Cela fait presque une semaine que je n'ai pas proposé de billets, mais tout de suite, certains d'entre vous se sont inquiétés, se posant des questions sur ma santé. C'est très gentil à eux, et je suis très touché de votre attention ! Pour le dire vite, je ne peux vous cacher que je suis très fatigué, mais rien que de plus normal, après le gros coup que j'ai subi sur le crâne ! Les toubibs m'ont dit que j'en avais encore pour quelques mois avant de retrouver la forme, si je la retrouve ! Mais je ne me plains pas, si heureux d'être sorti de l'hôpital sur mes deux pieds. J'ai eu beaucoup de chance, grâce au soutien de votre amitié et de vos prières !
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"De voir ce que je vois, je ne peux plus prier !" La réflexion de cette dame m'a beaucoup interrogé. Dans nos familles, nos paroisses, notre Eglise et dans l'ensemble du monde, les choses vont trop souvent si mal qu'il y a de quoi désespérer ! On a l'impression qu'il faut avoir une sacrée force d'âme pour pouvoir continuer à avancer. L'on se trouve dans ce que Albert Camus appelait 'l'inespoir". Je repense souvent à ces paroles de Jésus nous invitant à ne pas fuir la réalité et à garder la foi. Vous connaissez ces textes, mais je me permets de vous rappeler ce qui nous est dit en Luc 21/7-36 :
"Prenez garde de ne pas vous laisser égarer... Quand vous entendrez parler de guerres, ne soyez pas effrayés... On se dressera nation contre nation... Il y aura de grands tremblements de terre... Sur la terre, les nations seront dans l'angoisse... Tandis que les hommes défailleront de frayeur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde... Quand ces événements commenceront à se produire, redressez-vous et relevez la tête, car votre délivrance est proche... Restez éveillés dans une prière de tous les instants, pour être jugés dignes d'échapper à tous ces événements à venir et de vous tenir debout devant le Fils de l'homme."
Jésus ne nous a pas caché la triste réalité, et ses paroles collent exactement à ce que nous vivons, comme si elles avaient été prononcées pour nous, en ce début du XXIème siècle. La feuille de route proposée aux chrétiens est claire, et il nous faut prendre le temps de la lire, de la relire, de la méditer, de la digérer. Impossible de passer à côté !
Mais nombre d'entre nous se disent : nous avons prié, longuement, et avec foi, mais rien n'a changé ! Le mal avance, il semble progresser sans cesse, et Dieu paraît absent... C'est une question que tout le monde se pose un jour ou l'autre. Il n'y a pas d'autre solution que de se remettre devant le Seigneur, dans la main de notre Sauveur. Il en va de la qualité de notre relation avec Dieu. L'on peut tout à fait comprendre que le mal dont nous sommes témoins puisse nous conduire à nous poser des questions quant à la présence et l'action de Dieu. Mais quel temps donnons-nous à notre rencontre avec notre Créateur ? Lui donnons-nous la possibilité d'éclairer notre route ?
Il nous faut retrouver ce que Bernanos appelait "l'espérance violente des matins". En évitant de tomber dans la désillusion vis-à-vis de l'avenir, ce qui serait le signe d'une société fatiguée, en état de démission. Comme le disait la jeune juive Etty Hillesum : "nous avons tout en nous : Dieu, le ciel, la vie, la lumière, et pas seulement l'enfer et la mort". Elle ajoutait : "nous avons le droit de souffrir, non de succomber à la souffrance." Cette jeune Juive, à Auschwitz, ne s'est pas lamentée sur son sort, n'a pas maudit ses bourreaux, ni désespéré. Elle disait : "J'élève la prière autour de moi, comme un mur protecteur."
Méditons ce à quoi nous appelle le pasteur Bonhoeffer : "Qui croit au Christ ne peut dire que le monde est perdu et séparé du Christ (...) Il faut suivre le Christ dans l'ambiguïté, dans un monde opaque, où le bien est mêlé au mal...
Si l'on ne peut plus prier, il nous reste l'action... D'autant plus que nous ne sommes pas dans l'univers pour gémir sur ce qui ne va pas ni pour le subir, mais pour le transformer. Soyons dignes de nous tenir debout devant le Fils de l'homme !