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...Alors, en réponse à vos attentes, Olivier Gaignet vous propose de vous exprimer librement.
Ici, tout pourra être dit dans les limites de la courtoisie et du respect mutuel.

Merci d'avance de votre participation.


Depuis novembre 2007, Olivier Gaignet partage sur son blog ses réflexions sur Dieu et sur l’Eglise. bien sûr,
mais aussi sur la marche du monde. Il nous invite à réfléchir à des thèmes aussi essentiels que : notre société, les autres religions,
la télé, la politique, l’art, sans oublier ses propres paroissiens.
Les billets des cinq premières années (de novembre 2007 à septembre 2012 )ne figurent plus sur ce blog. Pour les consulter, se référer aux cinq volumes intitulés: "Ma paroisse.com", que vous pouvez vous procurer en envoyant un mail à : olivier.gaignet@yahoo.fr



dimanche 4 décembre 2022

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2793 : "Le loup habitera avec l'agneau !!!" (Isaïe 11/6)

Voici l'homélie que j'ai partagée ce matin en la chapelle Notre-Dame de Bourgenay.

Avant que se fasse la 1° lecture, je vous ai invités tout à l’heure à écouter avec attention cette prophétie d’Isaïe dans laquelle il nous est annoncé qu’un jour, « le loup habitera avec l’agneau », tandis que « le nourrisson s’amusera sur le nid du cobra.»  J’entends encore la réaction de ce paroissien me rétorquant : « Alors là, c’est pas demain la veille. »  Il est vrai que, quand on sonde les Français, la plupart considèrent que leurs enfants vivront moins bien qu’eux, et que la situation du monde, contrairement à ce que prédit Isaïe, va de plus en plus se dégrader.  Alors, est-ce que c’est tweeter et ses mauvaises nouvelles, cinq fois plus nombreuses que les bonnes, qui vont l’emporter sur le message d’espérance de Noël ?  Ces versets d’Isaïe ne sont-ils qu’une sorte de conte de fées, un genre d’opium pour nous aider à tourner le dos aux misères de ce monde, une proposition totalement irréaliste ?

Et si au contraire, le tableau idyllique qu’Isaïe nous décrit, c’était le projet de Dieu sur le monde, une sorte de préfiguration de l’avenir que Dieu veut pour notre humanité ? J’en veux pour preuve les exemples suivants :

.  page 7 dans le « Ouest-France » d’hier, l’on  nous présente Ernest, de nationalité russe, plusieurs fois emprisonné pour ses gestes de contestation, et qui, pour éviter le pire, s’est résolu à fuir son pays. A Nantes où il s’est réfugié, en tant qu’avocat de profession, lui-même demandeur d’asile, il apporte à présent un soutien juridique aux exilés ukrainiens.  Dans la douleur, ne reste-t-il pas des signes d’espérance ?  A travers le geste d’Ernest, la fraternité entre le peuple ukrainien et le peuple russe témoigne d’une possible espérance, de l’avancée vers  un monde nouveau : Noël est déjà là !

.  autre fait : quand j’étais curé des Sables, un père de famille, brouillé avec ses enfants, dont il se sentait incompris,  réalisant que cette attitude était en train de détruire sa famille, vint me voir un jour pour se confesser et me déclara ceci : « Désormais, avec l’aide de Dieu, je m’engage à rendre le bien pour le mal. »  Cette personne est décédée récemment, et je sais que, durant toutes ces années, ce monsieur a tenu sa promesse devant Dieu. Quant à moi, je trouve toujours aussi incroyable que le loup puisse apprendre à vivre avec l’agneau. Mais n’est-ce pas ce que Dieu nous a promis ? C’est le projet de Dieu tel que nous l’a décrit Isaïe…

.  lorsque, en 1963, le pasteur M-L King déclara : « Je rêve qu’un jour, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d’esclaves pourront s’asseoir ensemble à la table de la fraternité », savez-vous que ce discours célèbre est directement inspiré de ces verset d’Isaïe que nous venons d’entendre ?  Etait-ce seulement un rêve, un conte de fées totalement irréaliste ?  Non ! Et même si c’est bien insuffisant, les choses ont bougé un peu, aux Etats-Unis.

.  ce jeudi, les députés ont voté à l’unanimité une proposition de loi visant à améliorer la retraite de plus d’1,2 million agriculteurs. Ceci n’est-il pas le signe d’une avancée en faveur de l’égalité entre tous les citoyens ?

