Il fallait voir le bonheur de cette paroissienne me racontant ce qui venait de lui arriver ! Lors d'une session récente, elle se trouva à sympathiser avec une dame très joyeuse, la cinquantaine environ. Elles échangèrent longuement à propos de leur foi, et notre amie mortagnaise, impressionnée par le dynamisme et la foi de cette femme, infirmière de son métier, lui posa cette question : "Toi qui es croyante, tu n'as sans doute pas trop le temps, mais est-ce que tu peux parler de ta foi à tes malades ? Est-ce que ça t'arrive d'aborder la question avec eux ?"
Et cette nouvelle amie de répondre, avec un grand sourire : "Mais, ce n'est pas moi qui leur en parle ; c'est eux qui, les premiers, me lancent sur la question." "Ah bon, répond notre amie mortagnaise ; mais comment ?" "Je ne sais pas trop ! J'essaye d'être moi-même, de leur sourire, de tout faire pour qu'ils se sentent bien. Alors, de temps en temps, il y en a qui me disent : "Mais, comment vous faites pour être toujours souriante ? Avec tout le travail que vous devez fournir ! Vous avez un truc ?"
Alors, selon les cas, et en fonction du peu de temps dont je dispose, je leur dis : "C'est parce que je suis croyante. Chaque jour, je prie pour que Dieu me donne la force d'être joyeuse et paisible avec tous."
"En fait, a-t-elle poursuivi, ce n'est pas moi qui leur parle de Dieu, mais c'est eux qui me posent la question. Et ça me paraît plus naturel alors, plus respectueux, de répondre à leurs questions plutôt que d'arriver en leur disant : "Est-ce que vous croyez en Dieu ? Ca vous aidera dans vos souffrances." Alors, je ne pense pas qu'ils m'écouteraient."
Cela m'a fait penser à la phrase fameuse de Paul Claudel : "Ne parle du Christ que si on te le demande, mais vis de telle façon qu'on te le demande."
Pas la peine de parler en effet si notre vie n'est pas d'abord un reflet de l'Evangile...
Comme disait Paul VI : "L'homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres ; ou, s'il écoute les maîtres, c'est parce qu'ils sont des témoins.." (L'annonce de l'Evangile, n° 41)
Certains sont parfois très pressés en effet de "faire de l'évangélisation", de parler, parler de Dieu. C'est bien, sans doute ! Mais quelle exigence pour notre propre vie !
lundi 31 juillet 2017
Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2.090 : "Comment tu fais pour être comme ça ?"
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Olivier Gaignet
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lundi 24 juillet 2017
Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2.089 : "2017, c'est une année à fruits !"
Et pour cela, Tu me demandes de porter du fruit.
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Olivier Gaignet
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18:19
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dimanche 23 juillet 2017
Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2.088 : J'ai mal pour mon pays !
Franchement, je n'ai pas envie de dire du mal de la France, ni de déblatérer sur mon pays. Cependant, il y a des limites, et des choses qu'il semble impossible de laisser passer. Gouvernement après gouvernement, président X ou président Y, je me demande bien ce que nos dirigeants et présidents ont dans la tête, au-delà de leurs beaux discours. Témoin ce que nous avons tous lu dans la presse à propos de cette femme d'origine chinoise que l'on a tenté d'expulser et, s'il vous plaît, le jour même de notre Fête nationale, le 14 juillet ! Ca, faut l'faire !!! Tragique illustration de ce que j'écrivais dans mon billet n° 2.083 publié justement le 14 juillet dernier...
Heureusement, ce samedi matin, cela fut fortement remis en cause lors du Cercle de Silence qui s'est tenu à la Roche-sur-Yon. Et je vous transmets ce que l'un des responsables de l'accompagnement des migrants et réfugiés, Bernard, ainsi que Francine, du Réseau des Parvis, viennent de communiquer : voici donc le texte d'une lettre que le cinéaste Laurent Cantet vient d'envoyer à E. Macron, dans laquelle il dénonce l'indignité de la nation qui s'aggrave dans le traitement des migrants.
Monsieur Macron, est-ce pour en arriver là que j'ai voté pour vous ?
22 juillet 2017
Monsieur le Président,
Après avoir tenté de m'adresser à vous par des voies officielles, j'ai pris la décision de vous adresser cette lettre ouverte qui, je l'espère, sera plus efficace que mes tentatives plus discrètes.
