Bienvenue !

Vous avez des choses à dire...
Vous vous posez des questions, pour donner un sens à votre vie...
Vous cherchez un espace d'échange convivial pour exprimer ce que vous ressentez...
Vous attendez des réponses à vos questions...


...Alors, en réponse à vos attentes, Olivier Gaignet vous propose de vous exprimer librement.
Ici, tout pourra être dit dans les limites de la courtoisie et du respect mutuel.

Merci d'avance de votre participation.


Depuis novembre 2007, Olivier Gaignet partage sur son blog ses réflexions sur Dieu et sur l’Eglise. bien sûr,
mais aussi sur la marche du monde. Il nous invite à réfléchir à des thèmes aussi essentiels que : notre société, les autres religions,
la télé, la politique, l’art, sans oublier ses propres paroissiens.
Les billets des cinq premières années (de novembre 2007 à septembre 2012 )ne figurent plus sur ce blog. Pour les consulter, se référer aux cinq volumes intitulés: "Ma paroisse.com", que vous pouvez vous procurer en envoyant un mail à : olivier.gaignet@yahoo.fr



lundi 14 novembre 2022

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2788 : Le ressenti d'une ancienne paroissienne face aux scandales

Bonsoir Olivier,

Je me permets de vous transmettre tel quel le message que je viens de recevoir d'une ancienne paroissienne, très active dans la vie de l'Eglise.

Si vous le souhaitez, vous pouvez aussi poster un commentaire, ou m'envoyer un mail à publier, sur ce sujet.

Cela pourra aider, soulager, éclairer d'autres lecteurs...  Merci à vous !              

 

  Comment vas-tu ? J'espère que ton problème de santé est résolu ou sur le point d'y être. C'est mon souhait le plus cher pour toi.    Merci encore pour tes billets si vivifiants, relatant l'actualité douloureuse de ces dernières semaines concernant notre Eglise en particulier Tu nous invites sans cesse au discernement. Oui, de tout cœur, merci !

                Comme beaucoup, j'ai très mal, j'ai honte, je suis choquée, je pense et je prie d'abord pour les victimes qui vivent un chemin de croix interminable pour la plupart. Des souffrances cachées qui brisent des vies. Quel supplice !

                Je suis stupéfaite des révélations concernant M. Santier, et J.P. Ricard, mais ma foi reste intacte, elle est même renforcée car je me tourne vers tous les prêtres intègres, qui se donnent sans compter au service de la mission, à qui je renouvelle ma confiance.

                 Qui suis-je pour juger ? Je suis pécheresse moi aussi et mes parents m'ont appris "A tout péché miséricorde " Dieu est Amour !  Je garde le positif de ce j'ai reçu de M. Santier tout en rejetant et condamnant fermement les faits dont il est coupable. Je prie pour lui, et tous ses confrères englués dans le mal qui a détruit tant de victimes., et qui déboussole bien des gens chrétiens ou pas... 

                Je demande à l'Esprit-Saint d'éclairer nos responsables de l'Eglise afin qu'elle se renouvelle. Vivre en vase clos est nocif ! L'opacité est mauvaise conseillère. En plus, il est temps de donner la parole à des personnes en dehors du cercle habituel de décisions. Des femmes en particulier. Nous sommes le Peuple de Dieu "Hommes et Femmes". Nous sommes complémentaires...

                Voilà simplement mon ressenti partagé avec toi. Je t'en souhaite bonne réception en t'assurant de mon amitié priante et fraternelle. 

                                          Vévette

 

jeudi 10 novembre 2022

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2787 : "Le règne de Dieu est au milieu de vous !" (Luc 17/21) Et l'Eglise ?

 En ce moment, nombre de catholiques se demandent si vraiment le règne de Dieu avance, avec tout ce que nous vivons.  Même s'il ne faut évidemment pas dire trop vite que les uns les autres sont des pharisiens, nous sommes un peu dans la position de ces pharisiens qui, dans l'évangile de ce jeudi (Luc 17/20-25), "demandent à Jésus quand viendrait le règne de Dieu ?" Car ils doutent fort de sa venue... La fin de l'évangile de ce jour dit aussi : "Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup, et qu'il soit rejeté par cette génération."  On a vraiment le sentiment que cette déclaration de Jésus est faite pour aujourd'hui, tandis que nous éprouvons comme une certaine absence de Jésus, fort douloureuse pour tous  !  Comme les pharisiens, nous sommes plongés dans un doute légitime, à vue humaine du moins !

