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Vous avez des choses à dire...
Vous vous posez des questions, pour donner un sens à votre vie...
Vous cherchez un espace d'échange convivial pour exprimer ce que vous ressentez...
Vous attendez des réponses à vos questions...


...Alors, en réponse à vos attentes, Olivier Gaignet vous propose de vous exprimer librement.
Ici, tout pourra être dit dans les limites de la courtoisie et du respect mutuel.

Merci d'avance de votre participation.


Depuis novembre 2007, Olivier Gaignet partage sur son blog ses réflexions sur Dieu et sur l’Eglise. bien sûr,
mais aussi sur la marche du monde. Il nous invite à réfléchir à des thèmes aussi essentiels que : notre société, les autres religions,
la télé, la politique, l’art, sans oublier ses propres paroissiens.
Les billets des cinq premières années (de novembre 2007 à septembre 2012 )ne figurent plus sur ce blog. Pour les consulter, se référer aux cinq volumes intitulés: "Ma paroisse.com", que vous pouvez vous procurer en envoyant un mail à : olivier.gaignet@yahoo.fr



jeudi 8 octobre 2020

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2468 : La vie du groupe interreligieux sur le Pays des Olonnes

 Un certain nombre de personnes se posant la question de la vie et de l'avenir de l'interreligieux sur la Pays des Olonnes, suite aux interruptions dus à la Covid, je vais, en tant que président de "Dialogue interreligieux pour la Paix au Pays des Olonnes", envoyer un courrier d'information à l'ensemble des adhérents à notre association, ainsi qu'à tous les sympathisants dont nous avons les coordonnées.

Comme beaucoup d'autres malheureusement, nous avons dû mettre en arrêt nos projets et initiatives, au grand regret de tous. Mais, et je cite là Jeanne-Emmanuelle Hutin dans son édito de "Ouest-France" daté du 4 octobre : "Céder à la peur serait un piège tout aussi redoutable. Car, "la peur de la contagion immobilise. Est-ce bien raisonnable de la laisser asphyxier notre pays ?", interrogeait le neurologue Alexandre Carpentier dans "Les Echos" du 23 septembre.  Sombrer dans la passivité ne nous aidera pas à sortir vainqueur de l'épreuve. Se replier sur soi au point d'arrêter la vie sociale, associative...., engendrerait de grands maux. (...) Il en va de la responsabilité des citoyens et... du dynamisme de la démocratie." 

Pour info, je rappelle que le Conseil d'administration de l'association "Dialogue pour la paix" regroupe des membres de 5 religions ou traditions de sagesse : Judaïsme, Islam, Bouddhisme, Protestantisme et Catholicisme.  Le pasteur représentant d'autre part l'Eglise évangélique, Gérard Risy, nous a malheureusement quittés en août dernier. Je lui avais alors consacré un billet sur ce blog, le n° 2248, le 20 août.

Le Conseil d'Administration s'est retrouvé le 22 septembre pour étudier comment relancer les activités, dans le respect bien sûr des gestes barrières. Il est encore trop tôt pour donner un ensemble de dates, mais voici déjà quelques précisions :

-  le mercredi 4 novembre, à 20h, salle des Nouettes, aux Sables d'Olonne, quartier du Château d'Olonne, rue George Sand, notre ami Thrinlé, moine bouddhiste, présentera la figure de Bouddha et son message. Venir avec le masque. Cette rencontre sera importante quant à son thème, mais aussi parce que nous échangerons en fin de séance par rapport à la suite à donner à nos activités.

-  Assemblée générale de notre association comme chaque année, le mardi 12 janvier 2021, à 18h, aux Nouettes.  Celle-ci sera ouverte à tous.  Nous pourrons y préciser les choses en fonction des évolutions du moment quant à nos activités.

-  sont à l'étude d'autres rencontres ou projets :

    -  en février 2021, par une juive, autour du Judaïsme, à propos des fêtes du mois de Tichri  en sept.-oct.

    -  en mars ou avril, une musulmane nous présentera le Ramadan.

    -  projet d'une présentation de Luther

    -  et toujours l'idée d'aller visiter le centre bouddhiste de Plouray, comme cela était prévu en mai dernier.

Si tout va bien, d'autres projets devraient être proposés au fil des mois.

