découvert ce lien entre nous, cette communion plus forte que la distance géographique. Et nous saurons que ce lien qui se joue de l’espace, se joue aussi du temps ; que ce lien passe la mort. Et ce lien entre nous qui unit ce côté-ci et l’autre de la rue, ce côté-ci et l’autre de la mort, ce côté-ci et l’autre de la vie, nous l’appellerons Dieu.

Après ?
Après ce sera différent d’avant mais pour vivre cet après, il nous faut traverser le présent. Il nous faut consentir à cette autre mort qui se joue en nous, cette mort bien plus éprouvante que la mort physique. Car il n’y a pas de résurrection sans passion, pas de vie sans passer par la mort, pas de vraie paix sans avoir vaincu sa propre haine, ni de joie sans avoir traversé la tristesse. Et pour dire cela, pour dire cette lente transformation de nous qui s’accomplit au cœur de l’épreuve, cette longue gestation de nous-mêmes, pour dire cela, il n’existe pas de mot.