Cependant, dans son message évangélique, Jésus dit aussi : "Voici que le règne de Dieu est au milieu de vous." (Luc 17/21)  Mais alors, si Jésus le dit, c'est que c'est vrai !  Et que, malgré les turpitudes et la désolation, le règne de Dieu est bien là ; Jésus ne nous a pas quittés...

Je disais cela ce matin aux participants à la messe en la chapelle de Bourgenay, dans le but de nous aider à garder confiance en l'avenir du l'Evangile et de l'Eglise. J'ai cité alors deux exemples :

-  lundi soir, avec l'équipe locale du Secours Catholique, composée de 20 à 25 personnes très motivées, nous avons passé plus de deux heures à partager nos rencontres avec des personnes en détresse, préparé la prochaine journée nationale du Secours Catholique, commencé à prévoir l'arbre de Noël pour les enfants des familles accompagnées, etc.   Le règne de Dieu était là !

- autre fait :  hier soir mercredi, rencontre du Conseil d'administration de notre association interreligieuse "Dialogue pour la Paix" sur le Pays des Olonnes. Avec des personnes venant du bouddhisme, du judaïsme, du protestantisme et du catholicisme.  Quand je vois ces personnes de différentes religions rechercher quelles initiatives prendre ensemble pour oeuvrer en faveur de la fraternité, il me semble aussi que le règne de Dieu est déjà là !

Comme disait l'écrivain et théologien protestant danois Kirkegaard : "Le salut marche invisible avec les affligés sur la route."  En conséquence, ne nous décourageons pas, et continuons à guetter, tout près de nous comme à travers le monde, les multiples signes de la présence et de l'avancée du règne de Dieu. C'est cela, une partie de notre travail de baptisés !

De toute façon, même après tous les crimes sexuels commis par des gens d'Eglise, n'oublions jamais cette supplique de Bernanos dans "Les Grands cimetières sous la lune" (1938).  Elle prend aujourd'hui tout son sens :

"L'Eglise, écrit-il, je ne la souhaite pas parfaite, elle est vivante.  Pareille aux plus humbles, aux plus démunis de ses fils, elle va clopinant de ce monde à l'autre monde ; elle commet des fautes, elle les expie, et qui veut bien détourner un moment les yeux de ses pompes, l'entend prier et sangloter avec nous dans les ténèbres."

samedi 5 novembre 2022

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2786 : Quel avenir pour l'Eglise ?

 Voici une réflexion très intéressante du Père Laurent Stalla-Bourdillon, aumônier des parlementaires, parue dans le journal "La Vie".

 

L’Église catholique de France, fragilisée par les révélations du rapport de la commission indépendante sur les abus sexuels (Ciase) n’échappera pas à un audit de ses modes de fonctionnement. Elle vient d’y consentir en adoptant, le 8 novembre 2021, des mesures courageuses et nécessaires au terme de l’Assemblée plénière des évêques de France réunis à Lourdes.

Ils y furent encouragés par la vaste réflexion synodale voulue par le pape François. Un chemin d’écoute et d’humilité pour se réorienter, sortir des impasses et se donner les moyens de remplir sa mission. Du recrutement de ses prêtres à leur formation, de la promotion à de hautes fonctions dans la hiérarchie ecclésiastique aux outils de contrôle, tout le système d’administration de l’Église catholique appelle un examen profond. Il en va de sa place dans un monde en pleine mutation qu’elle peine à rejoindre et à comprendre.

Interroger les procédures d'admission

Peut-être faut-il rappeler avant toute chose que, selon la foi chrétienne, l’Église catholique n’épuise pas à elle seule l’Église du Christ, c’est-à-dire son Corps ressuscité vivifié par l’Esprit saint, amour éternel source de vie éternelle. Bien qu’assombrie par des divisions et encore captive de logiques de pouvoir, d’autorité qui finissent par dégénérer en abus, l’Église demeure au service d’une espérance intacte dans et pour le monde, semée dans la vie de tous les baptisés.

Si plusieurs chantiers sont prévus, dont l’accompagnement du ministère des évêques et des prêtres, il faudra oser interroger les procédures d’admission, de suivi et de « promotion » du clergé catholique afin qu’elles ne relèvent plus d’une cooptation discrétionnaire. Tout membre du clergé « naît » au terme de décisions prises par des conseils selon des modalités qui restent inconnues en dehors du cercle restreint de ceux qui participent au choix.

Ce conseil demeure souvent constitué exclusivement d’hommes eux-mêmes déjà engagés dans le sacerdoce, de sorte que l’institution sélectionne son clergé sur des critères correspondant à la reproduction indéfinie d’un idéal établi. Si les évêques ont voté la participation d’au moins une femme au conseil de chaque séminaire avec droit de vote, qu’en sera-t-il de la nomination des évêques ?