Tout ceci, c'est aussi notre façon de répondre "présents" à l'appel que vient de nous lancer le pape François dans l'encyclique "Tous frères" publiée le 4 octobre dernier. Je vous invite à la parcourir, et vous en cite seulement deux phrases, en faveur "d'une fraternité ouverte qui permet de reconnaître, de valoriser et d'aimer chaque personne", sans aucune frontière ni limite. Car face aux périls qui menacent l'humanité, le pape souligne qu' "il nous faut constituer un "nous" qui habite la maison commune."

lundi 5 octobre 2020

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2467 : Droit au blasphème et devoir de respect

  Vient de paraître, dans le journal "La Croix" de ce lundi 5 octobre, page 54, un article excellent du Frère Bernard-Marie, Tertiaire franciscain, docteur en théologie et diplômé de langues bibliques (1). L’actualité de Charlie-Hebdo fait ressurgir les questions autours du blasphème. On peut donc critiquer une religion. Est-ce possible en revanche de l’insulter ?  Il est important d'y réfléchir en ce jour où le pape François publie une encyclique au titre interpellant, particulièrement en ces jours : "Tous frères".

 Droit au blasphème et devoir de respect

 Le « droit au blasphème » se conçoit parfaitement si celui qui le revendique est incroyant. Cela revient alors au droit de critiquer, de moquer, voire d’injurier une idéologie religieuse en laquelle on perçoit des formes d’obscurantisme contraires aux « Lumières » de la pure raison.

Finalement, le moqueur rationaliste est convaincu d’accomplir une mission libératrice par rapport à une forme d’esclavage psychique où prédominent l’irrationalité et l’arbitraire. Pour lui, les dogmes non négociables sont les lois de l’État. Comme le déclara un jour Jacques Chirac : « Il n’y a rien au-dessus des lois de la République. »

Cette manière de voir et de faire ne trouve sa pleine justification qu’en prêtant sa foi à un postulat de départ que l’on pourrait résumer ainsi : il n’existe aucun dieu nulle part, et c’est donc tout seul sur cette terre que nous devons travailler fraternellement au bonheur de tous et de chacun. Notre fragile paix sociale est faite de science et de compromis sociaux – cf. la laïcité légalisée en 1905 –, entre autres avec tous les déistes croyants que sont les juifs, les chrétiens, les musulmans et autres fidèles d’ici et d’ailleurs.

Dans la mesure où leur expression religieuse publique ne concurrence pas l’autorité suprême de l’État et dans les cadres bien définis que l’on sait, la République laisse faire, tout en s’arrogeant parfois le droit de critique et éventuellement de moquerie ou de blasphème.

Un chantre du rationalisme dira même : « Le blasphème des grands esprits est plus agréable à Dieu que la prière intéressée de l’homme vulgaire » (Ernest Renan). Certes, l’Apocalypse le proclamait déjà à sa façon il y a deux mille ans : à l’égard du Dieu de Jésus-Christ, mieux vaut être chaud ou froid que tiède (Ap 3, 16).

Faire toujours comme si Dieu existait.

Si à présent on pose comme possible l’existence de Dieu, au moins à titre d’hypothèse philosophique – comme Descartes, Voltaire, Einstein et bien d’autres que l’histoire a salués comme de grands esprits –, le « droit » au blasphème devient plus délicat à justifier et à pratiquer.

Si l’on admet avec Pascal qu’il existe davantage de raisons de croire que de ne pas croire, l’attitude la plus raisonnable, donc la plus humaniste, serait de faire toujours comme si Dieu existait. Du coup, on éviterait tout usage de paroles et actes qui pourrait paraître offensant à l’Être suprême et à ses dévots, quel que soit le nom qu’on lui donne.

D’autant que, dans les religions abrahamiques qui sont largement répandues en Occident, le blasphème est unanimement condamné : « Qui blasphème le nom de Dieu sera lapidé » (Lévitique 24, 16) ; « Qui blasphème contre l’Esprit Saint n’obtiendra jamais de pardon » (Marc 3, 29) ; « Mon Seigneur a déclaré illicite le péché d’insolence et le fait de parler contre Dieu » (Coran 7, 31).

Alors, Messieurs les Républicains, ceux d’entre vous qui sont laïcistes de paroles et athées en pratique, si vous faites attention aux croyances de l’autre, même apparemment irrationnelles, que risquez-vous d’y gagner sinon un retour d’attention à vos propres valeurs républicaines et une plus grande soumission à l’autorité publique ?

S’il vous plaît, ne rallumons pas les querelles du début du XXe siècle et tâchons de faire des pas les uns vers les autres, si possible avec respect et bienveillance. Écoutez donc le sage conseil de l’un des vôtres et vous verrez que tout ira mieux dans les banlieues françaises : « On n’a pas le droit de blasphémer quand on ne croit à rien ! » (Alfred Capus). (2)

(1) Auteur notamment de « La Langue de Jésus : l’araméen dans le Nouveau Testament », éditions Téqui.