.  un dernier fait : c’est aujourd’hui la messe du souvenir pour Soeur Marie-Francine, Michel Chaillou et Guy Baty.  Durant le temps de sa maladie, Soeur Marie-Francine s’est battue contre les loups de la maladie et de la mort ; ni les vipères du désespoir, ni les cobras de la tristesse n’ont eu raison de son espérance !  Quant à Guy, je ne suis pas prêt d’oublier le sourire et la joie qui illuminaient son visage lorsqu’il participait à la messe à la maison de retraite du Havre, comme s’il était déjà au ciel ! Au Havre alors, le monde nouveau était déjà là !  Michel, en ce qui le concerne, s'est toujours montré comme quelqu'un d'accueillant, d'ouvert et de bienveillant.  Est-ce que ce n'est pas cela, "préparer les chemins du Seigneur", comme nous y invitait Isaïe dans l'évangile à l'instant ?

En conclusion, et si, à notre niveau, nous arrêtions de donner un pouvoir trop grand aux forces de la mort, et une attention trop forte à ce qui va mal en notre monde ?  Et si au contraire, nous nous engagions nous aussi, même à notre tout petit niveau, à faire advenir - c’est cela, le sens du mot «Avent »  -  un petit peu de ce monde nouveau prédit par Isaïe ?  En ne nous laissant pas dévorer par les mauvaises nouvelles, et en oeuvrant, en famille, dans notre milieu de vie, contre l’injustice, la misère, la maladie, la haine, la mort. Comme par le biais du Secours catholique, du Téléthon ou de tant d’autres associations au service des autres, auxquelles nous  participons ou cotisons. C’est à cela que nous invite le texte d’Isaïe, qui est un bel hymne à l’espoir !

Pour en arriver à cette grâce, à nous de reprendre en ces jours ce beau refrain du psalmiste que nous avons chanté après la lecture du texte d’Isaïe : « En ces jours-là fleurira la justice, grande paix jusqu’à la fin des temps ! »      Qu’il en soit ainsi !        Amen !

mardi 29 novembre 2022

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2792 : "Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez !" (Luc 10/23)

 Comme lors de chaque messe en la belle chapelle de Bourgenay, ce mardi matin, j'ai partagé quelques brèves réflexions autour des lectures de ce jour.  Avec beaucoup de bonheur aujourd'hui. En effet, relativement souvent, dans les évangiles, l'on entend Jésus exprimer ses déceptions : de ne pas être compris, d'être chagriné de l'attitude peureuse ou mesquine des uns et des autres ; on le voit même pleurer sur Jérusalem, supplier ses disciples de mieux le comprendre...

Par contre, l'évangile de ce jour commence par nous dire que "Jésus exulta de joie, sous l'action de l'Esprit-Saint."  Il vient d'accueillir les 72 disciples, qu'il avait envoyés en mission, quand "ils revinrent dans la joie, disant : "Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom." (Luc 10/17)

En cette période, où nous voyons surtout ce qui ne va pas, tant dans le monde que dans l'Eglise, une telle page d'Evangile nous fait grand bien !  En effet, après avoir pleuré sur nos péchés et ceux des autres, prenons-nous aussi le temps de regarder ce qui bouge, ce qui avance, ce qui grandit ?  En effet, comme le disait un ancien président des évêques de France, Mgr Duval, archevêque de Rouen : "Les pessimistes ne sont pas des modèles évangéliques !"  De la même façon, je cite souvent cette remarque impressionnante de vérité de Georges Bernanos : "Les chrétiens tristes sont des imposteurs !"

D'où le bien que nous fait cette magnifique béatitude citée dans l'évangile de ce jour : "Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez !"  Car à tous, il nous est donné de voir de belles choses, sans cesse, et, sans aller chercher au loin, déjà, tout près de nous.

Ainsi, quel bonheur d'avoir rencontré des personnes heureuses de leur messe de dimanche dernier, à St Pierre de Talmont, messe admirablement animée avec l'harmonie de la commune.  Enfin une messe joyeuse et festive !

Et toutes ces personnes qui, sans cesse, chaque jour, même par temps gris, viennent visiter notre chapelle de Bourgenay, s'incliner devant Notre-Dame de l'Espérance, allumer une bougie en faisant un signe de croix ; et parfois, en laissant un mot, une prière, sur le cahier d'intentions. 

Mimi, présente ce matin, nous a dit alors, au moment de l'homélie, combien elle avait trouvé très beau le climat de la célébration, lors de la cérémonie de sépulture de son époux Guy, pas plus tard que jeudi dernier.

On pourrait évoquer aussi cette paroissienne, qui a le souci, chaque semaine, de consacrer un après-midi, avec deux autres copines, pour aller passer un moment et jouer aux cartes avec une amie, isolée, et qui ne peut plus se déplacer.