La faible capacité de l’Église catholique à renouveler ses cadres la conduit à affecter les prêtres à des missions sans en préciser clairement les objectifs et sans s’assurer qu’ils présentent les conditions requises pour l’exercice des ministères qui leur sont confiés.

Lorsque prime le besoin d’assurer la continuité des activités, ce sont les compétences, acquises ou requises, qui cessent d’être correctement évaluées. En somme, l’absence criante d’anticipation des besoins et des moyens nourrit l’impression d’une gestion hasardeuse. Il n’y a pas de mal à ne pas avoir toutes les compétences, mais il est dangereux de ne pas le reconnaître.

Une relation verticale

Allons plus loin. Lorsque des prêtres sont appelés à l’épiscopat, leur gouvernance vient révéler leur personnalité, et malgré leurs qualités, leurs difficultés à user d’un pouvoir de décision très exclusif et selon des processus trop incertains quand ils existent. L’essentiel de la vie ecclésiale apparaît aujourd’hui trop concentré sur la relation verticale fondée sur l’évêque et son autorité.

Les trois charges d’enseigner, de sanctifier et de gouverner, qui sont la responsabilité de l’évêque selon le concile Vatican II, souffrent d’une lecture trop personnalisée et prive l'Église de précieuses collaborations. La centralité de l’autorité, doublée de l’obéissance religieuse qui lui est due, fait perdre en capacité d’analyse et augmente les risques.

Autrement dit, sans réel contre-pouvoir, l’autorité spirituelle se décline en autorité fonctionnelle, induisant une nouvelle confusion entre des ordres de natures différentes. Les attentes que suscite aujourd’hui le ministère épiscopal font peser sur les évêques une charge excessive au point d’épuiser leur capacité de rayonnement personnel.

Faire évoluer les pratiques

Les processus d’accès à la charge épiscopale méritent une attention particulière. Ne ressort-il pas d’un processus trop discrétionnaire et opaque pour être compris des fidèles ? Ceux-ci n’ont-ils pas un avis à donner sur celui qu’ils vont recevoir comme évêque ?

Après tout, les modes de désignation des évêques ne sont pas immuables. L’usage établi de dire que le pape nomme les évêques est et demeure une fiction. En vérité, le pape confirme un choix, résultant d’une sélection préalable, de prêtres qu’il ne connaît, sauf rares exceptions, pas du tout.

Pour marquer ces processus humains du sceau de la volonté divine, on nimbe l’appel à l’épiscopat du surnaturel. Le procédé n’est pas sans risque, car il déclasse la logique de l’écoute, et nourrit les intrigues de pouvoir. Rien de nouveau dans ce domaine. Les évêques reconnaissent volontiers qu’ils sont eux-mêmes surpris par l’annonce des nominations.

L’Église catholique n’aura pas fait évoluer ses pratiques à la manière d’autres institutions qui ont instauré des codes de bonnes pratiques. Sa singularité religieuse justifiait-elle son isolement auquel elle s’est progressivement condamnée sous ce rapport ?

On peut se le demander, tant ses logiques d’organisation paraissent aujourd’hui à bout de souffle. Sa manière souvent improvisée d’habiter le débat public et de communiquer a produit, contre son gré, une grande impression d’amateurisme.

Renouer le dialogue avec le monde

Dans ce monde nouveau de la communication numérique, l’heure est venue pour l’Église catholique de redéfinir ses priorités et de choisir les mots qui les énoncent. À cette condition seulement, elle évitera un nouveau déclassement et sortira de sa marginalisation. En conjuguant une plus grande participation des fidèles, une écoute des pulsations du monde et un engagement fidèle au service des plus pauvres, elle vaincra le discrédit moral qui l’affecte aujourd’hui.

L’heure est venue pour l’Église d’accepter humblement l’aide qui lui est indispensable pour développer une réflexion critique et renouer son dialogue avec le monde. L’heure est venue pour l’Église de renoncer à sa présomption d’excellence mal fondée. L’heure est venue de retrouver le primat spirituel de sa mission et la vie mystique de toute personne.

L’Église catholique trouvera une aide précieuse dans les regards que la société porte sur elle, dans ce qu’elle attend d’elle, comme vient de le faire la commission présidée par Jean-Marc Sauvé. Elle ne peut se désintéresser de ce qu’elle représente pour l’opinion.

Elle doit savoir que la confiance se fonde sur quatre piliers que sont la fiabilité, la crédibilité, la proximité et la transparence. Ainsi, sans abandonner la beauté de son message, elle doit au monde une considération qui l’illuminera d’unemême beauté

vendredi 4 novembre 2022

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2785 : Dieu attend d'être caressé non par des mots, mais par des actes." (pape François)

 Voici, publiés par l'agence Zénit, quelques écho de l'homélie du pape François lors de la messe du 2 novembre à Rome.