(2) A. Capus, journaliste, romancier, membre de l'Académie Française, célèbre pour ses réparties savoureuses, 1858-1922.

vendredi 2 octobre 2020

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2466 : "Pour la sauvegarde de la Planète" (Gaston Vinet)

 Voici une communication que je me fais une joie de vous relayer, de la part de Gaston Vinet, prêtre en responsabilité à la Mission de la Mer aux Sables d'Olonne.

 

Le dimanche 4 octobre, c’est la journée mondiale de prière  pour la sauvegarde de la Planète

            Cette  planète, nous sommes en train de la presser comme s’il s’agissait d’une orange, cette planète  dont 71 % de la surface est recouverte d’eau. Si la mer est lieu de loisirs ou d’exploits sportifs avec le Vendée Globe, il ne faut pas oublier que la mer est  à tous,  à partager,  à sauvegarder, chemin vers l’autre. Ce sont ces réalités de la mer que l’association Meravenir et les  Mouvements d’Eglise : le CCFD, la Mission de la Mer,  nous soulignent au travers d’une exposition ouverte à tous.. 3 regards convergents. Ici, il n’est question  que de celui de la Mission de la Mer.

             La Mer est menacée. « Qui a transformé le merveilleux monde marin en cimetières sous-marins dépourvus de vie et de couleurs ? » demande le  Pape. « La pollution, l’extraction désordonnée des ressources de pêche qui provoquent des diminutions drastiques de certaines espèces, l’élévation de la température des océans, etc... »

            Mer meurtrière où  de nombreux migrants, embarquant sur de fêles embarcations, fuyant leur pays en guerre,  y périssent chaque jour. Nous en sommes informés quotidiennement.

            Mer lieu d’esclavage de pécheurs asiatiques pris dans les filets de l’exploitation, de la traite humaine. « Si les gens se souciaient de pouvoir sentir les crevettes  et les poissons provenant de Thaïlande et achetés sur les marchés d’Europe, ils sentiraient l’odeur des larmes  de mon peuple, le sang de ces innocents jetés en mer .» Paroles de Charles Bo, cardinal Yangon ( Birmanie.)

            Mer lieu de solidarité. Même en temps de guerre, les marins ont toujours respecté cette obligation morale de secourir des naufragés,  quelle que soit leur nationalité. En témoigne le récent naufrage aux Sables  du bateau SNSM le 7 juin 2018.

            Écologie et spiritualité. « Une écologie intégrale est aussi faite de simples gestes quotidiens par lesquelles nous rompons  la logique de la violence, de l’exploitation et de l’égoïsme. » « Toute volonté de protéger et d’améliorer le monde suppose de profonds changements dans les styles de vie, les modèles de production et de consommation, les structures de pouvoirs établies qui régissent aujourd’hui les sociétés. »

            Ces phrases entre guillemets sont extraites de l’encyclique «Laudato Si». Elles ne sont que quelques-unes de toutes celles qui figurent sur les panneaux de l’exposition. L’équipe qui les a choisies après lecture et relecture  de l’encyclique rejoint les remarques de Nicolas Hulot quand il écrit  que « c’est un texte  du pape François excessivement fort. Il sacralise  littéralement l’enjeu climatique et place l’homme au cœur de la question. Il nous pose des questions existentielles : quel est notre lien à la nature, quel sens donner au progrès. Il engage les États à s’affranchir des blocages nationaux pour mener une action universelle. »

            Cette lettre du Pape François toujours d’actualité s’adresse à tous, frères et sœurs en humanité, préoccupés de préparer un avenir de sérénité à celles et ceux qui viendront après nous.

            Si vous venez regarder cette exposition,  vous y entendrez donc, avec la Mission de la Mer, l’appel du Pape François pour la sauvegarde de la planète. Vous serez informés, avec le CCFD - Terre Solidaire, des actions réalisées en de nombreux pays permettant aujourd’hui de dire  qu’un autre monde est possible. Votre attention sera attirée, avec Meravenir, sur les océans, d’une extraordinaire biodiversité, source d’alimentation et de travail pour de nombreux peuples, voies de communication entre les continents.