Le 14 juillet, le jour où, au côté de Monsieur et Madame Trump, vous commémoriez la prise de La Bastille et l'avènement d'un monde plus juste, l'avant-veille du jour où, au côté de Monsieur Netanyahou, vous rendiez hommage aux victimes du Vel d'Hiv, affirmant que Vichy était bien la France et reconnaissant la responsabilité de la nation dans la rafle, Madame Cao, une jeune femme d'origine chinoise, mère d'une fillette de 10 ans scolarisée en France, et enceinte de 4 mois, était conduite à l'aéroport pour être expulsée vers la Chine qu'elle avait quittée il y a deux ans avec sa famille.
Ce jour-là, elle a refusé d'embarquer, et a été replacée au centre de rétention du Palais de Justice de Paris, celui-là même où elle venait de passer trois semaines et où elle avait perdu 8 kilos, mettant en danger l'enfant qu'elle attend.
Dans la lettre que je vous ai adressée alors (lire sur "Médiapart" : "L'expulsée du 14 juillet"), je décrivais l'angoisse de sa fille qui se préparait à grandir sans sa mère, celle de son mari qui n'allait pas connaître son enfant à naître. Je vous rappelais aussi vos déclarations sur le traitement humaniste que vous appeliez de vos voeux face à l'immigration. Dix jours plus tard, il semblerait que tout cela soit resté lettre morte. Madame Cao est toujours en centre de rétention et attend le jour où elle sera remise, de force cette fois, dans un avion en partance pour la Chine.
L'histoire pourrait s'arrêter là, elle ne serait qu'un exemple parmi tant d'autres de l'acharnement dont sont victimes tant de réfugiés et sans-papiers.
Mais le 22 juillet, toujours plus affaiblie par ce séjour prolongé en centre de rétention, Madame Cao a tenté de mettre fin à ses jours en s'ouvrant le poignet. Conduite d'urgence à l'hôpital, elle a été soignée puis, sitôt hors de danger, reconduite en rétention !
Je vous écris aujourd'hui pour vous faire part de mon profond écoeurement. Est-ce pour en arriver là que j'ai voté pour vous au second tour des élections présidentielles, espérant faire barrage aux idées nauséabondes du Front National ? Depuis longtemps, l'indignité de notre nation grandit de gouvernement en gouvernement. Je crains que ce ne soit pas le vôtre qui mette un terme à cette escalade !
Mais aujourd'hui, je ne suis pas seul à m'indigner. Nous sommes nombreux à réclamer un traitement décent pour tous les réfugiés. Une campagne en faveur de la régularisation de Madame Cao a inondé de mails les secrétariats des ministères et de l'Elysée, des coups de téléphones ont occupé les standards. La seule chose que nous puissions faire, c'est dénoncer par tous les moyens l'indignité de ce que vous faites en notre nom à tous. Comptez sur nous pour ne pas y renoncer de sitôt !
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'expression de mes sentiments républicains.
Laurent Cantet
Non mais, on est "en marche" vers quoi ?
En marche arrière, probablement...
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Olivier Gaignet
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vendredi 21 juillet 2017
Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2.087 : "Gaignet, tu seras notre porte-parole !"
Jamais je n'oublierai cette injonction de Mgr Luc Sangaré, archevêque de Bamako, à la fin du mot qu'il prononça à l'occasion de mon retour définitif vers la France, au terme des 9 belles années que j'avais vécues sur son diocèse, au Mali.
A l'époque - c'était il y a une trentaine d'années, en 1986 - le Mali n'était guère connu ; en France, l'on se faisait beaucoup de fausses idées sur l'Afrique, et il était important de remettre les pendules à l'heure sur de nombreux points. Sur le départ, à Bamako, devant tous, je promis alors à l'évêque de m'y engager. Voici, un peu en vrac, quelques-unes des idées reçues à propos desquelles, durant les 30 années passées, je n'ai cessé de m'élever.
- le soit-disant sous-développement dont on accuse le continent africain, par exemple, n'a rien à envier à notre propre sous-développement occidental, que l'on cache soigneusement sous le tapis : l'incapacité des familles, pour de multiples raisons, à prendre en charge leurs anciens, la difficulté à respecter la nature, le manque de communication entre les personnes, la tristesse des messes, qui font fuir les jeunes couples et la jeunesse et barbent les enfants, le nombre de déprimes et de suicides bien plus important qu'en Afrique malgré un niveau de vie bien plus élevé, etc...
