Bienvenue !

Vous avez des choses à dire...
Vous vous posez des questions, pour donner un sens à votre vie...
Vous cherchez un espace d'échange convivial pour exprimer ce que vous ressentez...
Vous attendez des réponses à vos questions...


...Alors, en réponse à vos attentes, la paroisse Montfort sur Sèvre en Vendée ouvre ce blog et vous propose de vous exprimer librement.
Ici, tout pourra être dit dans les limites de la courtoisie et du respect mutuel.

Merci d'avance de votre participation.


Depuis novembre 2007, le Père Olivier Gaignet partage sur son blog ses réflexions sur Dieu et sur l’Eglise. bien sûr,
mais aussi sur la marche du monde. Il nous invite à réfléchir à des thèmes aussi essentiels que : notre société, les autres religions,
la télé, la politique, l’art, sans oublier ses propres paroissiens.
Les billets des cinq premières années (de novembre 2007 à septembre 2012 )ne figurent plus sur ce blog. Pour les consulter, se référer aux cinq volumes intitulés: "Ma paroisse.com", que vous pouvez vous procurer en envoyant un mail à : olivier.gaignet@yahoo.fr

mercredi 18 novembre 2015

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 1.885 : Comment se situer, face à l'impensable ?


Dimanche dernier, plusieurs paroissiens m'ont demandé le texte de l'homélie que j'avais donnée lors de la messe à la Basilique de Saint Laurent-sur-Sèvre, à propos des récents événements. Parmi eux, et c'est ce qui m'a le plus touché, des jeunes qui ne vont pas souvent à l'église, mais qui étaient là car la messe était pour leur papa ; ils ont dit  qu'ils aimeraient pouvoir la relire, et que d'autres de leurs amis, qui n'étaient pas à la messe, la voudraient aussi. Je me permets de vous la transmettre, même si cela reste bien modeste par rapport à tant d'autres réflexions qui ont été exprimées de toute part. Pardon aux habitués de ce blog, car cela recoupe en partie le billet du 14 novembre dernier.

Homélie du 15 novembre 2015 à St Laurent s/ Sèvre

En fonction  du drame qui vient de toucher notre pays, elle semble presque actuelle, cette parole de Marc : « Après une grande détresse, les étoiles tomberont du ciel et les puissances célestes seront ébranlées. » 

Mais qu’est ce qui nous arrive ? Jacques Attali a écrit que le 20ème  siècle avait été le siècle du diable. En sera-t-il donc de même du 21ème ?  La barbarie ne finira-t-elle jamais ?

 On avait  cru que notre monde allait progresser, que peuples et religions allaient enfin s’entendre. Sommes-nous tous condamnés à vivre l’Enfer infiniment, comme en Syrie ou à Beyrouth ?

Mais alors, à quoi servent toutes nos messes et nos prières, si Dieu lui-même ne peut empêcher que, tout près de chez nous, des centaines de jeunes soient massacrés de façon si injuste ? Où est-il caché ?  Est-il mort ?

 

Vous avez appris le  décès cette semaine, du philosophe André Glucksmann. Dans un de ses ouvrages, il explique les trois morts de Dieu : Dieu est mort une première fois sur la croix ; puis les philosophes de la mort de Dieu, Marx, Nietzsche et autres, l’ont tué également ; la 3ème mort de Dieu, c’est lorsqu’on l’assassine, lorsqu’on le crucifie de nouveau, lors de la Shoah particulièrement, mais aussi dans toutes les tragédies de l’histoire, à travers ses enfants, comme vendredi soir à Paris, avant-hier jeudi à Beyrouth, etc…

Plutôt que d’accuser Dieu donc, et de prétendre qu’il n’est pas « croyable », ne faudrait-il pas plutôt dire que c’est notre monde qui n’est pas crédible, avec ses logiques de guerre, d’oppression, de misère, qui condamnent l’homme à la mort ?

Dieu, au contraire, conteste ces logiques, qui tournent le dos à l’Evangile. On dit que Dieu n’est pas là, mais c’est sans doute qu’on ne sait pas le voir ;  il nous faut donc apprendre à reconnaître son visage, à travers les prophètes qu’il nous envoie, et à travers ce qu’il nous dit et nous indique de faire, par leur intermédiaire.