Ouverture de cette exposition au 15 quai Garnier, sur le port de pêche, aux Sables, les 17 et 18 octobre, 23, 24 et 25, les 30 et 31 octobre, les 1, 6, 7 novembre. Chaque fois, de 15 heures à 18 heures.

Durant cette même période, trois rencontres sont organisées pour faire connaître ces trois associations au 8 quai Rousseau Méchin, foyer Saint-Nicolas, 85100 Les Sables-d’Olonne :

-       CCFD Terre Solidaire : 23 octobre 2020, de 18 h à 19 h

-       Mission de la Mer : 30 octobre 2020, de 18 h à 19 h

-       MERAVENIR : 6 novembre 2020, de 18 h à 19 h

                                                                                                     Gaston Vinet

                                                                                                     gastonvinet@bbox.fr                                                                                                                                                     

mercredi 30 septembre 2020

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2465 : A la Salette, aux portes du Ciel

 Si vous cherchez un endroit pour vivre un bon temps de récollection, je n'ai rien contre le centre spirituel de Chaillé-les-Marais ou autres lieux semblables, mais à la Salette, dans un cadre montagneux absolument somptueux, vous comprendrez la différence !

Cette année, j'ai donc fait le choix de vivre ma retraite annuelle début-septembre, durant une petite semaine, en ce haut-lieu marial, dans le département de l'Isère, au sud de Grenoble, à 1 800 m. d'altitude, sous un soleil rayonnant. Coût minime de la pension, repas en self, liberté totale.  Malheureusement, bien peu de pèlerins en ce moment, pas de cars, vu la Covid...

 Les Pères et les Soeurs de la Salette assurent au besoin un excellent accompagnement. Chaque jour bien sûr, messes, temps de prière, offices du bréviaire chantés, possibilité d'échanges autour du message de la Vierge, procession aux flambeaux chaque soir, dans la montagne proche, sous les étoiles. Mais aussi, possibilité de se recueillir en chantant la beauté de la création tout en randonnant au long des superbes sentiers environnants. 

 Pour aider à y en savoir un peu  plus à propos de ce lieu, je vous joins un article de Laurence Monroe, tiré du journal "La Croix".

 

"Entre Gap et Grenoble, une vallée en cul de sac. Des alpages escarpés la surplombent. Plus un arbre. L'air est léger, le souffle plus court, la lumière forte. Dans cette montagne austère aux allures imprenables, La Salette se découvre, dans un repli de la pente, sanctuaire à taille humaine. « Comme une base lunaire », dit une jeune fille, qui l'a découvert en passant le col après deux jours de marche. Malgré sa surdité, elle partage l'enthousiasme de son groupe de copains. But de balade ? Curiosité ? Démarche de foi ? Un peu de tout cela.

Chacun est frappé par la sereine légèreté du lieu, la qualité de l'accueil, et sa sobriété. Ici, point de « marchands du temple ». Dans les coulisses, une centaine de jeunes de toutes nationalités sont venus donner de leur temps, pour faire tourner l'hôtellerie de 650 lits et vivre rencontres cosmopolites et approfondissement. Nathalie et Catalina, venues d'Espagne, en sont à leur septième séjour. Ravies de « travailler pour autre chose que de l'argent ». En fin de mois, le P. Hervé Bougeart raconte qu'il éponge les larmes de ces jeunes quand ils repartent ! Rien à faire, l'endroit rend sentimental.

Ressourcer l'engagement

Le lieu est familial. Des têtes blanches ont emmené leurs chères têtes blondes à la faveur d'une première communion. Et les enfants s'émeuvent des larmes de Marie, qui leur devient si humaine et proche. Alors il lui parlent, tout simplement. Et quand on leur raconte le « message », ils font facilement le lien avec leur vie.

Marie et Liliane vont boire à la source, heureuses d'avoir été incitées par leur grand-mère à se confesser. Elles comprennent que c'est à elles de « devenir des cadeaux pour les autres », que le vrai miracle, c'est le coeur de chacun. Les adolescents aussi ont désormais leurs rendez-vous. Ils arrivent avec leurs questions, participent aux carrefours, parlent librement de leur foi, pour la première fois peut-être...

« Secouez-vous ! »

C'est avec un coeur d'enfant que viennent ici ces foules fidèles et sentimentales. De culture chrétienne traditionnelle, d'origine rurale, venues en famille ou en pèlerinage diocésain. Tous ont toujours entendu parler de La Salette et affectionnent le lieu. Leur foi est simple. Mais ils sont déroutés : « Nos jeunes ne croient plus. »

En commentant le message de La Salette, ils tentent d'évangéliser cette démarche, de convertir ces gémissements. Le merveilleux de l'apparition, loin d'éloigner du quotidien, y renvoie.

