Ce mardi 23 avril, après sept mois de débats intenses, le projet de loi ouvrant le mariage et l'adoption aux couples de même sexe a été adopté par l'Assemblée nationale par 331 voix contre 225. Face à cette évolution (révolution), certains se réjouissent, tandis que d'autres pleurent : rien d'étonnant ! Cependant, ce qui me surprend, de la part de chrétiens convaincus surtout, c'est le grand sentiment de peur qui s'est emparé d'eux, tous ces derniers mois, face à cette loi Taubira.
Bien sûr, je comprends que les uns soutiennent cette loi, et ils ont leurs raisons ; je comprends aussi que cette nouvelle loi puisse en plonger d'autres dans un abîme d'incertitude face à l'avenir. Mais ce que j'ai de la peine à saisir, c'est cette crainte immense de 55% des catholiques (mais que valent ces sondages ?) vis-à-vis des conséquences, fussent-elles incalculables, de cette loi. J'ai comme l'impression que tout un pan de l'Église en est resté au vendredi-saint, en oubliant que Jésus est ressuscité, et qu'il nous répète à peu près chaque dimanche, comme jadis à ses apôtres : "La paix soit avec vous !" Mais où est-elle donc, cette paix profonde qui fait que, face aux contradictions ou aux obstacles rencontrés, l'on peut cependant demeurer pleins d'espérance.
L'on cite et l'on recite sans cesse, dans l'Église, et parfois au-delà, le fameux appel de Jean-Paul II, repris lui-même de la Bible : "N'ayez pas peur !" Mais l'on ne cesse d'agiter devant nous le spectre d'une déchéance de l'humanité, témoin cette réflexion entendue fréquemment : "Si l'on veut déchristianiser notre pays, le mariage pour tous, il n'y a pas mieux." Encore la peur ! Mais est-ce que ce qui se passe en Syrie n'est pas en train de tuer notre humanité, et de façon bien plus dramatique encore ? Et que penser des homosexuels qui se font tabasser ? D'abord, comment sont-ils reçus dans nos familles et nos églises ? Dans un tout autre contexte, que deviennent les familles déplacées pour cause de guerre ou de famine, au Congo ou au Soudan et en avons-nous le souci au point de faire une manif pour tous en leur faveur ? Etc., etc.
Plus grave, je me demande parfois : combien d'années faudra-t-il à présent, en France, pour restaurer l'image de l'Evangile, sans parler de la confiance en l'Église, dans la tête d'un certain nombre de nos concitoyens, qui auront retenu - à tort, je l'espère - l'image d'une communauté chrétienne voulant imposer à l'ensemble de notre pays ses fois et son dogme ? Or, soyons réalistes : le temps de l'empereur catholique Constantin est bien dépassé, et il ne faut plus attendre que les lois civiles défendent forcément notre conception de l'homme.
Face à ce qui ne nous convient pas, l'intransigeance, le manque d'empathie, la peur de l'attitude de l'autre, le pessimisme, le déni, de quelque bord que ce soit, est-ce que ce sont des qualités évangéliques ? Notre attitude, que l'on soit d'accord ou non avec le mariage pour tous, tout en exprimant nos convictions et en les fondant, va-t-elle permettre à l'autre, différent de moi, de se sentir écouté, compris, respecté, aimé, et du Christ et des autres ?
Par contre, et je l'ai déjà expliqué sur ce blog, le plus grand service que les catholiques puissent rendre à la société française, c'est bien de lui présenter au jour le jour, dans chaque ville, quartier, village ou famille, le visage de couples qui se battent pour rester unis, de mariages homme-femme qui donnent envie de vivre le même bonheur : le témoignage, humble et modeste de la joie de vivre un amour inspiré de l'Evangile.
Faisons un grand travail sur nous-mêmes d'abord, et arrêtons de donner l'image d'un "catholicisme intransigeant", pour reprendre la formule de Mgr Dagens utilisée dans "La Croix" de ce lundi 22 avril. Comme il l'explique en effet, "certains, qui se méfient des religions, doivent se réjouir en sourdine de voir la figure du catholicisme aujourd'hui se confondre avec ce courant offensif (... Or) ce n'est plus de calculs politiques que nous avons besoin, c'est du courage d'être nous-mêmes, des disciples et des témoins de Celui qui est venu pour "chercher et sauver ce qui était perdu" (Luc 19/10) et aussi pour "réunir les enfants de Dieu dispersés" (Jean11/52), et non pour les combattre ou s'opposer à eux !