Il s'agit d'un commentaire du célèbre passage de St Matthieu, au chapitre 25, à propos du Jugement dernier : "J'ai eu faim, j'étais malade, j'étais étranger..."  

Question du pape François à méditer : dans notre société, prenons-nous au sérieux ces appels de Jésus ? N'avons-nous pas tendance à les édulcorer ?

 

Le pape François met en garde contre la tendance à « atténuer le message de Jésus » et à « édulcorer ses paroles ». « Nous sommes devenus assez bons pour faire des compromis avec l’Évangile », déclare-t-il.

Célébrant la messe du 2 novembre 2022 en mémoire des cardinaux et évêques décédés lors de l’année écoulée, le pape s’est attardé sur deux notions : « l’attente » et « la surprise ». Il s’agit de l’attente « de la rencontre avec Dieu » et de la surprise que nous éprouvons en apprenant que « dans le tribunal divin, le seul chef de mérite et d’accusation est la miséricorde envers les pauvres et les exclus ». Au cours de l’homélie, le pape a aussi mis en garde contre les « compromis avec l’Évangile ».

Le pape a commenté un extrait de l’Évangile de saint Matthieu en disant : « La surprise est grande à chaque fois qu’on écoute le chapitre 25 de Matthieu. Elle est semblable à celle des protagonistes, qui disent : ‘Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ?’ (v. 37-39). À quel moment? Ainsi s’exprime la surprise de tous, l’émerveillement des justes et la consternation des injustes. »

Comme réponse, le pape a cité les paroles du Christ : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (v. 40). « Le Très-Haut semble être dans les petits, a expliqué le pape. Celui qui habite dans les cieux habite parmi les plus insignifiants du monde.  Quelle surprise! » Alors, pour « nous préparer » à la « rencontre avec Dieu », « nous savons quoi faire », a-t-il poursuivi: « aimer gratuitement » et « sans attente de réciprocité, ceux qui sont inscrits sur sa liste des préférences, ceux qui ne peuvent rien nous donner en retour, ceux qui ne nous attirent pas, ceux qui servent les petits ».

Évoquant encore les paroles des « justes » des « injustes » du 25e chapitre de saint Matthieu, le pape a noté que ce « quand » « étonné, qui revient quatre fois dans les questions que l’humanité adresse au Seigneur (vv. 37.38.39.44), arrive tard, seulement ‘lorsque le Fils de l’homme viendra dans sa gloire’ (v. 31) ».

« Frères et sœurs, ne soyons pas surpris nous aussi, a invité le pape. Faisons très attention à ne pas adoucir la saveur de l’Évangile. Car souvent, par commodité … on a tendance à atténuer le message de Jésus, à édulcorer ses paroles. »

Nous faisons « toujours des compromis », « ce sont les compromis que nous faisons avec l’Évangile », a affirmé le pape. « Nous faisons de la vie un compromis avec l’Évangile », a-t-il souligné: « De simples disciples du Maître, nous devenons des maîtres de la complexité, qui argumentent beaucoup et font peu, qui cherchent des réponses plus devant l’ordinateur que devant le Crucifix, sur internet plutôt que dans les yeux de leurs frères et sœurs. »

En ce qui concerne ce « quand » – cette question que posent les justes et les injustes – « il n’y a qu’une réponse, a expliqué le pape : le quand est maintenant, aujourd’hui, à la sortie de cette Eucharistie ». La réponse est « entre nos mains, dans nos œuvres de miséricorde: pas dans des éclaircissements et des analyses raffinées, pas dans des justifications individuelles ou sociales. Entre nos mains, et nous sommes responsables ».

Aujourd’hui, a poursuivi le pape « le Seigneur nous rappelle que la mort vient faire la vérité sur la vie et supprime toute circonstance atténuante à la miséricorde. Frères, sœurs, nous ne pouvons pas dire que nous ne savons pas ».

« Dieu attend d’être caressé non par des mots, mais par des actes », a conclu le pape François.

 

 


mardi 1 novembre 2022

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2784 : Les catholiques pratiquants seront-ils les seuls à être sauvés ?

 Homélie de la Toussaint à Jard-sur-Mer

 

En ce jour où nous fêtons solennellement celles et ceux qui ont été reconnus justes aux yeux de Dieu, notre souffrance est grande de voir combien notre Eglise catholique est en butte à trop de scandales en ce moment ; et nous pourrions être tentés de penser que l’idéal de la sainteté n’intéresse plus nos contemporains, et que notre monde s’est éloigné de Dieu.

