Bienvenue !

Vous avez des choses à dire...
Vous vous posez des questions, pour donner un sens à votre vie...
Vous cherchez un espace d'échange convivial pour exprimer ce que vous ressentez...
Vous attendez des réponses à vos questions...


...Alors, en réponse à vos attentes, la paroisse Montfort sur Sèvre en Vendée ouvre ce blog et vous propose de vous exprimer librement.
Ici, tout pourra être dit dans les limites de la courtoisie et du respect mutuel.

Merci d'avance de votre participation.


Depuis novembre 2007, le Père Olivier Gaignet partage sur son blog ses réflexions sur Dieu et sur l’Eglise. bien sûr,
mais aussi sur la marche du monde. Il nous invite à réfléchir à des thèmes aussi essentiels que : notre société, les autres religions,
la télé, la politique, l’art, sans oublier ses propres paroissiens.
Les billets des cinq premières années (de novembre 2007 à septembre 2012 )ne figurent plus sur ce blog. Pour les consulter, se référer aux cinq volumes intitulés: "Ma paroisse.com", que vous pouvez vous procurer en envoyant un mail à : olivier.gaignet@yahoo.fr

samedi 19 novembre 2016

Le Blog de l'Arche de Noé 85, n° 2.011 : Vivre ensemble, avec des convictions différentes

Au terme d'une magnifique journée que je viens d'avoir le bonheur de vivre et que j'ai été heureux d'accompagner ce samedi à la Roche s/Yon, à l'initiative du groupe SEL 85 (Solidarité - Eglise - Liberté), avec participation de membres des groupes de dialogue interreligieux de la Roche et des Sables (musulman, bouddhiste), l'on m'a demandé de donner un écho de cette rencontre, et je vous le partage : en matinée, un partage genre Café-Théo, et un topo - échange l'après-midi.
En matinée donc, chaque participant a eu la possibilité de faire part d'une expérience positive de vivre-ensemble qui l'a marqué :
-  telle famille a accueilli des Irakiens pendant plusieurs années ; "au cours du temps, après avoir dépassé les diverses difficultés, c'est comme si, eux et nous, on faisait partie de la même famille."
-  "nous faisons de l'agriculture biologique ; au début, on a été longtemps seuls, pas toujours compris !  Mais à présent, on sent que cela se développe ; on se sent mieux compris !"
-  "plusieurs fois, j'ai navigué à la voile, avec des inconnus ; mais, sur le bateau, nous devions apprendre le vivre-ensemble, pour la marche du voilier, la cuisine, etc... On a appris à compter sur les compétences les uns des autres."
-  "je suis allé au Chili plusieurs fois. Sous la dictature, le vivre-ensemble était organisé d'en haut, par la force ! Avec le retour de la démocratie, il a fallu tout réapprendre d'un réel vivre-ensemble, pas plus simple, car il a fallu que les gens se responsabilisent en ce sens."
-  "nous avons hébergé des Tchétchènes, avec des enfants, un certain temps, dans une caravane, dans notre jardin ; au début, le voisinage a eu peur ; puis, ils se sont aperçus que la maman, même voilée, était une maman comme les autres."
-  "notre famille est très dispersée ; depuis un certain nombre d'années, à intervalles réguliers, nous organisons une cousinade. Nous nous retrouvons très nombreux, de la même famille, mais avec des évolutions différentes. Cela a créé un lieu de rencontres où chacun peut trouver sa place."
-  "j'ai invité deux jeunes musulmanes à prendre un verre ; puis, je me suis inquiétée, car c'était pendant le Ramadan ; mais elles m'ont fait comprendre qu'elles étaient heureuses de cette invitation, et qu'elles se sentaient libres en France."  Ali, interrogé, a cité ce passage du Coran (2/256) disant : "Il n'y a pas de contrainte en religion."
-  "sur la paroisse de Mouilleron-le-Captif ,Venansault..., des personnes très engagées dans l'Eglise ont été démises de leurs fonctions par l'autorité ecclésiale ; cette incompréhension  les a blessées. Beaucoup de paroissiens sont découragés... Mais d'autres sont venus à leur rencontre, les ont écoutés longuement, essayent de les soutenir. Le choix a été fait, non de quitter l'Eglise, mais de tenter, envers et contre tout, de maintenir le dialogue avec le diocèse.  Lors d'une rencontre, pas moins de 72 personnes sont venues échanger à ce sujet. Dans ce conflit, regrettable, l'on a pu mesurer la volonté de vivre ensemble, de garder des liens pour être constructifs, même si l'on ne voit pas clair par rapport à l'avenir."
Impossible malheureusement de reprendre tous les faits apportés, témoignant que le vivre-ensemble est bien une réalité chez nous, et dans tous les domaines possibles, malgré les difficultés.

