Une de mes grandes amies, Jeanne, une ancienne paroissienne de Montaigu lorsque j'étais curé-doyen là-bas au siècle dernier, fête aujourd'hui ses 101 ans. La fête ne sera peut-être pas aussi ample que l'an passé à l'occasion de ses 100 ans, mais ça va quand même chauffer ! Car cette personne fait l'admiration, non seulement de ses proches, mais aussi, de tous ceux qui l'approchent ou ont le bonheur de la rencontrer. Il faut dire que c'est un sapré tempérament ; elle n'a rien d'une vieille en tout cas. Voici, à titre d'exemple, quelques échos de notre dernier échange :
"Ah ! Si on m'avait dit que j'irais jusqu'à 100 ans et au-delà, je ne l'aurais pas cru ! A présent, je ne sais pas jusqu'où je vais aller, mais je suis prête ! Je fais front ! J'ai la chance d'avoir encore toute ma tête et de pouvoir me déplacer. Parfois, certains pensent que, à force, je dois trouver le temps long, et que je dois m'ennuyer... Ils s'imaginent...Les pauvres, s'ils savaient ! En fait, je ne fournis pas. Je suis occupée à plein temps, du matin au soir. Entre les coups de fil, la lecture de "Ouest-France", du "Pélerin", de la première à la dernière ligne - j'aime bien être au courant de tout - mes affaires à mettre en ordre, mes papiers à classer, mon petit café, mes temps de prière, les quelques visites possibles, le courrier, qui traîne toujours un peu... etc. Pas le temps de regarder la télé ! Et je ne vois pas les jours passer ! Quand je dis tout ça aux gens, ils sont sidérés ! (large éclat de rire plein de malice)
Par contre, ce que j'ai de la peine à comprendre, c'est qu'il y en a, dans l'établissement, qui sont toujours en train de geindre, de se plaindre, de critiquer, de se lamenter. Beaucoup s'ennuient, et démoralisent les autres. On ne les voit jamais sourire ; leur figure est renfrognée. Et malheureusement, beaucoup n'ont plus leur tête... Pourquoi eux et pas moi ? Se sont-ils laissés aller, n'ont-ils pas su réagir, ni trouver à s'occuper ? Quel dommage !
En tout cas, moi, je suis détachée des biens de ce monde. On nous demande si on veut être vaccinés. Pourquoi pas ? Moi, je m'en fiche complètement. J'ai déjà bien vécu, je ne peux pas demander plus. Mais si ça peut aider à éviter le virus, pourquoi pas ? En tout cas, je vous donne trois messes à célébrer pour la famille ; priez pour moi."
Et vous, que devenez-vous ? Ah, les prêtres, vous êtes très pris ! C'est bien de penser à aller voir les résidents dans les Ehpad. Mais vous avez surtout à vous occuper des vivants, des personnes plus jeunes, qui ont davantage besoin de vous que nous les anciens ; avec tous les soucis des gens aujourd'hui, il faut que vous puissiez les aider." (là, on retrouve la personne qui a joué un grand rôle dans sa paroisse auparavant : caté, engagement pastoral, aide au presbytère, etc.)
Autant dire que cela fait grand bien de rencontrer de telles personnes, du genre du vieillard Siméon, ou de la prophétesse Anne (Luc 2/22-40), capables de dire comme eux : "Maintenant, Seigneur, je peux partir en paix, car j'ai vu ton Salut !"
Et quelle magnifique illustration de cette belle réflexion du peintre Henri Matisse : "On ne peut pas s'empêcher de vieillir, mais on peut s'empêcher de devenir vieux !"
Un peu de musique à présent...