Bienvenue !

Vous avez des choses à dire...
Vous vous posez des questions, pour donner un sens à votre vie...
Vous cherchez un espace d'échange convivial pour exprimer ce que vous ressentez...
Vous attendez des réponses à vos questions...


...Alors, en réponse à vos attentes, Olivier Gaignet vous propose de vous exprimer librement.
Ici, tout pourra être dit dans les limites de la courtoisie et du respect mutuel.

Merci d'avance de votre participation.


Depuis novembre 2007, Olivier Gaignet partage sur son blog ses réflexions sur Dieu et sur l’Eglise. bien sûr,
mais aussi sur la marche du monde. Il nous invite à réfléchir à des thèmes aussi essentiels que : notre société, les autres religions,
la télé, la politique, l’art, sans oublier ses propres paroissiens.
Les billets des cinq premières années (de novembre 2007 à septembre 2012 )ne figurent plus sur ce blog. Pour les consulter, se référer aux cinq volumes intitulés: "Ma paroisse.com", que vous pouvez vous procurer en envoyant un mail à : olivier.gaignet@yahoo.fr



dimanche 30 mars 2025

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 3058 : "De voir ce que je vois, je ne peux plus prier !"

 Cela fait presque une semaine que je n'ai pas proposé de billets, mais tout de suite, certains d'entre vous se sont inquiétés, se posant des questions sur ma santé. C'est très gentil à eux, et je suis très touché de votre attention !  Pour le dire vite, je ne peux vous cacher que je suis très fatigué, mais rien que de plus normal, après le gros coup que j'ai subi sur le crâne ! Les toubibs m'ont dit que j'en avais encore pour quelques mois avant de retrouver la forme, si je la retrouve !  Mais je ne me plains pas, si heureux d'être sorti de l'hôpital sur mes deux pieds. J'ai eu beaucoup de chance, grâce au soutien de votre amitié et de vos prières !

                                                                    =o=o=o=

"De voir ce que je vois, je ne peux plus prier !"  La réflexion de cette dame m'a beaucoup interrogé. Dans nos familles, nos paroisses, notre Eglise et dans l'ensemble du monde, les choses vont trop souvent si mal qu'il y a de quoi désespérer !  On a l'impression qu'il faut avoir une sacrée force d'âme pour pouvoir continuer à avancer. L'on se trouve dans ce que Albert Camus appelait 'l'inespoir". Je repense souvent à ces paroles de Jésus nous invitant à ne pas fuir la réalité et à garder la foi.  Vous connaissez ces textes, mais je me permets de vous rappeler ce qui nous est dit en Luc 21/7-36  :

"Prenez garde de ne pas vous laisser égarer...  Quand vous entendrez parler de guerres, ne soyez pas effrayés... On se dressera nation contre nation... Il y aura de grands tremblements de terre... Sur la terre, les nations seront dans l'angoisse... Tandis que les hommes défailleront de frayeur dans la crainte des malheurs arrivant sur le monde...  Quand ces événements commenceront à se produire, redressez-vous et relevez la tête, car votre délivrance est proche... Restez éveillés dans une prière de tous les instants, pour être jugés dignes d'échapper à tous ces événements à venir et de vous tenir debout devant le Fils de l'homme."

Jésus ne nous a pas caché la triste réalité, et ses paroles collent exactement à ce que nous vivons, comme si elles avaient été prononcées pour nous, en ce début du XXIème siècle. La feuille de route proposée aux chrétiens est claire, et il nous faut prendre le temps de la lire, de la relire, de la méditer, de la digérer.  Impossible de passer à côté !

Mais nombre d'entre nous se disent : nous avons prié, longuement, et avec foi, mais rien n'a changé !  Le mal avance, il semble progresser sans cesse, et Dieu paraît absent... C'est une question que tout le monde se pose un jour ou l'autre.  Il n'y a pas d'autre solution que de se remettre devant le Seigneur, dans la main de notre Sauveur.  Il en va de la qualité de notre relation avec Dieu.  L'on peut tout à fait comprendre que le mal dont nous sommes témoins puisse nous conduire à nous poser des questions quant à la présence et l'action de Dieu.  Mais quel temps donnons-nous à notre rencontre avec notre Créateur ?  Lui donnons-nous la possibilité d'éclairer notre route ?