Pourtant, malgré ce mal qui nous écrase, et c’est un paradoxe de le dire, nous vivons une époque extraordinaire, en ce qui concerne la bonne compréhension du paradis.  Si l’on réfléchit en effet, pendant près de 20 siècles, l’on a proclamé avec assurance : « Hors de l’Eglise catholique, pas de salut. »  Autrement dit, seuls les catholiques, et seulement les catholiques pratiquants, ceux qui allaient à la messe tous les dimanches, pouvaient devenir des saints, et entrer au Paradis. Tandis que tous les autres, protestants, non pratiquants, non croyants, et à plus forte raison, juifs, musulmans, francs-maçons ou autres, étaient irrémédiablement voués à l’enfer, et pour l’éternité.  En d’autres termes, impossible, pour les non catholiques, d’accéder à la sainteté qui, aux bons catholiques seuls, était réservée.

Comme me l’a confié un jour un ami juif : « L’on a sans doute oublié, au Vatican, pendant 20 siècles, de lire et de méditer l’évangile des Béatitudes ! », c'est-à-dire, l’évangile de ce jour.  C’était bien plus simple en effet de dire, à l’époque : « Tu vas à la messe, donc tu iras au ciel, mais si tu n’y vas pas, tu seras en état de péché mortel, et tu seras condamné à aller en enfer. »  Voilà pourquoi un peu tout le monde allait à la messe, à l’époque, plus souvent peut-être par peur de l’enfer qu’en vertu d’une foi profonde en Dieu, dans le Christ et en l’Esprit-Saint…

Heureusement, dans les années 60, à l’occasion du Concile Vatican II en particulier, l’Eglise catholique a retrouvé la raison, si l’on peut dire.  Elle a arrêté de vouloir mettre seulement les catholiques dans le paradis, et tous les autres en enfer.  Qu’avait dit Jésus en effet ?  Non pas : « Heureux les catholiques pratiquants, ils iront au ciel », mais, bien plus largement : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, heureux les doux, heureux les miséricordieux, le royaume des Cieux est à eux. »  Cette formulation est bien plus large en effet, et cet appel concerne bien au-delà des seuls catholiques pratiquants.  Autrement dit, ce sont tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté, ayant aimé et servi leurs frères, qui, d’après Jésus, pourront trouver place, en tant que saints, dans le royaume des Cieux.

Et pour nous, catholiques pratiquants, chic, c’est une joie de savoir que nous ne serons pas seuls au ciel, mais que pourront s’y retrouver aussi celles et ceux qui, non croyants, ou d’autres religions, auront mis en pratique les commandements des Béatitudes, en étant des acteurs en faveur de la douceur, de la justice, de la miséricorde,et dans le soutien aussi des plus démunis.

Nous pouvons d’ailleurs appeler ces personnes  : des « pratiquants de l’Evangile ».  Toussaint, tous saints, tous des saints, c’est ce que souhaite notre Dieu. Certains humains sont catholiques, d’autres non ; mais ne sommes-nous pas tous fils et filles du même Père ?  Nous connaissons tous des non croyants qui se dévouent pour les autres : le Dalaï-Lama, Albert Camus, Axel Khan...) ; comment un Dieu bon ne pourrait-il pas les accueillir dans son ciel ?  C’est-à-dire, faire d’eux aussi des saints ? Car, si Dieu réserve la sainteté aux seuls catholiques pratiquants, et aux catholiques pratiquants parfaits, il y aura bien peu de monde à être sélectionné pour le Ciel ; quel échec pour Dieu.  Alors qu’en chaque être humain, y compris ceux qui ne seront pas venus à la messe en ce jour, il y a quelque chose de beau !

Ainsi que l'a déclaté dimanche dernier 30 novembre le Pape François avant l'Angélus : "Dieu ne s'arrête pas à notre passé plein d'erreurs ; il regarde et appelle les pécheurs que nous sommes à la sainteté."

Chers amis, soyons pleins d’espoir, car la 1° lecture, tirée de l’Apocalypse, nous rappelait ceci : « J’ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toute nations, tribus, peuples et langues. »  Cela est bien le signe que la sainteté est offerte à tous ceux et celles qui, catholiques ou non, auront mis en pratique l’évangile des Béatitudes, à l’exemple des grands saints du ciel. 

 Ceci dit, nous qui sommes des catholiques fidèles, soyons fiers de notre foi, qui nous donne la force nécessaire de vivre les Béatitudes dans la joie et la paix de Dieu !   Amen !