Et si l'on entamait enfin le grand combat de l'Espérance pour tous ? Et si l'on entamait une mobilisation plus forte encore en faveur de la fraternité pour tous, de l'espérance pour tous, du respect de tous ? Sous le regard bienveillant du Bon Pasteur qui chérit tous ses enfants pareillement, y compris ceux qui pensent le contraire de nous et de ce que pense "l'Eglise" ?
En tout cas, et c'est ma conviction profonde de pasteur responsable de tous, des pour comme des contre, tant que l'Eglise sera perçue comme cherchant à contrôler la société, à faire passer ses conceptions, si bonnes soient-elles, c'est sûr, le message de l'Evangile, lui, ne passera pas. Et alors, combien de temps faudra-t-il pour rattraper cela ???
Je nous en souhaite !
Frères et soeurs, Paix à vous !
mardi 23 avril 2013
Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 1.664 : L'Espérance pour tous !
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Olivier Gaignet
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21:59
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lundi 22 avril 2013
Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 1.663 : Prière pour les oiseaux
Dominique de B., habitué de ce blog et de ses commentaires, vient de me faire parvenir, comme il me l'écrit, "cette belle prière qu'aurait pu écrire François, le nôtre ou celui d'Assise, pour fêter le retour du printemps." Je suis heureux de la partager avec vous cette prière originale d'un pasteur protestant : elle va aussi nous inviter à regarder les oiseaux autrement !
Bon printemps, dans la lumière du Christ ressuscité !
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Olivier Gaignet
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08:47
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vendredi 19 avril 2013
Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 1.662 : "C'est un autre qui te mettra ta ceinture !"
Il y a quelques jours, tandis que je roulais tranquillement au volant de ma vieille C3, tout à coup, je me suis aperçu que ma ceinture de sécurité s'était détachée. Il me semblait pourtant bien l'avoir accrochée. J'ai essayé de la remettre, mais sans succès. Je suis alors passé au garage, où l'on m'a confirmé que, cas rarissime, jamais rencontré dans ce garage en tout cas, le système de fixation n'avait pas tenu. Cela m'a inquiété ! Et si alors j'avais eu un accident ? La ceinture n'était plus là pour me protéger !
M'est revenue alors en mémoire cette phrase de l'évangile de dimanche dernier, vous savez, celle où Jésus déclare à Pierre : "Quand tu étais jeune, tu nouais ta ceinture et tu allais où tu voulais ; lorsque tu seras devenu vieux, tu étendras les mains et c'est un autre qui nouera ta ceinture et te conduira là où tu ne voudrais pas aller." (Jean 21/18)
Hier, tandis que le mécano me fixait une nouvelle ceinture, je me disais que, effectivement, il y a plein de choses que l'on voudrait pouvoir faire, mais que, surtout avec l'âge et l'usure du temps, pour nos pauvres carcasses comme pour cette voiture, nous sommes un peu fragilisés. Cela, il faut accepter de le reconnaître ; et rien ne sert de pester contre les outrages du temps !
Comme on dit souvent alors, il faut faire avec ! Cela ne veut pas dire : ne rien faire du tout ! Mais, modestement, continuer à avancer, à espérer, à créer, à aimer, comme si l'on avait l'éternité devant nous ; et c'est bien le cas, justement !
"Jésus parlait ainsi... Et après cette parole, il dit à Pierre : "Suis-moi !" (Jean 21/19)
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Olivier Gaignet
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09:42
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mercredi 17 avril 2013
Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 1.661 : "Je suis catéchiste grâce à mon père !"
Si vous êtes engagé, que ce soit dans l'Église ou dans la société, c'est grâce à qui ? Qui a déposé en vous cette envie, ce désir de servir vos frères ? Comment avez-vous pris conscience de la nécessité de donner de vous-même à une belle cause ? Dans une société que l'on accuse souvent d'être individualiste, j'ai été très touché par la réflexion de cette catéchiste expliquant qu'elle n'était pas forcément très pratiquante, ni très engagée, mais que, lorsque son père est décédé, elle a pris conscience d'un certain nombre de choses : ce père qu'elle aimait tant, avait lui-même été très engagé dans l'Église. Tout cela lui est revenu, lui est apparu de façon plus lumineuse encore, lorsqu'il a quitté cette terre. Finalement, c'était merveilleux, tout ce qu'il avait fait, de son mieux, au service de l'Evangile, avec ce qu'il était, tout simplement. Quel patrimoine fantastique ! Quel exemple de don de soi ! Impossible de laisser dépérir un tel engagement ! Et si, être fidèle à la mémoire du papa, cela consistait à marcher sur ses pas, à maintenir allumé le flambeau du service des autres, tout simplement ?