- chez nous, l'on constate une grande ignorance par rapport à la religion musulmane, considérée en Europe comme mauvaise, dangereuse, sinon démoniaque. Combien de fois ai-je dû expliquer que, vivant dans un pays quasi totalement musulman, j'ai été totalement respecté dans ma propre religion ! En tout cas, la foi des musulmans qui m'entouraient de toute part, leur souci de la prière, leur sens de la miséricorde divine, leur capacité d'accueil ont été pour moi d'un grand témoignage !
- également, rien à voir au Mali dans l'accueil de l'étranger avec ce que l'on fait subir aux Maliens lors de leur arrivée en France ! Il peut y avoir des raisons, mais quand même ! Selon le dicton africain, "L'étranger est un cadeau de Dieu !" A ce niveau-là encore, notre Occident soit-disant chrétien se comporte réellement d'une façon qui n'a rien à voir avec l'accueil de l'étranger tel qu'il est prôné par l'Evangile !
- quant à la place du laïcat dans l'Eglise, nombre de pays africains ont 20 ou 30 ans d'avance sur l'Europe ! Nous, l'on pleure s'il n'y a pas de prêtre à notre service dans un rayon de 5 ou 10 kilomètres, alors qu'au Mali, les communautés chrétiennes n'attendent pas qu'un prêtre soit disponible pour organiser des temps de prière, le dimanche par exemple. Il y a longtemps, bien avant que je n'arrive au Mali, que les catéchistes, formés pour cela, assurent les prédications et la conduite des célébrations, alors que pour nous, cela semble une nouveauté absolue que de voir des chrétiens conduire une sépulture par exemple. Ce qui d'ailleurs est encore assez mal vu par certains membres de nos communautés paroissiales en Europe. Là encore, quel retard par rapport à la prise de conscience de la responsabilité du Peuple de Dieu en Afrique ! Péché de riches ! Conception du prêtre comme étant "le grand fait tout " !
- par rapport aux célébrations, je crois, par contre, qu'en France, l'on a bien perçu le retard immense des Eglises en Europe par rapport à la dynamique des cérémonies en Afrique. Je ne parle pas cependant des Eglises dites "évangéliques" qui, chez nous, dans les villes surtout, et justement par ce qu'elles sont largement composées d'Africains ou d'Antillais, Indiens ou autres, offrent un visage autrement plus vivant et chantant ! J'aurai passé ces 30 années à essayer de faire bouger les lignes, en essayant de donner la parole aux paroissiens, de faire que nos messes soient animées, joyeuses, en prise sur la vie et sur l'actualité ; mais quel chantier difficile à faire progresser !
Et il y aurait tant d'autres points encore à signaler... En tout cas, ces quelques lignes pourront aider les uns et les autres à mieux comprendre certaines de mes réactions, en faveur du respect de l'étranger et des musulmans ou de la "défense" du laïcat par exemple ; ou par rapport à mes "exigences" en faveur de messes moins figées et plus vivantes.
Tout cela en effet, ce n'était pas des lubies de ma part, mais des souhaits en fidélité au dynamisme reçu jadis de l'Eglise de l'Afrique et du Mali, où il faut reconnaître que l'Evangile est parfois mieux vécu que dans nos Eglises européennes plus formelles et plus âgées !
Merci cher Mali ! Merci l'Afrique ! Merci à toi Seigneur, le Dieu des nations !
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Olivier Gaignet
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17:17
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mercredi 19 juillet 2017
Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2.086 : "C'est vous qui avez vidé les églises !"
Cela fait maintenant quelques années que, dans l'Eglise de France, des voix de plus en plus nombreuses n'hésitent plus à nous dire en face, à notre génération de prêtres qui a suivi le Concile : "S'il y a nettement moins de monde dans les églises, c'est de votre faute ! Avant vous, les églises étaient encore pleines ; les gens se confessaient régulièrement, les jeunes étaient nombreux aux messes, les prêtres faisaient le caté aux enfants, ils assuraient les sépultures. D'autre part, ils n'hésitaient pas à rappeler sans cesse la loi de l'Eglise, et les gens connaissaient les dix commandements, ainsi que la différence entre le péché véniel et le péché mortel. Les prêtres alors savaient jouer leur rôle, et les laïcs restaient à leur place. L'on faisait des génuflexions en passant devant l'autel, et l'on avait davantage le sens du sacré. Les chants en latin avaient quand même davantage d'allure que ces chansonnettes que l'on nous a ensuite imposées. Quant à la messe face au peuple, cela permet à présent aux curés de regarder les filles et les femmes tout en célébrant."