Le message de La Salette ne manque pas de vigueur, au point que souvent, il choque. « Il n'est pas tendre, il est même rude ! », dit Jocelyne. A beaucoup, il semble « plus sévère que celui de Lourdes ». Ce qu'un jeune traduit avec ses mots : « Secouez-vous, bougez-vous ! ».

Tout le travail pastoral des Missionnaires de La Salette qui vivent ici, à la source du message, c'est de le traduire pour aujourd'hui. Loin d'être culpabilisant, le message devient une provocation à agir. « S'ils se convertissent, avait dit la Vierge, les pierres deviendront des monceaux de blé. » L'écho biblique est saisissant.

Le thème de cette année, « Donner ses chances à l'espérance », oriente cette pastorale. Les larmes de la Vierge ? Elles restent à sécher comme est à soulager ce Christ qui « en a trop sur les bras ».

Le besoin de dialogue

Les pèlerins du diocèse d'Annecy achèvent, le visage transformé, leurs trois jours ici. « Qui est ce Dieu qu'on peut si fort blesser en blessant l'homme ? ». Les cadettes du groupe, deux filles de la JOC, repartent avec cette parole de la Vierge : « Avancez, n'ayez pas peur ! ». Dans leur équipe JOC, tous les autres sont au chômage, expliquent-elles...

Il faut aussi résister à la demande « d'inflation eucharistique ». Certains groupes égrènent une demi-douzaine de sanctuaires mariaux à la hâte, une heure par-ci, une heure par là. L'eucharistie doit être le sommet de la démarche, insiste l'un des Pères, et se nourrir d'une relecture de la vie. Les Pères invitent à demeurer ici, à dialoguer. Ils sont frappés de l'immense besoin de parler. « Il y a beaucoup de souffrances dans l'Eglise. Les gens viennent l'exprimer ici », note tel Père qui cite les divorcés-remariés, les problèmes autour de l'avortement...

La basilique sobre aux voûtes grises et blanches est désormais placée sous le regard d'un somptueux Christ Pantocrator d'Arcabas, artiste contemporain. Le dernier soir, on se passe la lumière de loupiote en loupiote, pour la procession aux flambeaux, si attendue. En car, en famille, ou à pied, chacun reprend sa route le coeur et la mémoire emplis de ces échanges, médités en arpentant le mont Gargas qui domine le sanctuaire, de ce recueillement, de ces tête à tête avec la Vierge, dérobés au petit matin.

Les mots de la Vierge en larmes

La Vierge, à La Salette, est apparue à deux petits bergers dans un « globe de feu », vêtue à la paysanne, couronnée de roses, portant les outils de la Passion, parlant leur propre langage. Elle s'est située en « fille d'Israël », dans la tradition des Prophètes et, en larmes, a invité ceux qui l'aiment à suivre son Fils. Consciente des dures réalités de l'époque (famines, guerres, etc.), elle appelle, avec insistance, à la conversion, en proposant des repères : la prière, la messe dominicale, le Carême. Peu de miracles, plutôt des conversions."

 

A titre indicatif, car ce pèlerinage est peu connu, il est intéressant de signaler que nombre des saints, de pasteurs, d'écrivains ou autres ont été marqués par le message de la Salette ; par exemple, Don Bosco, le curé d'Ars, le Père Eymard, Mgr Dupanloup, Louis Veuillot, Paul Verlaine, Léon Bloy, Joris-Karl Huysmans, Jacques et Raïssa Maritain, Ernest Psichari, Paul Claudel, Charles Péguy, Georges Bernanos, François Mauriac, Stanislas Fumet, Louis Massignon, Robert Schumann, le cardinal Martini, le peintre Arcabas...

Il faut noter que la dimension missionnaire est très présente dans ce message. D'ailleurs, il en est né deux congrégations missionnaires : les Missionnaires de la Salette, qui sont 950, présents dans 32 pays, et dont le supérieur général est italien ; et les Soeurs de la Salette, qui sont 230, originaires d'un certain nombre de nations également, et présentes dans 11 pays.


mardi 29 septembre 2020

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2464 : Le Testament spirituel du Père Christian de Chergé

 A l'occasion du décès récent de Michael Londsale et pour lui rendre hommage, la Cinq a été bien inspirée de nous offrir hier soir lundi le film magnifique "Des hommes et des dieux".