Il nous faut retrouver ce que Bernanos appelait "l'espérance violente des matins".  En évitant de tomber dans la désillusion vis-à-vis de l'avenir, ce qui serait le signe d'une société fatiguée, en état de démission.  Comme le disait la jeune juive Etty Hillesum : "nous avons tout en nous : Dieu, le ciel, la vie, la lumière, et pas seulement l'enfer et la mort".  Elle ajoutait : "nous avons le droit de souffrir, non de succomber à la souffrance."  Cette jeune Juive, à Auschwitz, ne s'est pas lamentée sur son sort, n'a pas maudit ses bourreaux, ni désespéré.  Elle disait : "J'élève la prière autour de moi, comme un mur protecteur."

 Méditons ce à quoi nous appelle le pasteur Bonhoeffer : "Qui croit au Christ ne peut dire que le monde est perdu et séparé du Christ (...)  Il faut suivre le Christ dans l'ambiguïté, dans un monde opaque, où le bien est mêlé au mal...

Si l'on ne peut plus prier, il nous reste l'action... D'autant plus que nous ne sommes pas dans l'univers pour gémir sur ce qui ne va pas ni pour le subir, mais pour le transformer.  Soyons dignes de nous tenir debout devant le Fils de l'homme !

 

 

lundi 24 mars 2025

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 3057 : Un Carême prenant en compte trois grands défis actuels

Chacun de nous, à sa façon, s'est engagé dans ce temps de Carême avec des pistes précises, dans le but d'avancer vers Pâques avec un coeur purifié : se donner des temps de prière réguliers, jeûner d'une certaine façon, et pas seulement sur le plan alimentaire, s'engager davantage au service des autres, par exemple dans l'attention à chacun selon ses besoins, suivre quotidiennement les propositions de certaines "retraites dans la ville", etc...

En réalité, rien que de très classique, et qu'il ne s'agit pas de remettre en cause. Mais en lisant le "Ouest-France" de ce lundi 24 mars, page 4, j'ai été très intéressé par un article de Marc Humbert, de l'université de Rennes, qui place notre société face à "trois terribles défis" : la technique, la vie sociale et l'écologie.

Il m'a semblé qu'en plus des voies classiques du Carême : chemins de croix, temps d'adoration, liturgie..., nous aurions tout à gagner pour élargir notre façon de nous préparer à la rencontre du Christ mort et ressuscité ; et cela, à partir des grands défis concernant non seulement l'Eglise, mais le monde dans lequel le Seigneur nous a placés. Ce serait, d'une certaine façon, renouveler, rajeunir, actualiser le sens du Carême ; et cela, davantage en lien avec la vie du monde actuel, auquel l'Eglise est souvent un peu étrangère, en fonctionnant seulement dans son domaine propre, et selon des habitudes un peu surannées.

1° piste : la technique. Une paroissienne m'a fait cette remarque :  "Je vous vois toujours avec votre portable ; vous devriez de temps en temps le fermer...Cela libèrerait votre esprit !"  Le progrès technique nous a beaucoup apporté, il ne faut pas le remettre en cause. Mais l'exemple du portable est symboliquement très fort : il risque de nous commander. Nous connaissons ses avantages ; mais, pendant ce temps de Carême, pouvons-nous prendre le temps de réfléchir sur ce qu'il est train de détruire dans notre façon d'être ?  Même question pour l'ordinateur, la télé, l'intelligence artificielle que nous pouvons déjà utiliser, et les autres médias...

2° piste  :  la vie sociale.  300 personnes seulement à la manif organisée dimanche soir à Paris suite à l'agression du rabbin d'Orléans, et dont, à 95%, seulement des Juifs. Un Français sur quatre reproche Gaza aux Juifs de France ; le mot "fraternité" a-t-il encore sa place sur le fronton de nos mairies ?  Même dans nos églises, l'on ne parle guère de nos "Pères dans la Foi".  Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond, ni dans notre société ni dans notre Eglise.  La dimension fraternelle, populaire, humaniste, n'a-t-elle pas disparu de nos discours et de notre vie d'Eglise, au profit d'un certain type de regroupement traditionnel, fait de piété et tournant le dos à l'humanisme ?  L'on vante à bon droit l'augmentation du nombre de catéchumènes et de demandes de baptême, mais ce dont on parle moins, c'est du fait que nombre de nouveaux baptisés abandonnent très vite la pratique dominicale catholique, contrairement à la fidélité que l'on remarque chez les Protestants Baptistes, en grande progression y compris aux Sables d'Olonne...