Et il y avait la soirée de préparation au baptême vendredi dernier, avec les catéchumènes de notre paroisse, dont l'une participait à notre eucharistie ce matin.

C'est aussi cela, l'Eglise, qu'il nous faut voir, et savoir apprécier...  Quel malheur ce serait en effet, de ne repérer que ce qui est en train de s'écrouler...

Halte aux "cathos grognons", comme aime à les qualifier le philosophe Denis Moreau.

Et une petite réflexion pleine d'humour de l'écrivain Patrick Kéchichian en terminant : "Pourquoi chercher à faire bonne figure quand on a la gueule tordue ?  On pris avec ce qu'on est, avec ce qu'on a, même si ce n'est rien !"

samedi 26 novembre 2022

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2791 : A propos de la démarche de Gad Elmaleh...

 A propos de Gad Elmaleh, tous les Juifs ne le suivent pas sur son chemin spirituel.


En mettant en scène dans « Reste un peu » sa proximité avec le catholicisme, le comédien réveille la sensibilité douloureuse du judaïsme aux conversions, héritée de l’histoire.

Par Pierre Jova, publié le 25/11/202. P. Jova est journaliste à "La Vie", "Le Monde", "Le Figaro", "Famille Chrétienne"...

Dans l’enthousiasme médiatique qui accompagne la sortie du film Reste un peu, où Gad Elmaleh met en scène son attrait pour le catholicisme, des voix n’ont pas été entendues : celles de la communauté juive francophone. Cette dernière, estimée à 500 000 personnes en France et quelque 300 000 en Israël, est très composite, même si la population séfarade, traditionaliste et d’origine nord-africaine, y est devenue majoritaire depuis la Seconde Guerre mondiale et l’exil des pieds-noirs d’Algérie. Elle a donc réagi diversement au « coming out » d’une de ses figures les plus populaires, née au Maroc et ayant étudié le Talmud dans une yeshiva, un établissement d’enseignement supérieur religieux.

Certains prennent le parti d’en rire, comme le site satirique Chlomo Hebdo : « Gad Elmaleh est tombé amoureux de la Vierge Marie. Qu’un juif s’extasie devant une mère juive et vierge ne devrait étonner personne. » D’autres, comme la chaîne israélienne francophone i24NEWS ou le média de divertissement JewBuzz, traitent le sujet avec curiosité et bienveillance. Néanmoins, ailleurs, une sourde réprobation mêlée de tristesse entoure la promotion du film.

Le souvenir des conversions au Moyen Âge

« Qu’un humoriste se sente attiré par la Vierge Marie et le catholicisme, c’est son problème, mais que cela prenne une telle ampleur dans les médias est plus gênant », écrit dans Actualité juive le rabbin Mikaël Journo, aumônier général israélite des hôpitaux de France, et candidat malheureux à l’élection du Grand Rabbinat en 2021. « Troquer les colères et les commandements de l’Éternel (la glorieuse intransigeance de l’Ancien Testament) pour la prosodie toute mollassonne des Évangiles, c’est comme de renoncer à la viande pour s’enamourer de tofu », glose sur Slate le journaliste Laurent Sagalovitsch, dans un billet au titre assassin : « Et Gad Elmaleh devint Goy Elmaleh » (le mot « goy » désigne un non-juif).

Sans surprise, les coups les plus durs sont venus de rabbins orthodoxes. Sur YouTube, le rav (rabbin érudit) israélo-suisse Ron Chaya, suivi par 50 000 abonnés, met en garde contre « le danger spirituel » que représenterait Reste un peu, sans l’avoir vu : « Ce film, sous prétexte d’une comédie familiale, diffuse des idées à l’opposé de la loi juive et de la pensée juive. » De son côté, le rabbin franco-israélien David Touitou, habitué aux déclarations polémiques, interpelle le comédien du haut de ses 25 000 abonnés : « Tu veux déstabiliser la foi juive qui a été la garantie de notre existence jusqu’ici. »

Les catholiques l’ignorent ou l’ont oublié, mais Gad Elmaleh et son film heurtent de plein fouet la sensibilité à fleur de peau de la communauté juive à l’égard des conversions au christianisme. « Nous avons l’impression d’être ramenés aux disputatio du Moyen Âge ! », s’exclame spontanément un rabbin parisien anonyme : notre interlocuteur fait référence aux débats théologiques se tenant à Paris en 1240, Barcelone en 1263 et Tortosa en 1414, qui virent des juifs convertis au christianisme faire le procès de leurs anciens coreligionnaires, sommés de reconnaître en Jésus le Messie.