Notre amie s'est donc engagée dans la catéchèse, elle a repris goût aux choses de Dieu, elle s'est mise au service des familles des autres, des enfants en marche vers le Seigneur. Et pour elle, on la sent rayonnante, ce n'est que du bonheur. Je pensais en moi-même : son père doit être fier d'elle, et Dieu aussi, et nous également.
Merci à tous ceux et celles qui nous ont permis de ne pas nous contenter de penser à nous seulement, d'en rester à maudire les autres et à ronger notre frein replié sur nous-même ! Alors en effet, "bonjour tristesse" et adieu le bonheur !
Et si on faisait la liste de ceux qui nous ont tiré ainsi vers le haut ?
Et si on leur faisait savoir que c'est grâce à eux si l'on a un peu progressé ?
C'est aussi cela, le printemps, le vrai printemps !
De jolis bourgeons, de belles fleurs et de splendides fruits...
Merci Seigneur !
Publié par
Olivier Gaignet
à
08:47
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mardi 16 avril 2013
Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 1.660 : Les "silences" de Saul de Tarse
On dirait que la liturgie le fait exprès !
Dimanche, je vous disais que Jésus avait choisi Pierre pour bâtir sur lui son Église, alors que le silence de Pierre avait été flagrant lors de la passion et de la mort de Jésus.
Ce matin, la première lecture de la liturgie de ce jour nous signale que, lors du martyre d'Etienne, "les témoins avaient posé leurs vêtements aux pieds d'un jeune homme appelé Saul... Tandis qu'ils le lapidaient..." (Actes 7/58-59) Le texte se termine ainsi : "Saul, lui, étaient de ceux qui approuvaient ce meurtre." (Actes 8/1)
Cet événement a d'ailleurs beaucoup marqué Paul, ainsi qu'il le confirme lui-même : "Lorsque le sang d'Etienne, ton témoin, a été répandu, moi aussi j'étais là, j'approuvais ses meurtriers et je gardais leurs vêtements." (Actes 22/20)
Je reviens sur ce fait car un certain nombre de personnes, croyantes ou non, sont mal à l'aise par rapport au passé du pape François, qui aurait été trop silencieux face à la junte au pouvoir en Argentine, à ses tortures et à ses exactions. Mais alors, Pierre et Paul, les colonnes de l'Eglise ??? Jésus n'a-t-il pas fait une erreur de casting en s'appuyant sur des témoins qui l'avaient trahi ou combattu ?
En même temps, je crois important de rappeler certains faits. Familier des bidonvilles, le cardinal Bergoglio dénonçait le mensonge social et la dérive morale des Kirchner, à la présidence de la République. En 2005, ceux-ci avaient donc entrepris de salir l'image du cardinal : ils avaient poussé un de leurs satellites, le journaliste Horacio Verbitsky, à lancer la rumeur d'une complicité entre Bergoglio et la dictature militaire des années 1976-1983. Verbitsky fabriqua un livre qui accusait non seulement Bergoglio, mais aussi Paul VI, et qui affirmait que le futur cardinal - alors supérieur des jésuites en Argentine - avait livré deux de ses religieux aux tortionnaires de la junte. Le grief était peu vraisemblable... L'un des deux jésuites (l'autre étant mort en 2000) a démenti l'affaire. Ce démenti allait être complété par le témoignage de deux personnalités de gauche : l'écrivain et Prix Nobel Adolfo Pérez Esquivel, soulignant que Bergoglio ne collaborait pas avec la dictature ; et l'avocate de gauche Alicia Oliveira, clandestine pendant les années noires, témoignant des risques que prenait Bergoglio pour la soutenir - ainsi que d'autres militants traqués par le régime, qui se sont exprimés entre autres dans le journal "Le Monde". Maître Oliveira ajoutera qu'elle était l'avocate de Verbitsky jusqu'en 2006, mais qu'elle a alors rompu avec lui, jugeant son livre indéfendable.
Avec l'élection de François, la rumeur a fait la une de la presse européenne durant quelques jours, jusqu'à ce que les journalistes découvrent ces témoignages en faveur du pape. Témoin cet aveu du journal "Libération" le 19 mars dernier : "Les soupçons de collaboration de Bergoglio avec la dictature semblent se dissiper."
Il y a deux mille ans comme aujourd'hui, ainsi vont les choses, étrangement !
Publié par
Olivier Gaignet
à
11:54
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