3° piste : l'écologie.  Quelques paroisses, en Vendée et ailleurs, se sont lancées sur le chemin de l'écologie : Talmont-St Hilaire, La Mothe-Achard, La Roche-sur-Yon et ailleurs.  Le pape François nous a fortement invités  à avancer sur cette question. Pouvons-nous profiter de ce temps de Carême pour avancer sur ce point ?  En parlons-nous en paroisse, entre chrétiens et avec nos voisins ? N'oublions pas que Jésus est allé au désert ; il y a passé 40 jours ; durant ce temps de recul, il s'est dépouillé de tout ce qui n'était pas essentiel.  Et cela lui a permis de résister au mal et de garder le cap sur sa Mission de Salut.

En ce milieu de Carême, il n'est pas trop tard pour compléter notre façon de vivre ce temps. Nous n'avons pas vraiment avancé, mais Dieu nous attend avec patience. Nous sommes semblables au figuier dont nous parlait l'évangile de ce dimanche. N'hésitons pas à remettre un peu de "fumier spirituel" au pied de l'arbre de notre vie, afin qu'il produise enfin de beaux fruits !

Ainsi qu'une autre paroissienne me l'a conseillé, "on oublie que l'Esprit-Saint nous donne les grâces pour vivre tout cela ; n'oublions pas l'Esprit-Saint, prions le chaque jour.  Pendant ce temps de Carême qui nous est donné, nous pouvons parvenir, avec l'aide de l'Esprit-Saint, à avancer vers Pâques, avec nos faiblesses et nos pauvretés, en nous mettant à nu devant le Seigneur et en le laissant nous guider."

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 A méditer, Isaïe 1/11-20  :

"Pourquoi tant de sacrifices en mon honneur, dit Yahvé ?  J'en ai assez des holocaustes.  Venez vous présenter devant moi. Arrêtez ces offrandes qui ne sont pas vraies !  Je suis dégoûté de l'encens. Lavez-vous, purifiez-vous.  Cessez de faire le mal et apprenez à faire le bien.  Cherchez la justice, faites droit à l'opprimé, faites justice à l'orphelin, défendez la veuve..."    Tout un programme, bien actuel !

 

 

dimanche 23 mars 2025

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 3056 : Un rabbin agressé à Orléans

 Ci-dessous, le message que j'ai envoyé à la synagogue des Sables d'Olonne, ainsi qu'au grand rabbin de France, Haïm Korsia, et aux amis Juifs du Pays des Olonnes.

Je suis quand même étonné de ce que les agressions contre les Juifs ne font pas tellement réagir le peuple français dans son ensemble. 

Pour nombre d'entre nous, défendre un Juif, c'est oublier Gaza.  Qu'est-ce que l'agression d'un rabbin en France a à voir avec le drame vécu par les Palestiniens ? Pour certains, l'on mélange tout et tout est lié.

Il est vrai que la situation n'est pas très simple !  Mais doit-on accepter de telles agressions chez nous ?

Trop de politiques attisent cette haine antisémite, ou n'osent pas se mouiller ; de plus, il n'y est guère fait allusion dans la vie et les discours et actions des paroisses catholiques.

A chacun de voir comment il peut se rendre solidaire de nos "frères aînés" dans la Foi ! 

                            Communiqué :

Comme vous, j'ai été sidéré par cette agression à Orléans, contre le rabbin Arié Engelberg, sous les yeux de son fils.
Frappé à la tête, mordu, en pleine rue, samedi.
La "bête immonde" est toujours vivante, y compris dans une certaine partie de la jeunesse de notre pays.
Il faut absolument déraciner cette haine, cet antisémitisme permanent et récurrent.
Va-t-on considérer cette agression, une fois de plus, comme un fait divers banal, et passer à autre chose ?
Désormais, je suis très limité au plan santé, mais j'assure nos frères et soeurs Juifs de mon profond soutien.
Ainsi que de la douleur et de la fraternité de nombreux Français.
Particulièrement aux Sables d'Olonne, de la part de l'association "Dialogue pour la Paix", bien que je ne parle pas en son nom.
Chers amis Juifs, je vous porte dans ma prière.
Et je souhaite que notre Eglise catholique ait toujours plus d'attention à la vie de la communauté juive, chez nous et au-delà !
En fidélité à ce psaume repris dans toutes les églises de la terre en ce dimanche :
"Le Seigneur fait oeuvre de justice, il défend le droit des opprimés..." (psaume 103/6)
Une belle feuille de route pour nous tous !
Olivier Gaignet

samedi 22 mars 2025

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 3055 : Où va notre Eglise catholique ?