À l’issue de ces confrontations iniques, 10 000 volumes du Talmud furent brûlés à Paris en place de Grève, de nombreux juifs furent obligés de se convertir et la disputatio de Tortosa préfigure le décret de l’Alhambra, signé par les rois catholiques d’Espagne en 1492, ordonnant l’expulsion des juifs de la péninsule. Dans la mémoire israélite, ces faits sont aussi brûlants que s’ils avaient eu lieu il y a un demi-siècle.

Une corde sensible chez les juifs

« C’est clair que cela réveille quelque chose de très douloureux », abonde le rabbin Rivon Krygier, de la communauté Adath Shalom, à Paris. « Dans toute relation humaine, il faut remettre les événements dans l’histoire, les traumatismes, le contexte. Or, nous touchons là une corde sensible, qui rappelle la vieille oppression menée contre le peuple juif pour le convertir. Les acteurs sont les héros de la société moderne, beaucoup plus que les penseurs : leurs choix personnels prennent donc une dimension symbolique et affective. »

Rattaché au judaïsme massorti (« traditionnel »), qui se distingue des courants orthodoxe et libéral en empruntant à la modernité tout en conservant un fort attachement à la Halakha (« loi »), le rabbin est engagé dans le dialogue judéo-chrétien. En 2010, il a tenu une des conférences de carême à Notre-Dame de Paris, au grand déplaisir des catholiques intégristes. Son propos se veut mesuré : « Dans une société pluraliste, chacun doit être libre de choisir sa confession. De ce point de vue, il faut respecter la conscience individuelle. Mais il est normal que les juifs rappellent à d’autres juifs le devoir de mémoire et de fidélité à notre vocation. »

Par ailleurs, Rivon Krygier souligne la dissymétrie entre le judaïsme, comptant environ 15 millions de personnes dans le monde, dont 7 millions en Israël, et le christianisme, rassemblant plus de 2,6 milliards de croyants, dont 1,3 milliard de catholiques. « Le rapport de force n’est pas le même ! Le peuple juif est une petite minorité. Il y a un sentiment commun de rester vigilant pour perpétuer cette identité. »

Cette crainte de s’éteindre permet d’éclairer la stupeur de Jean-Pierre Elkabbach face à Véronique Lévy, sœur de Bernard-Henri Lévy et devenue catholique, dans une émission de 2015 sur Public Sénat : « Il vaut mieux pour les juifs que leur destinée ne soit pas de se fondre dans des conversions qui les fassent disparaître, pire que d’autres ont essayé de le faire », s’était ému le journaliste.

À la fois religion et communauté ethnique et culturelle

Selon la théologie juive, la conversion à une autre confession n’a aucun effet sur la judéité. « Si quelqu’un est né juif, il reste juif toute sa vie. Il ne peut pas le changer, il peut seulement rendre sa vie plus compliquée », répondit Menachem Mendel Schneerson, chef spirituel du mouvement loubavitch, au peintre Daniel Lifschitz, qui lui faisait part avec enthousiasme de sa conversion au catholicisme. « Si quelqu’un pense de sa maladie que c’est une chose saine, c’est seulement le signe que sa maladie est plus aiguë », sermonna durement le rabbin, dans une vidéo sans doute tournée à la fin des années 1980 et qui a été exhumée par les réseaux orthodoxes à la faveur de la sortie du film de Gad Elmaleh.

Les juifs qui devenaient chrétiens étaient mis au ban de la vie communautaire, et les plus radicaux ont conservé cette approche. De même, les mariages mixtes sont découragés par les juifs observants. Le malentendu entre juifs et chrétiens réside notamment dans le fait que le judaïsme, outre sa foi, est une communauté ethnique et culturelle, soudée par une tradition plurimillénaire, là où le christianisme valorise l’adhésion personnelle au Christ.

Cette complexité a permis à plusieurs convertis de continuer à se reconnaître dans l’histoire et les traditions du peuple juif, comme Aron Jean-Marie Lustiger. Disparu en 2007, le cardinal de Paris était parvenu à gagner l’estime de nombreux responsables juifs. Il est l’inspiration avouée de l’ancien rabbin orthodoxe devenu catholique Jean-Marie Élie Setbon, auteur du livre De la kippa à la croix (Salvator, 2013), dont le ton polémique choqua certains lecteurs, et de Gad Elmaleh, qui achève son film par les mots du prélat : « J’ai estimé que je devenais juif parce qu’en embrassant le christianisme, je découvrais enfin les valeurs du judaïsme, bien loin de les renier. »

Pendant la Seconde Guerre mondiale

Dans la douloureuse histoire juive européenne, les conversions au christianisme furent nombreuses au cours du XIXe siècle et au début du XXe siècle. « C’était la période de l’émancipation, rappelle Rivon Krygier. Beaucoup ont adopté la religion ambiante, qui a façonné la culture occidentale pour entrer dans les sphères intellectuelles et culturelles. »

Cependant, lors de la Shoah, beaucoup de convertis furent traités comme les juifs : le poète français Max Jacob et la carmélite d’origine allemande Edith Stein moururent en déportation. De quoi persuader de nombreux juifs que se convertir est vain, en plus de les arracher à leur identité.