J'y vois plus qu'une coïncidence par rapport au procès en cours suite aux attentats de janvier 2015.

Dans ce film en effet, réalisé, rappelons-le, par un metteur en scène non croyant, Xavier Beauvois, on est loin d'une conception terroriste de l'histoire, "pleine de bruit et de fureur" - comme le dit Shakespeare dans "Macbeth" - "écrite par un idiot".

En effet, pour reprendre une image du philosophe Kant, tandis que les animaux, pour s'affronter, usent de leurs griffes ou poussent des hurlements, les hommes, ici, en l'occurrence les moines de Tibhirine, n'usent quant à eux que de leur raison éclairée, de leur sens de la Fraternité, de leur amour du monde de l'Islam au milieu duquel ils vivent  et de leur Foi au Dieu Unique.

Témoin le texte marquant que représente le Testament spirituel du Père Christian de Chergé.


QUAND   UN   A-DIEU  S'ENVISAGE ...

S’ il m’arrivait un jour – et ça pourrait être aujourd’hui – d’être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j’aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille se souviennent que ma vie était DONNÉE à Dieu et à ce pays.

Qu’ils acceptent que le Maître unique de toute vie ne saurait être étranger à ce départ brutal.

Qu’ils prient pour moi : comment serais-je trouvé digne d’une telle offrande ?

Qu’ils sachent associer cette mort à tant d’autres aussi violentes, laissées dans l’indifférence de l’anonymat.

Ma vie n’a pas plus de prix qu’une autre.
Elle n’en a pas moins non plus.
En tout cas, elle n’a pas l’innocence de l’enfance.

J’ai suffisamment vécu pour me savoir complice du mal qui semble, hélas, prévaloir dans le monde, et même de celui-là qui me frapperait aveuglément.

J’aimerais, le moment venu, avoir ce laps de lucidité qui me permettrait de solliciter le pardon de Dieu et celui de mes frères en humanité, en même temps que de pardonner de tout cœur à qui m’aurait atteint.

Je ne saurais souhaiter une telle mort.
Il me paraît important de le professer.

Je ne vois pas, en effet, comment je pourrais me réjouir que ce peuple que j’aime soit indistinctement accusé de mon meurtre.

C’est trop cher payer ce qu’on appellera, peut-être, la « grâce du martyre » que de la devoir à un Algérien, quel qu’il soit,surtout s’il dit agir en fidélité à ce qu’il croit être l’islam.

Je sais le mépris dont on a pu entourer les Algériens pris globalement.
Je sais aussi les caricatures de l’islam qu’encourage un certain islamisme.

Il est trop facile de se donner bonne conscience en identifiant cette voie religieuse avec les intégrismes de ses extrémistes.

L’Algérie et l’islam, pour moi, c’est autre chose, c’est un corps et une âme.
Je l’ai assez proclamé, je crois, au vu et au su de ce que j’en ai reçu, y retrouvant si souvent ce droit fil conducteur de l’Évangile appris aux genoux de ma mère, ma toute première Église, précisément en Algérie et, déjà, dans le respect des croyants musulmans.

Ma mort, évidemment, paraîtra donner raison à ceux qui m’ont rapidement traité de naïf, ou d’idéaliste :
« Qu’il dise maintenant ce qu’il en pense ! »
Mais ceux-là doivent savoir que sera enfin libérée ma plus lancinante curiosité.

Voici que je pourrai, s’il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec Lui ses enfants de l’islam tels qu’Il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruits de Sa Passion, investis par le don de l’Esprit dont la joie secrète sera toujours d’établir la communion et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences.

Cette vie perdue, totalement mienne, et totalement leur,
je rends grâce à Dieu qui semble l’avoir voulue tout entière pour cette JOIE-là, envers et malgré tout.

Dans ce MERCI où tout est dit, désormais, de ma vie, je vous inclus bien sûr, amis d’hier et d’aujourd’hui, et vous, ô amis d’ici, aux côtés de ma mère et de mon père, de mes sœurs et de mes frères et des leurs, centuple accordé comme il était promis !

Et toi aussi, l’ami de la dernière minute, qui n’auras pas su ce que tu faisais.
Oui, pour toi aussi je le veux ce MERCI, et cet « À-DIEU » envisagé de toi.
Et qu’il nous soit donné de nous retrouver, larrons heureux, en paradis, s’il plaît à Dieu, notre Père à tous deux.
Amen ! Inch’ Allah.

ALGER, 1er DÉCEMBRE 1993
TIBHIRINE, 1er JANVIER 1994