 Sans cesse, j'entends des réactions par rapport à ce qui se passe dans de trop nombreuses paroisses en ce moment.  Je reçois de multiples confidences, de la part de personnes assez déçues vis-à-vis de l'évolution générale de l'Eglise catholique. Tels les sentiments de jeunes soignantes d'origine catholique, rencontrées pendant mon séjour à l'hôpital des Sables d'Olonne, qui ont fait le choix de rejoindre l'Eglise Baptiste des Sables d'Olonne, qu'elles sentent plus joyeuse, donnant plus de place aux jeunes, moins ancrée dans un certain rituel, obligatoire, triste et mal rénové.  Où se trouve l'Amour du Christ dans tout ça ?  La joie et le bonheur de vivre avec le Christ ?

Je vous livre des extraits d'un mail que je viens de recevoir à ce même sujet.  La paroisse en cause n'est ni Talmont ni les Sables d'Olonne. Cependant, l'important n'est pas de savoir d'où vient ce message, mais d'entendre ce cri de déception.  Vos réactions seraient les bienvenues, afin que nous puissions nous aider mutuellement !

Bonjour Olivier

En lisant vos derniers messages que je n'ai pas suivis depuis de nombreuses années, je m'aperçois que vous avez eu  des soucis de santé très préoccupants. J'ai compris que vous alliez mieux, j'en suis heureuse pour vous et vos proches.

Je prends ma plume parce que j'ai besoin  de vider mon sac, face à l'évolution de l'Eglise catholique que je ne comprends plus.

Chez moi, le curé actuel gère une paroisse élargie avec de nombreuses responsabilités et occupations diverses tous azimuts.

La communication, au journal, des infos concernant la paroisse, ne semble pas sa priorité : aussi après l'avoir sollicité deux fois pour des articles, j'ai abandonné. Lors des célébrations, il est extrêmement exigeant sur des points précis du rite, comme les gestes de recueillement au moment de l'offertoire ; mais le manquement à certains de ces gestes est-t-il plus important que la présence à la célébration elle-même ? A telle occasion (...), il a vertement incriminés certaines personnes, pour un geste non pratiqué par certains, des fidèles non habitués bien entendu. Je pourrais vous citer d'autres exemples qui me gênent beaucoup : pour moi, les rites sont au service du message de l'Evangile ; celui-ci étant premier.  "Le bon pasteur n'est-il pas en charge de la brebis égarée en premier, avant  de se préoccuper du troupeau qui suit son chemin sans dévier ?" 

Notre société perd la boule avec des responsables politiques qui nous abreuvent de mensonges (pas tous) et de discours de haine. Les chrétiens, dont le premier commandement, si je ne me trompe, c'est "Aimez-vous les uns les autres", ne doivent-ils pas se recentrer sur cet essentiel ?  Je vous assure que la pratique de nos amis de l'Eglise Réformée me semble plus juste et mieux adaptée à notre époque, avec un souci de lier davantage l'actualité, la société et le message évangélique. J'avoue que je suis plus sereine au milieu des protestants qu'en compagnie de certains catholiques actuels.

Comme vous le savez, nous avons fait des milliers de kilomètres sur les chemins de Saint Jacques. L'ouverture à l'autre, aux autres croyances et à ceux qui ne croient pas, on l'expérimente chaque jour en marchant ou en accueillant à notre maison. Amical souvenir.
 