L’affaire Finaly, après la Seconde Guerre mondiale, est un autre traumatisme pour les Juifs français : deux enfants, Robert et Gérald Finaly, dont les parents ont disparu à Auschwitz, sont mis à l’abri en 1943 par une institution catholique pour les sauver du même sort. Une personne les recueille, et, refusant de les rendre à leurs tantes en 1945, les fait baptiser en 1948. Après avoir été dissimulés par la congrégation Notre-Dame de Sion, fondée par les frères Ratisbonne, juifs alsaciens convertis, les enfants sont rendus à leur famille en 1953.

D’autres cas sont encore plus complexes. On connaît bien celui d’Aron Lustiger, caché à Orléans par la directrice d’un établissement catholique, qui demande le baptême en 1940, à l’âge de 14 ans, malgré le désaveu de ses parents. On connaît moins celui de Jean-Jacques Francfort : né en 1931, ce jeune juif vivant à Metz est exfiltré en zone libre après l’arrestation de sa mère, entrée dans un réseau de résistance, et accueilli dans un milieu catholique. « Le curé pourtant pétainiste n’a jamais rien dit », témoigne sa petite-fille, Cécile.

À l’instar de tous les adolescents de son âge, il prépare sa première communion… tout en n’étant pas baptisé. « Mon grand-père vivait mal cette situation de mensonge, et il redoutait de commettre un sacrilège. Il a donc demandé à une autre enfant de le baptiser, sur un pont. Après la guerre, l’Église a jugé son baptême valide. De retour à Metz, on lui a dit qu’il avait l’âge de faire sa bar-mitsva (cérémonie d’entrée dans la majorité religieuse, ndlr), mais son père, juif pas très pratiquant, a répondu avec humour : “Il a donné à la concurrence. Ayant compris que sa maman ne reviendrait pas, il a demandé à la Vierge Marie de devenir sa mère." »

Jean-Jacques Francfort est mis au ban de sa communauté d’origine, et doit travailler dur pour payer ses études de médecine à Strasbourg. « Il a dû faire face à l’hostilité de certains médecins juifs, qui lui reprochaient sa conversion, et à la méfiance des catholiques, raconte sa petite-fille. Heureusement, il a fréquenté lors de ses études le groupe de jeunes de Pierre Bockel, prêtre résistant, où il a rencontré puis épousé ma grand-mère, une jeune veuve allemande catholique. » Ami de Lustiger, Jean-Jacques Francfort est décédé en 2009, et Cécile garde de cette épopée familiale une conscience profonde des racines juives du christianisme, qu’elle pratique avec ferveur.

Une palette de positions

L’État d’Israël né en 1948, tout en étant laïc et garantissant la liberté de culte, reprend cette mémoire douloureuse à son compte en encadrant strictement le prosélytisme chrétien. En 2020, la chaîne évangélique américaine GOD TV a été retirée des ondes israéliennes, de peur qu’elle ne diffuse un contenu chrétien aux spectateurs. Les juifs messianiques, convertis proches du protestantisme évangélique, sont parfois victimes d’agressions de la part de certains juifs ultraorthodoxes et militants nationalistes religieux.

En Israël comme en France, un usage répandu dans les milieux juifs traditionalistes consiste à ne pas mentionner le nom de Jésus. « Certains estiment qu’il y a un danger à le dire », note le rabbin Krygier, qui ne s’y retrouve pas : « C’est une stratégie un peu primaire de se confronter à l’autre, comme si on manquait soi-même de conviction ! »

Sur le plan théologique, le judaïsme a cependant connu une grande variété d’interprétations au sujet du christianisme, identifié, selon une certaine tradition exégétique, à la descendance d’Esaü, le frère brutal et désinvolte du patriarche Jacob. Même sous les pires persécutions, des sages médiévaux notaient que les chrétiens révèrent les enseignements de la Torah. Mais beaucoup ont conclu que cette confession est un culte « étranger », voire « idolâtre », à cause des images pieuses et de la croyance en la Trinité, et ont proscrit l’accès des juifs aux églises, contrairement aux mosquées. Enfant, Gad Elmaleh a bravé cet interdit en pénétrant dans une église catholique de Casablanca, qu’il désigne comme point de départ de sa quête spirituelle.