Croyez-moi ou non, mais je vous certifie que j'ai entendu personnellement toutes ces remarques, y compris la dernière, et cela un certain nombre de fois ; surtout ces dernières années.
Je veux bien reconnaître que notre génération sacerdotale n'a pas été parfaite ; mais il faut sans doute être plus sérieux lorsque l'on parle des causes de l'évolution de la situation de l'Eglise en France depuis 50 ans.
Par exemple, lorsque les gens ont eu l'impression que ce n'était plus un péché mortel que de ne pas aller à la messe le dimanche, ça n'a pas traîné : les églises pleines se vidèrent presque instantanément. Depuis des siècles, l'Eglise faisait peser sur les baptisés une loi très forte, en brandissant la peur de l'enfer. Or, avec l'évolution de la société, nombre de "pratiquants", peu à peu, ont pris leur autonomie ; et - je l'ai vécu - les gens, alors, plus conscients, se sont sauvés hors de cette institution qui voulait régir leur vie sur cette terre et dans l'au-delà, et imposer comme jadis ses lois morales à toute la société..
Certains vont avancer : "Mais pourquoi l'Eglise n'a-t-elle pas fait davantage pression sur les baptisés pour qu'ils restent plus fidèles à leur baptême ?" La réponse nous a été donnée par le pape Jean-Paul II, dans sa lettre-encyclique intitulée "La Mission du Rédempteur", parue en 1990 et dans laquelle il écrivait, au n° 39 : "L'Eglise s'adresse à l'homme dans l'entier respect de sa liberté : la mission ne restreint pas la liberté, mais elle la favorise. L'Eglise propose, elle n'impose rien ; elle respecte les personnes et les cultures, et elle s'arrête devant l'autel de la conscience."
Parmi tous ces gens qui auparavant remplissaient les églises, il y avait ceux qui avaient peur, en n'y venant pas, de commettre un méché mortel les conduisant directement à l'enfer. Et ceux qui venaient pour rendre un culte à Dieu afin de se concilier ses faveurs. D'autres parce que, tout le monde, dans le village, y venait, parce que leurs parents y venaient et que, à cette époque, il était normal de faire comme les parents. Il y avait aussi, heureusement, ceux qui se rendaient à l'église pour nourrir et célébrer leur foi, qui était vive. D'autres encore venaient à la messe parce qu'ils n'imaginaient même pas, dans une société se considérant alors comme globalement chrétienne, de faire bande à part, et parce qu'il était mal vu de ne pas y aller.
Aujourd'hui, c'est vrai, ne vient plus à la messe qu'une seule de ces catégories, celle des gens qui viennent pour partager et célébrer une foi qui se veut vivante, ainsi que l'explique fort bien Olivier Le Gendre dans son livre "Les confessions du Cardinal". Tous les autres sont partis, et cela en fait beaucoup ! "Vous autres chrétiens, vous ne vous êtes jamais rendu compte que vos églises avaient été remplies anormalement, artificiellement. Et vous êtes tout surpris qu'elles se soient vidées aujourd'hui. Vous avez bénéficié dans le passé de conjonctions exceptionnelles qui ne se reproduiront pas de sitôt.(...) Tandis que la société occidentale n'est plus sous l'influence prégnante de l'Eglise ; et il y a fort à parier que les autres sociétés suivront le même chemin."
Vous allez dire que je suis décourageant ! Pas du tout, car il nous reste l'Evangile, par lequel tout a commencé. A condition que nous ne l'obscurcissions pas par des pratiques, des regrets, des nostalgies, des diktats, des costumes, des restaurations ne permettant pas à l'homme libre d'aujourd'hui de retrouver le goût de l'Evangile.
Telle est la mission formidable qui attend désormais les générations à venir. Puisse la génération actuelle des jeunes prêtres rester humble et en être suffisamment consciente ! Puissent-ils ne pas insulter le passé récent, comme notre génération plus ancienne n'a pas envie d'insulter l'avenir !
Publié par
Olivier Gaignet
à
19:52
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