Après un repas-partage, temps d'approfondissement.
D'abord, regard sur un certain nombre d'exemples montrant comment, au terme souvent d'un combat intérieur, des évolutions ont pu se produire :
-  le rapprochement avec les Protestants : de la haine à la fraternité, avec l'humilité du pape allant en Suède à l'occasion des 500 ans de la Réforme.
-  Gandhi, gâce à la non-violence, luttant pour un rapprochement entre Hindous et Musulmans.
-  Mandela, laissant de côté la lutte armée pour jouer la carte du vivre-ensemble avec l'oppresseur blanc.
-  ce détenu en pèlerinage des prisonniers à Rome, faisant une intervention avec, à ses côtés, la maman du jeune qu'il a assassiné.
-  François allant à la rencontre des prostituées, des prêtres mariés, etc...
Puis, échange à propos des deux modèles de la fraternité :
-  celle des bons sentiments, selon laquelle, dans l'Eglise, on devrait tous s'aimer, point !  Eviter de s'interpeller, penser si possible la même chose, faire le choix des mêmes options pastorales... Mais est-ce que ce serait vrai ?
-  l'autre modèle, ce serait celui de l'alliance, le seul qui permettre de vivre ensemble dans la vérité : une fraternité avec des gens que l'on n'a pas choisis, acceptant des divergences, mais recherchant le dialogue,  non obsédée par un besoin d'uniformité.
La société attend ce type de comportement de la part de l'Eglise et des chrétiens.
L'humanisme nous y engage !  Saint Exupéry : "Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m'enrichis."  André Malraux : "L'homme moderne appartient à ceux qui vont le créer ensemble".  Lévinas : "Que se passe-t-il quand je regarde quelqu'un en face ?"
Si l'autre est différent de moi, l'erreur, c'est de l'exclure ! Car en effet, il peut me paraître in-compréhensible... Or, "com-prendre", c'est "prendre avec soi" !
A eu lieu alors un échange très riche à propos de ce que le Coran dit de la fraternité, avec plusieurs citations, dont celle-ci : "Si Dieu l'avait voulu, il aurait fait de vous une seule communauté" (sourate 5/48) Mais il nous a fait différents, cela nous invitant à transformer nos différences en complémentarités.
Nous avons survolé alors l'histoire du peuple de Dieu, sans cesse traversé par la tentation du rejet de l'autre, de l'exclusion ; et cela, dès le départ, avec le conflit entre Caïn et Abel, jusqu'à la division entre les deux royaumes d'Israël et de Juda.  Mais, sans cesse, des prophètes ont, au risque de leur vie, appelé le peuple à se rassembler, à retrouver l'unité (Ezéchiel 37/15-28, Isaïe 2/4, etc...).
Quant à Jésus, il a été à la fois l'acteur premier, et la victime de son appel au vivre-ensemble. Sans cesse, en opposition le plus souvent avec les responsables religieux dont il dépendait, il a invité à vivre l'esprit des Béatitudes, dans une totale non-violence ; il a invité chacun à être vrai, à ne pas présenter les offrandes sans s'être réconcilié avec son frère ; il a apaisé les tempêtes, invité à aimer ses ennemis ; il a rappelé aux responsables religieux qu'ils devaient avant tout se comporter comme des serviteurs, ne pas se faire appeler "Pères", ne pas se prendre pour des chefs absolus ; il a su accompagner ceux qui étaient éprouvés, etc..., etc...
Nous avons achevé cet échange en reprenant la lettre récente des évêques intitulée : "Dans un monde qui change, retrouver le sens du politique" ; lettre dont l'un des thèmes-clefs est justement celui du vivre-ensemble, avec des passages tels que celui-ci (page 59 dans l'édition Bayard) : "Notre engagement doit toujours être soutenu par un véritable respect pour ceux qui ne pensent pas de la même manière.  S'il faut parfois donner un témoignage de fermeté, que celui-ci ne devienne jamais raideur et blocage (...) sur fond de patiente confiance que Dieu ne cesse d'avoir pour l'homme."
Ce conseil étant d'ailleurs tout à fait valable aussi pour nos relations entre prêtres, évêque et laïcs au sein du Peuple de Dieu.
Avec le rappel du respect dû aux laïcs, qui sont, de par leur baptême, "prêtres, rois-serviteurs et prophètes", le Christ en personne étant présent en eux, ainsi que l'Esprit-Saint. St Jérôme n'a-t-il pas dit que "Tout homme naît avec l'Esprit-Saint" ?
Denise, se fondant sur la voie non violente prônée par le Bouddhisme, nous a invités à bien équilibrer notre relation avec prêtres et évêque.
Proposition a été faite en finale de prévoir une réflexion, ouverte à un large public,sur la place et le rôle des laïcs dans l'Eglise, avec l'aide d'un théologien.
Bravo à ceux qui se prennent ainsi en main pour faire exister un réel vivre-ensemble, tant au sein de l'Eglise que de la société, en prenant des initiatives pour briser les cercles de l'incompréhension et du rejet de l'autre, quel qu'il soit !

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