 « De nouveau, il y a une palette de positions, détaille Rivon Krygier : les plus radicaux vont dire qu’une église est un lieu idolâtre. Les religieux modernes ne voient pas le christianisme comme une idolâtrie mais comme un culte étranger, et qu’il n’y a aucun mal à s’intéresser à l’art et à l’architecture des églises. »

Passionné par les sources chrétiennes (textes des Pères de l’Église), le rabbin n’a pas hésité à se rendre aux funérailles du prêtre et théologien Jean Dujardin, apôtre du dialogue judéo-chrétien, en 2018. « Toutefois, un juif qui participerait activement au culte chrétien, ce n’est pas un acte indifférent. Je comprends qu’un chrétien puisse prier les psaumes dans une synagogue, puisque pour lui le judaïsme est le premier étage de la fusée ! Mais un juif qui prie le Christ, oui, il ne se renie. »

Conversions au judaïsme

Inquiet des conversions à d’autres confessions, le judaïsme ne ferme pas la porte aux croyants voulant le rejoindre. Conjoints de juifs, chrétiens subjugués par l’univers de la Torah ou individus en recherche, il y a toujours des adeptes pour prendre ce « sentier peu fréquenté », selon les mots de Didier Long, ancien moine bénédictin de l’abbaye Sainte-Marie-de-la-Pierre-qui-Vire, qui a vécu sa brit milah (cérémonie de circoncision) en 2016.

Pourtant, les conversions au judaïsme sont réputées difficiles et prennent plusieurs années, sauf chez les libéraux. « Il peut y avoir des conversions orthodoxes très expéditives, et des conversions libérales plus longues », nuance le rabbin massorti, rappelant que la conversion revient à intégrer le peuple juif, avant même de pratiquer tel ou tel rite, à la suite de Ruth la Moabite, citée dans la Bible : « Ton peuple sera mon peuple et ton Dieu mon Dieu » (Ruth 1, 16). Dans la communauté de Rivon Krygier, des cours sur le judaïsme sont proposés au-delà des néophytes : « Il y a aussi des personnes qui ne veulent pas se convertir, et qui veulent découvrir le judaïsme ! Il y a aussi des juifs qui étudient à la Catho de Paris ou aux Bernardins ! »

En définitive, l’épisode Gad Elmaleh est-il un coup de pouce, ou un coup dur pour le dialogue judéo-chrétien ? Certains y voient un moment de vérité, désagréable pour les deux parties, telle Noémie Issan-Benchimol, philosophe juive française établie en Israël. « Je sais gré à Gad Elmaleh d’avoir mis le coup de pied dans la fourmilière », dit-elle dans un entretien au site d’éducation numérique juif Akadem. « Depuis Vatican II, il (le dialogue entre juifs et chrétiens) fonctionne, et plutôt bien, sur un non-dit, sur une décision commune de mettre certaines choses sous le tapis : les chrétiens renoncent à professer la conversion des juifs, et les juifs renoncent à la polémique antichrétienne, qui a pu être violente et grossière », explique-t-elle.

Le dialogue judéo-chrétien en question

Or, avec l’affaire Elmaleh, « on a l’impression que les juifs découvrent, face à la joie des chrétiens d’accueillir un nouveau converti juif célèbre, que le désir de conversion n’a pas complètement disparu ; et les chrétiens face aux réactions communautaristes ou réservées des Juifs découvrent que l’amitié n’est peut-être pas si profonde ».

Selon Rivon Krygier, le dialogue judéo-chrétien constitue un héritage à préserver. « Depuis la deuxième moitié du XXe siècle, on peut s’écouter, se respecter et travailler ensemble ! C’est un vecteur d’humanisation qui reste d’une actualité brûlante, et qui peut avoir une incidence sur les autres spiritualités, notamment l’islam. C’est un enjeu important de civilisation, pour construire une spiritualité qui permet à la fois le respect des particularismes et la vision universaliste », plaide-t-il.