Et je ne parle pas seulement du pape François ! Car si François est un exemple de prophète et nous entraîne à servir nos frères, il n’est pas le seul à la manœuvre !  Et les prophètes d’aujourd’hui se nomment Secours Catholique – j’en parle parce que c’est aujourd’hui leur Journée nationale – mais aussi CCFD, SEM (Service Evangélique des Malades), Accompagnement des familles en deuil, ACAT (Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture), etc…  Et encore, je n’ai pas parlé des mouvements d’Action catholique, et je ne cite ici que quelques organismes d’Eglise, car innombrables sont les prophètes au milieu de nous aujourd’hui, qui nous indiquent le chemin d’un monde plus fraternel !

Entre parenthèses, ces prophètes nous rappellent qu’il ne nous suffit pas de supprimer les brebis galeuses, comme ces kamikazes qui nous terrorisent, mais que l’enjeu est bien de supprimer les causes de la gale.  Et là-dessus, notre société aurait beaucoup à apprendre !

Le Secours Catholique en sait quelque chose, qui lutte contre les causes de la pauvreté, à travers ses ateliers d’alphabétisation de personnes arrivées d’autres pays par exemple, comme je le vois faire chaque semaine dans les salles paroissiales de Mortagne.

Le rôle des chrétiens, en effet, quel est-il ? C’est, pour reprendre l’image utilisée par Jésus dans l’évangile de ce dimanche, de ne pas laisser crever le figuier ; ce figuier dont la sortie des feuilles symbolise alors que de beaux fruits vont pouvoir être savourés, malgré la dureté des hivers et la difficulté des temps.

Le destin de l’humanité en effet, c’est de lutter contre sa destruction. Et notre rôle de chrétiens, c’est de combattre le mal de toutes nos forces, et sur tous les plans.  Et peut-être en priorité par la prière ; c’est d’ailleurs pour cela que nous sommes venus participer à l’eucharistie ce matin.  Ce qui manque à notre société en effet, c’est peut-être d’accepter de se laisser transformer de l’intérieur par notre Père commun, et de chercher à s’en sortir par ses propres forces, en écartant Dieu de la solution.

Et si nous avons un examen de conscience à réaliser au cours de cette eucharistie, c’est peut-être de nous demander, à la lumière de l’Esprit, ce qu’il nous faut faire bouger en nous pour que nous devenions  des artisans de la Pâque du monde ; c’est-à-dire des hommes et des femmes capables de faire passer notre famille, notre école, notre quartier, notre monde, nos associations et autres, de la mort à la Vie.

La mort, d’abord, il nous faut la regarder en face, afin de ne pas nous laisser surprendre par elle ; nous aurions pu nous trouver au Bataclan en effet, ou sur les trottoirs de Paris... Et même si, dans nos régions, nous pouvons nous croire relativement préservés, c’est peut-être l’occasion pour nous de lâcher prise, de nous rappeler que nous sommes mortels, et de nous remettre en confiance dans la main de Dieu, sans attendre qu’il  soit trop tard pour y penser.

Un fait, en terminant : avant-hier soir, j’ai vu un prophète au journal télévisé de 20 heures. Vous avez sans doute appris qu’un attentat a fait, jeudi dernier, 45 morts à Beyrouth et 239 blessés.  Cinq lignes seulement dans « Ouest-France » malheureusement, car nous sommes plus sensibles aux morts de « chez nous »… Mais il aurait pu y en avoir beaucoup plus si un Libanais, ayant repéré un terroriste qui voulait se faire exploser dans une mosquée bondée, ne s’était  jeté sur lui juste devant la porte, sacrifiant sa vie pour sauver de la mort de nombreux musulmans en prière dans cette mosquée.  J’ai apprécié que la télévision, d’habitude toujours si pressée,  présente la photo de cet homme, sauveur de l’humanité, et prenne le temps de valoriser  ce sacrifice ! 

Quelle illustration étonnante, de la part de ce musulman libanais, de ce passage de la deuxième lecture de ce jour, quand l’auteur de la lettre aux Hébreux écrit : « Jésus, par son sacrifice, a placé ses ennemis sous ses pieds » ; de la même façon, cet homme, par son sacrifice, a placé la mort sous son propre corps, afin que puissent vivre ses frères en religion, et pour qu’ils puissent prier le Dieu unique. La télé elle-même a su en témoigner !
  Puissions-nous, de la même façon, tordre le cou au mal en tout temps et laisser Dieu faire de nous des prophètes du salut du monde !    Amen

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