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Billets les plus lus :
 
Je dispose d'un petit compteur personnel sur mon blog.
Les plus lus, et de très loin, depuis le 1° janvier 2025 jusqu'à ce jour : 
 
    -  Une vie bouleversée                    1° janvier
    -  Hommage aux soignants            18 janvier
    -  J'ai décidé de remarcher             23 janvier

mercredi 19 mars 2025

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 3054 : La société devrait se faire soigner à l'hôpital

 Notre société est malade ! Nous entendons cela tous les jours, et nous le ressentons profondément. Elle attrape un peu toutes les maladies ; elle est se trouve sans protection contre les nombreux maux qui nous assaillent. En faire la liste serait sans fin : le cancer de la haine, la paralysie de ses membres les plus influents, la sécheresse des coeurs face aux guerres et aux catastrophes, une mauvaise circulation du sang, un sang impur qui ne peut plus jouer son rôle, un vieillissement précoce de nos artères vitaux, des bras et des jambes cassés par la peur et l'inaction face à la montée des extrêmes, le fait d'être sans voix, aphone,  face au mal qui s'étend, le rejet des pauvres, des malades et des étrangers, etc...

En réunion dimanche dernier avec une équipe de réflexion, j'expliquais qu'à mon avis, la société aurait bien besoin de faire soigner ses AVC, ses pertes d'énergie et ses fragilités, comme on le fait à l'hôpital. L'on m'a demandé de faire un billet à ce sujet ; mais j'ai déjà en partie traité cette question à travers des billets que j'ai rédigés étant hospitalisé.  Cependant, je vais reprendre aujourd'hui cette même argumentation, en reprenant, en vrac, divers exemples auxquels j'ai été sensible, du fond de mon lit.

La société française s'est donné l'égalité comme une valeur suprême ; il n'en est rien. Par contre, à l'hôpital, cet idéal est mis en oeuvre et respecté. Un cadre hospitalier m'a expliqué que l'objectif, à l'hôpital, était bien de donner une valeur égale à chacun. J'ai pu constater, à mon niveau, que les soignants accordaient bien la même importance à chacun, quoiqu'il en soit de son attitude et de sa situation. Le même sourire, les mêmes soins, la même attention à mon voisin de chambre qui traitait certaines soignantes de "connasses" qu'au curé que j'étais, ou à cette femme paumée qui était toujours un peu perdue dans les couloirs, à la recherche de sa chambre, ou à l'unijambiste qui clamait sa désolation.

Personnellement, durant un mois et demi, j'ai vraiment cru que je finirais mes jours dans une petite charrette ; au vu de la société, y compris d'un service dans l'Eglise, j'avais conscience que je ne valais plus rien, que j'étais devenu un improductif total, inutile à la société.  J'avais conscience que l'on dépensait de l'argent pour me soigner, mais dans quel but ? N'aurait-il pas été préférable d'orienter cet argent vers des objectifs plus rentables ?  J'avais un peu honte d'être devenu un poids lourd au sein de la société...  Et pourtant, des personnes sans cesse prenaient soin de moi ; des médecins passaient me voir tous les jours, prenaient de leur temps précieux pour faire le point avec moi, me redonnaient courage et espérance. Et toute personne qui me visitait me permettait de retrouver de l'énergie.

Des personnes, extérieures à l'hôpital, me disaient que je n'avais pas d'autre perspective que d'aller me garer dans une maison de retraite, pour le restant de mes vieux jours ; mais les soignants avaient d'autres perspectives pour moi que de me mettre ainsi, d'emblée, au rencart ; j'entends encore ces deux médecins, après un tel type d'intervention, me "consoler" en me disant : "On va s'occuper de vous ; on ne va pas vous laisser partir comme ça ; on a, au 4° étage de l'hôpital, un petit centre de rééducation ; nous allons vous y transférer, et on verra ce qu'il est possible de faire avec vous."  Je signale que, lors de cet échange, j'étais toujours  dans mon lit, incapable de bouger d'un millimètre mon bras et ma jambe gauches.  C'était un pari risqué de la part des médecins, de me donner ma chance jusqu'au bout !

Je vous ai déjà dit que j'ai trouvé à l'hôpital quelque chose qui est très rare, tant dans l'Eglise qu'au sein de la société, cette valeur suprême qu'est le sourire gratuit, et le don de soi. On ne trouve cela ailleurs que trop rarement. C'est pour toutes ces raisons et bien d'autres que je souhaite profondément que la société s'inspire davantage de ce qui se vit d'humain dans les lieux de soins. Un immense merci à tous les soignants !

Grâce à ce séjour à l'hôpital, j'ai découvert que ce n'était pas qu'un lieu de maladie, de souffrance, de mort, de désespérance ni d'échec ; mais qu'il s'y vivait de la bonté, de la fraternité, de l'entraide, du soin, de l'espérance, de la lumière et une belle humanité !