En 2023, le rabbin fêtera le vingtième anniversaire du groupe interreligieux Agir pour la fraternité, cofondé avec l’ancien journaliste de La Vie Laurent Grzybowski, qui rassemble, à l’échelle du XVe arrondissement de Paris, sa communauté, la paroisse catholique Saint-Léon, et une mosquée voisine. « Le fait d’être encadré dans un groupe désamorce la peur de se faire récupérer. Cela rassure et cela construit quand on est accompagné. »

De son côté, le jésuite Marc Rastoin, très investi dans les relations avec le judaïsme et critique de cinéma, d’abord méfiant devant le battage médiatique autour de Reste un peu, a signé une appréciation élogieuse du film sur son site personnel. « Il est très respectueux du judaïsme comme du catholicisme. Il est excellent pour montrer qu’une recherche “individuelle” n’est jamais que cela car on appartient toujours à une famille, un cercle d’amis, et que “changer de religion” (…) est toujours un tremblement de terre collectif et pas seulement personnel, souligne le prêtre cinéphile. Au-delà de son cas personnel, Gad invite au fond chacun à chercher, à laisser parler sa soif de métaphysique et de spiritualité. Il dit : “Chiche, cherchez, questionnez, dialoguez avec des interlocuteurs variés” : une attitude au fond très juive. » Gageons que l’audace du comédien permettra aux juifs et aux chrétiens de continuer à mieux se connaître et se fréquenter.

dimanche 20 novembre 2022

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2790 : Ce n'est pas la fin de l'Eglise !

 Avec tout ce que l'on apprend en ce moment, l'on serait tenté de penser que s'en est fini de l'Eglise, et que nous en arrivons au commencement de la fin.  D'ailleurs, dans son ouvrage "L'Archipel français", publié au Seuil en 2019, le politologue Jérôme Fourquet déclare même ceci : "Il y a une déchristianisation croissante qui mène à la "phase terminale" de la religion catholique... Si cette tendance se confirme, on estime que 2048 pourrait être l'année du dernier baptême, et 2031 celle du dernier mariage catholique.  On pourrait même voir la disparition totale des prêtres français en 2047 !"

Sans doute l'Eglise catholique traverse-t-elle une étape difficile, il ne faut pas se boucher les yeux !  Mais n'en est-il pas ainsi depuis 2000 ans ?  Me reviennent à l'esprit les cours d'histoire de l'Eglise reçus au grand séminaire, lorsque le prêtre qui était notre professeur d'histoire, le père Arsène Bulteau, que nous surnommions avec affection "mon bon Monsieur", nous permettait de découvrir la vie de l'Eglise au travers des siècles ; avec son lot de scandales, de croisades, de massacres, d'inquisition, de fourberies, de guerres de religions, d'opprobre et en un mot, de péché.

Bien sûr, il ne nous parlait pas que de ce qui était négatif, et il a su nous apprendre à aimer l'Eglise ; il nous a surtout permis de comprendre qu'elle était à la fois pécheresse et sainte, que le mal n'aurait pas sur elle le dernier mot, et qu'elle avait les paroles de la vie éternelle.  A la suite des faits ci-dessus, l'Eglise aurait dû s'écrouler 100 fois ! J'ai retenu l'un des bons mots du père Bulteau, plus qu'une boutade, une réflexion qui garde encore toute son actualité de nos jours : "Si l'Eglise n'était pas divine, il y a longtemps que les curés l'auraient tuée !"

Lorsque, comme nous le rappelons en cette fête du Christ-Roi, Jésus a été mis en croix, les politologues de l'époque auraient sûrement pu prédire qu'il en était fini de sa royauté, et que son message de délivrance serait vite oublié.  De la même façon, même en nos jours enténébrés, veillons à ne pas enterrer trop vite l'Eglise - Corps du Christ, qui est beaucoup plus large que "l'église-hiérarchie".  Pour ne prendre que cet exemple, la conduite scabreuse de papes comme Nicolas V, Pie II, Sixte IV, ou encore Alexandre VI, qui a eu plusieurs enfants (revoyez votre histoire), rien de cela n'a fait chuter l'Eglise définitivement...  Et pourtant !

Puisse l'Eglise actuelle fixer davantage son regard sur le Christ roi-serviteur, et se laisser ainsi renouveler en profondeur, dans l'esprit des Béatitudes.  Ceci est d'ailleurs une tâche qui est confiée à chaque membre du Peuple de Dieu, et non pas au clergé seulement.

En tout cas, comme le disait justement Georges Bernanos : "La grande entreprise divine ne saurait être compromise par la médiocrité de ses instruments."

De son côté, François Mauriac déclarait : "A ceux qui me demandent si je désespère de l'Eglise, je réponds ce que je crois profondément : qu'elle est la dernière chance au monde."

vendredi 18 novembre 2022

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2789 : Un appel fraternel de la Petite Communauté Saint Claire

 Merci de prêter attention à cet appel, accompagné d'une prière pour l'Eglise de demain.

Chers amis,


Nous savons que vous partagez notre souci d’un monde plus fraternel, qui est pour nous relié à notre désir de fidélité à l’Evangile. Aujourd’hui, nous vous rejoignons pour vous parler d’un  projet, en lien avec notre engagement de 30 ans à la Petite Communauté Sainte Claire :
 
Depuis 2006, la Petite Communauté a la chance de pouvoir déployer ses activités et rencontres dans la Maison du 42, mise à la disposition par le Diocèse de Luçon.
Nous y vivons une vie d’amitié, de services mutuels, d’activités variées avec des hommes et des femmes marqués  par des vies difficiles.


Avec les années, la configuration des lieux (notamment des marches !)  est de plus en plus cause de souci : La Maison du 42 devient  difficile d’accès aux plus fragilisés.  Si nous voulons continuer à accueillir largement, nous devons améliorer d’urgence l'accessibilité de la maison.  Celle-ci passe par des rampes, une allée sécurisée et accessibles à un fauteuil pour aller à l’oratoire  et la construction d’une terrasse mettant de plain-pied la maison et l'espace vers le jardin.  En lien  avec le  Diocèse, nous avons décidé de travaux indispensables: Il nous faut trouver 24 000 € pour compléter l’apport de l’Association Diocésaine.
 
 Nous avons besoin d’un large soutien pour rassembler cette somme et c’est pour cela que nous faisons  appel à vous !
 
Dans cette  période rude sur bien des plans, en premier pour les plus fragiles, nous croyons plus que jamais à ces « tiers lieux » où s’expérimente concrètement une fraternité  qui fait du bien à tous et qui est le signe  qu’un autre monde est possible ».  Nous croyons aussi  en ce qui nous concerne, que l’Evangile continue de s’écrire partout où les plus fragiles redeviennent   membres actifs  du corps social ou ecclésial.
 
Si vous vous sentez, d’une façon ou d’une autre, concerné(e)s…..
Rendez-vous sur le site Hello asso  « amis de la maison du 42 . Par le lien :

https://www.helloasso.com/associations/les-amis-de-la-maison-du-42/collectes/des-travaux-pour-ameliorer-l-accessibilite-de-la-maison-du-42
Vous y trouverez des vidéos  présentant la communauté et le projet d’aménagement  et un formulaire de don en ligne.
 
Un grand merci d’avance si vous pouvez :
 
- Contribuer financièrement au projet et permettre ainsi  à la Petite Communauté de continuer à animer cette  maison fraternelle. Vous le ferez selon votre désir et vos moyens via le site internet ou par chèque aux « amis de la maison du 42 » 42 Bd Briand 85000 LA ROCHE SUR YON


mais aussi :
- Transférer notre appel sur vos propres réseaux, (mails, twitter, facebook...) 
 
Nous vous tiendrons au courant de l’avancée de la campagne, et vous donnons rendez-vous pour fêter les 30 ans de la Petite Communauté en septembre 2023. 
Au nom de tous nos amis de la Petite Communauté, merci !


Elisabeth Avrit - Jacques Bailly et les membres de la Petite Communauté Sainte Claire

 



Prière de la Petite Communauté ( qui avait été faite pour les 700 ans du Diocèse de Luçon)

EGLISE DE DEMAIN

A l’Eglise de demain, tu  redis,   ô Dieu Trinité,  ce désir qui habite ton cœur de Père : que chaque être humain sache qu’il est aimé de Toi,  que sa vie est sacrée, précieuse, encore  plus quand elle est abîmée.

 
A l’Eglise de demain, tu donnes Jésus  comme modèle et  source pour que  nos paroles, nos gestes soient toujours  plus fidèles à sa façon d’aimer et de servir.


Que ton Esprit aide l’Eglise de demain à être toujours plus diaconale : diaconie du lavement des pieds qui se prolonge autour de la table  ouverte, pain et tendresse multipliés, prière et Parole partagées. Merci pour nos petites et grandes communautés, pour tous les hommes de bonne volonté  qui sont tes mains, ta bouche, tes pieds dans nos villes, nos villages, nos quartiers….


A ton Eglise de demain, tu donnes un trésor :  les plus petits, les plus fragiles d’entre nous, ceux qui viennent ou reviennent de loin :  C’est à eux d’abord que tu révèles tes mystères.

Par eux, nous apprenons que nos fragilités ne sont pas des obstacles, mais passages pour ta grâce. Avec eux,  l’Evangile devient livre vivant écrit par nous tous.


Par toi, Dieu Trinité de tendresse et avec  eux,  nous devenons Bonne Nouvelle pour un monde qui en a bien besoin. A l’Eglise de demain tu redis : « vivez en frères  et le monde me connaîtra »
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